[DOSSIER] De possibles évolutions en rayon

En parallèle des différentes crises et de la baisse de consommation, « des centres commerciaux sont apparus : Dumbéa Mall, Apogoti, Païta... », liste Frédéric Pratelli, du syndicat des commerçants. « Le secteur du commerce est tout le temps en mouvement. » (©Yann Mainguet)

Le commerce évolue sans cesse sur le territoire, de force ou par souhait des exploitants. Cette recomposition et cette adaptabilité s’imprègnent, dans un contexte économique compliqué, de phénomènes de consommation nouveaux. Des tendances se dessinent, s’accentuent ou pourraient apparaître.

  • E-COMMERCE EN FLÈCHE

Le commerce en ligne, c’est-à-dire les achats de Calédoniens à l’extérieur du territoire sur des sites internationaux, progresse forte- ment : + 6% entre 2018 et 2026, pour atteindre 8 % de part de marché pour les dépenses non alimentaires, selon l’étude du cabinet AID Observatoire publiée ce mois-ci à destination de la CCI-NC. Le chiffre d’affaires de la vente en ligne grimpe ici de 84 %.

Les intérêts aujourd’hui : biens culturels (15 % de la part des achats en ligne), bijoux-maroquinerie (14 %), jeux-jouets (12 %), prêt-à-porter et chaussures (10 %), mobilier-décoration (9 %), TV-hifi (9 %), sport (7 %), et électroménager (7 %). L’e-commerce représente, par définition, une concurrence pour certains secteurs locaux, comme la technologie ou le textile, donc une crainte, voire une inquiétude. Toute la difficulté est d’être compétitif. Une riposte existe, « être présent aussi sur des sites d’e-commerce locaux », explique Frédéric Pratelli, trésorier du syndicat des commerçants, qui pointe un calcul : sur des articles de téléphonie acquis à l’extérieur, les coûts du transport et de la logistique ainsi que les taxes à l’arrivée s’appliquent. Autre réponse, la proposition locale dans le textile de marques très originales sous des enseignes hyperspécialisées.

  • LE CONSEIL IA

De plus en plus de Calédoniens interrogent leur application d’IA (intelligence artificielle) pour les orienter vers le meilleur produit, le vendeur le plus expérimenté, le magasin le plus fourni, etc. Le but du jeu est désormais d’être en vue sur la plate-forme des réseaux sociaux et le site de vente en ligne pour être correctement référencé. Une révolution dans le secteur, qui exige souvent le recours à des compétences extérieures. Le syndicat des commerçants souhaite ainsi des mesures d’accompagnement

Ces professionnels essaient en outre de suivre les tendances de fond observées ailleurs, de réfléchir sur les nouveaux modes de consommation : des produits plus responsables sur le plan écologique, la location et le partage plutôt que l’achat direct, etc.

  • MODIFIER DES RÈGLES

Le cadre réglementaire pourrait être révisé, la suggestion est émise sur le terrain à plusieurs niveaux : installation du commerce, réglementation commerciale et procédure d’ouverture. Le lancement d’un magasin nécessite l’élaboration d’un dossier conséquent avec des aspects environnementaux, architecturaux, etc. Ce qui demande ensuite un délai de traitement de trois à quatre mois. L’idée défendue est d’alléger le poids administratif et ainsi d’accélérer la procédure.

En outre, le syndicat des commerçants a demandé la mise en place d’une véritable vente en détaxe pour les vacanciers. Le principe, comme en Australie, au Vanuatu ou encore aux Fidji : les visiteurs paient en magasin leur taxe à l’achat de l’article destiné à être rapporté dans les bagages, puis se font rembourser à un comptoir de l’aéroport avant leur départ. L’idée est d’élargir la liste de produits concernés en Nouvelle-Calédonie. « Nous sommes en train d’aboutir au cadre réglementaire », explique Frédéric Pratelli. Ce dispositif est « un élément d’attractivité ».

  • OUVRIR LE DIMANCHE

Le cabinet AID Observatoire a avancé l’option d’harmoniser les horaires des commerçants dans le centre-ville de Nouméa. Vaste sujet. Certains plaident aussi pour une harmonisation de la réglementation permettant d’ouvrir plus souvent les magasins le dimanche. Notamment au bénéfice des croisiéristes. Le droit calédonien est assez restrictif sur ce point, aujourd’hui. La révision du texte pour une ouverture dominicale avec des salariés en service sur la base du volontariat n’est pas une question superflue, mais est un sujet discuté dans le secteur.

Yann Mainguet

Et les marges ?

Les attaques de consommateurs ciblent régulièrement les marges pratiquées par les commerçants. À tort ou à raison, le débat est sans fin. « Les études, notamment de l’Autorité de la concurrence, le montrent, la problématique ne porte pas sur les marges. La question est : combien coûte un produit à l’arrivée ici, sachant qu’il a traversé la planète ? », répond Frédéric Pratelli, du syndicat des commerçants, qui pense aux « coûts d’acheminement des marchandises puis de fonctionnement à l’arrivée ». Une des pistes évoquées serait d’agir sur le coût du fret auprès des compagnies maritimes et aériennes.