[DOSSIER] Des craintes pour l’environnement

Commencé en 2025, le piège à sédiments, situé en baie de Morari, a été terminé début 2026. Il a été installé afin de préserver les récifs coralliens des apports de terre, liés entre autres aux activités minières et aux aléas climatiques, et de favoriser le développement de la mangrove. (©DR)

Les associations environnementales émettent des réserves sur le projet de viaduc entre Boulari et La Coulée. Elles s’inquiètent notamment de ses possibles répercussions sur la mangrove et le milieu marin.

En baie de Morari, en face de l’estuaire de La Coulée, le piège à sédiments en bambou installé en 2025 par Conservation International, en collaboration avec  les associations l’association Red Ground, Caledoclean et SOS Mangroves, montre ses premiers résultats positifs. Les graines de palétuvier commencent à s’enraciner dans la vase et vont remplacer progressivement ce piège au fil du temps. Les poissons et les crabes seraient également plus nombreux, selon les pêcheurs du secteur.

L’installation du viaduc suscite donc des inquiétudes. S’il voyait effectivement le jour, l’ouvrage devrait relier la pointe Babin à la route de la Corniche, dont une partie passe en surplomb de la barrière de bambou. « Je ne sais pas exactement où il s’arrêterait, mais il est hors de question qu’il vienne piétiner ce que l’on a fait, prévient Christian Fainicka. Nos jeunes ont travaillé des jours entiers, parfois sous le vent et la pluie, pour construire cette barrière ».

« INFORMER SUR LES DANGERS » POTENTIELS

Le président de Red Ground craint aussi une augmentation de la pollution. « On ramasse déjà pas mal de déchets le long de nos routes et de nos rivières. Je n’ai pas envie de voir en plus des gens jeter des poches poubelles dans la mer à travers leurs fenêtres de voiture ! »

Christian Fainicka est le président de l’association Red Ground. (©N.H)

L’association SOS Mangroves, qui replante des palétuviers dans plusieurs secteurs du Mont-Dore, notamment à proximité des zones où le viaduc devrait débuter et s’achever, surveille de près l’évolution de ce projet. Ses membres ne se positionnent pas contre, mais souhaitent y être associés. L’abattage de palétuviers stériles pour construire une deuxième passerelle, située entre Ouémo et le parc urbain de Sainte-Marie, en 2021, a laissé des traces. « Nous n’avions pas été consultés ni écoutés », indique la présidente de l’association, Monik Lorfanfant. Pourtant, malgré les études environnementales, de grosses bêtises peuvent être faites. Nous, nous connaissons le terrain. On ne veut pas bloquer le projet, mais informer sur les dangers qu’il peut y avoir », indique-t-elle.

Au niveau de la pointe Babin, l’association mène, en outre, depuis cinq ans, des plantations de palétuviers avec les lycéens du Mont-Dore. Elle espère que le projet de viaduc ne mettra pas fin à ce dispositif éducatif.

TROUVER UNE ALTERNATIVE

En plus de ses potentielles conséquences sur les mangroves, l’association EPLP, Ensemble pour la planète, alerte sur les effets d’une telle infrastructure sur le lagon et la destruction d’espèces marines. « S’il s’agit de zones désertes, cela passe encore, mais s’il y a des herbiers et des récifs coralliens, par exemple, cela représente une incidence forte sur des écosystèmes d’intérêt patrimonial. Et étant donné que ce viaduc mesure plus de quatre kilomètres, forcément, la probabilité d’impact est grande », décrit sa présidente, Martine Cornaille.

Consciente de la détresse des Mondoriens et de la nécessité de trouver une solution durable, elle préconise la mise en place d’une « vraie filière » de navettes maritimes ou ferries entre le Mont-Dore Sud et Nouméa. Une alternative à faible empreinte environnementale et « beaucoup moins » coûteuse, qui pourrait être installée dans un délai plus court que le viaduc : six à douze mois, contre « plusieurs années », souligne-t-elle.

Cette solution suppose néanmoins de repenser entièrement le réseau du transport en commun du Grand Nouméa : « Charger des milliers de véhicules individuels dans des bacs/ferries est trop lent (20 à 30 minutes d’embarquement), énergivore, extrêmement coûteux et nécessiterait de bétonner les littoraux pour faire des parkings géants sur les quais », décrit-t-elle.

Pour les défenseurs de l’environnement comme pour les décideurs politiques, le défi sera donc de trouver un équilibre entre la nécessité de désenclaver le Mont-Dore-Sud et celle de préserver l’environnement.

Nikita Hoffmann