Un réseau, bâti avec les services scientifiques, les institutions et la Sécurité civile, permet une diffusion de l’information, puis de l’alerte en cas de risque tsunami.
- ANTICIPATION
Pour éviter tout mouvement de panique ou, pire, le piège de vagues soudaines, il faut anticiper. C’est-à-dire, se renseigner auprès de la mairie et trouver des réponses à ces questions : la maison est-elle dans un endroit à risque ? Quelles sont les zones de refuge ? Quel est le trajet à prendre pour se rendre dans ces zones ? La Sécurité civile insiste aussi sur la sensibilisation de la famille, sur la préparation du matériel (pharmacie, nourriture, eau, radio et piles), ainsi que sur les conditions de mise en sécurité des écoliers.
- DÉCLENCHEMENT
Le centre d’alerte dans le Pacifique, basé à Hawaï et dénommé Pacific Tsunami Warning Center (PTWC), rassemble toutes les données des sismomètres de la région. En cas d’alerte, ces scientifiques produisent une première analyse, la transmettent aux pays, accompagnée de messages mentionnant une menace ou non, avec une hauteur indicative des vagues. Libre ensuite à chaque territoire de décider du niveau d’alerte et de l’intensité des actions à mener.
En Nouvelle-Calédonie, quatre structures reçoivent ces informations : la Direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR) qui assure une permanence 24h/24 toute l’année, le Centre opérationnel de secours et de sauvetage (COSS), le haut-commissariat, responsable de la sécurité civile pour Wallis-et-Futuna, et l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
- TRAITEMENT
Un projet, dénommé Tsucal, a été élaboré il y a quelques années entre la Sécurité civile, la Direction du numérique et de la modernisation (Dinum) auprès du gouvernement et l’IRD. L’institut a « fait tourner » son modèle numérique avec tous les scénarios possibles – plus de 3 700 dans le bassin Pacifique. Ces données sont stockées à la Dinum. En fonction des caractéristiques du séisme – localisation, intensité, profondeur -, le « meilleur » scénario est automatiquement choisi et transféré à la Sécurité civile pour être affiné. Et très vite, cette direction est en capacité d’émettre des informations pratiques : risque de tsunami destructeur, nécessité ou non pour la population de se rendre sur les hauteurs ou dans les zones refuges, circulation non recommandée sur les abords immédiats du littoral (plages, platiers, mises à l’eau…), etc.
- ALERTE
Les médias jouent leur rôle. De même, à la suite de la cession du matériel par l’État, la Sécurité civile est en charge de toutes les sirènes d’alerte tsunami du territoire, à l’exception des neuf alarmes de la commune de Poindimié, qui gère elle-même son dispositif. Soit 73 sirènes, réparties majoritairement sur la côte Est et les îles Loyauté ainsi que sur l’île des Pins. La façade Ouest n’est pas équipée, sauf à Bourail qui dispose de trois sirènes. Nouméa et le Grand Nouméa, région la plus peuplée, ne détiennent pas de ces matériels d’alerte aujourd’hui, le risque ayant été historiquement considéré comme inexistant. Sauf que, selon les récentes études scientifiques, « dans le scénario d’un séisme aux îles Kermadec, nous pourrions avoir des vagues sur Nouméa », explique le capitaine Alexandre Rossignol, officier communication à la Sécurité civile. « Nous sommes en train de travailler sur le dispositif d’alerte dans cette zone. »
Au-delà du maintien en condition opérationnelle, la Sécurité civile procède aux tests mensuels des sirènes d’alerte tsunami (tous les premiers mercredis de chaque mois à 12h00) et déclenche les signaux d’alerte et de fin d’alerte en cas de risque tsunami avéré. En parallèle, les communes doivent mettre en œuvre l’ensemble des moyens à leur disposition pour garantir l’évacuation des populations vers des zones sécurisées.
- NOUVEAUTÉ
Instauré depuis trois ans en Métropole, le dispositif Fr-Alert va être étendu à la Nouvelle-Calédonie, en complément des sirènes. Cet outil permet de prévenir en temps réel, via des notifications envoyées sur le téléphone mobile, les populations se trouvant dans une zone de danger en cas de dépression tropicale, feu, trouble à l’ordre public ou encore de tsunami. Le terme « en temps réel » est important, puisque l’autre méthode, l’envoi de SMS selon une liste établie, peut prendre du temps, en raison du nombre limité de SMS envoyés à la seconde ou encore d’encombrement de campagnes de communication. Par le système Fr-Alert, l’alerte, une fois saisie dans le portail spécifique de l’État, financeur du programme, est diffusée automatiquement aux populations grâce aux bornes relais. D’après les autorités, des signaux sonores peuvent même être émis si les téléphones sont hors connexion. Après des essais concluants sur Lifou, un test sur tout le territoire pourrait intervenir en septembre ou octobre. Selon le capitaine Alexandre Rossignol, « l’objectif est que, tous les premiers mercredis du mois, chaque fois que nous ferons sonner les sirènes tsunami, nous enverrons un message. Et les endroits dépourvus de sirènes en recevront un ».
Yann Mainguet avec Chloé Maingourd

