Deux longs métrages sont à découvrir au cinéma un an après les 80 ans de la Libération de la France : La Bataille de Gaulle – L’âge de fer et J’écris ton nom. Cette saga en deux volets, réalisée par Antonin Baudry et portée par une distribution remarquable, retrace le parcours du général de Gaulle, alors isolé à Londres, qui entreprend d’entraîner les Français dans la Résistance après l’armistice de juin 1940, aux côtés des Britanniques de Winston Churchill.
Adaptée de l’ouvrage de l’historien anglais Julian T. Jackson, De Gaulle : une certaine idée de la France, l’œuvre met en scène, du point de vue français, le « grand Charles », son amour de la France et la naissance d’une épopée partie de presque rien.
Sans malheureusement donner la voix à ses héros, le film souligne l’importance de la France ultramarine, parmi les premières à sauver l’honneur d’un pays divisé, et leur poids dans le parcours du général. « Vingt bonnes minutes sont consacrées, dans le premier volet, à la bataille de Bir Hakeim. Le bataillon du Pacifique est même mentionné, note l’historien calédonien Luc Steinmetz. On a l’impression de voir surgir la Nouvelle- Calédonie dans le film. J’en ai eu les larmes aux yeux. »
LIEN INDÉFECTIBLE
Le lien entre le général et le Caillou est singulier. La Nouvelle-Calédonie est l’un des premiers territoires de l’empire à se rallier à la France libre, le 19 septembre 1940, sous l’égide du gouverneur Sautot. Elle devient une base essentielle dans le Pacifique. Plusieurs centaines de volontaires, de toutes origines, s’engagent. « D’un regard clair et avec fierté, les indigènes de la Nouvelle-Calédonie libre doivent accourir aux côtés du général de Gaulle pour défendre l’honneur du drapeau tricolore qui représente l’esprit de la liberté et de la justice », déclara notamment le grand chef de Maré, Henri Naisseline.
Créé en 1940, le bataillon du Pacifique rejoint le Moyen-Orient pour combattre avec les Forces françaises libres. Ses hommes s’illustrent notamment à Bir Hakeim, en 1942, sous les ordres du général Pierre Kœnig, puis participent à la campagne d’Italie, au débarquement de Provence et à la Libération. De Gaulle se rendra deux fois sur le territoire : en septembre 1956, pendant sa « traversée du désert », puis en septembre 1966, comme président de la République.
À chaque visite, il salue la terre française : « Il n’y a pas de temps, il n’y a pas de distance, ici, c’est la France » (1956), et l’engagement des siens : « Vous avez été au moment voulu, c’est-à-dire au plus difficile, un exemple du patriotisme, du dévouement et du sacrifice. La France ne l’a pas oublié. » Fait notable, la Nouvelle- Calédonie reçoit, en 1993, la médaille de la Résistance française conférée en avril 1946 : elle est la seule collectivité d’outre-mer à l’avoir obtenue avec 17 villes métropolitaines.
DEVOIR DE MÉMOIRE
Cette empreinte demeure visible à Nouméa, notamment avec la grande croix de Lorraine du Mont-Coffyn, dressée en 1973 pour commémorer le ralliement à la France libre, et la stèle inaugurée en 2020, en baie de l’Orphelinat, par l’association pour le souvenir du gaullisme en Nouvelle-Calédonie.
Créée en 2019, celle-ci entend « rappeler aux jeunes générations les moments historiques et les liens particuliers entre la Nouvelle-Calédonie et de Gaulle », explique sa présidente, Simone Mignard, née Tranape. Son frère, Jean Tranape, porte-drapeau du bataillon du Pacifique, décoré par le général, a donné son nom au nouveau patrouilleur. « C’est aussi un devoir de mémoire envers nos aînés, qui ont su se mobiliser pour défendre la patrie et faire vivre l’idée de liberté, égalité, fraternité. »
Michel Mourguet, délégué de la Fondation de la France libre en Nouvelle-Calédonie, a veillé à rendre aux derniers anciens du bataillon (tous disparus) les honneurs militaires, « un hommage à la hauteur de leur engagement pour la France ». « La France libre, c’est 60 000 personnes noyées sur un million et demi de soldats de l’armée de Libération, rappelle Michel Mourguet, c’est grâce à eux que le général a obtenu sa légitimité au départ. »
La Fondation effectue aussi un travail mémo- riel auprès des jeunes, que son délégué juge « très réceptifs ». Elle associe notamment des classes défense aux cérémonies des 24 avril, 18 juin, et 19 septembre.
Le prestige du général a pu être nuancé, ici, par la décolonisation en Afrique, la réduction de l’autonomie locale dans les années 1960 et dans la région pour le lancement des essais nucléaires en Polynésie française. Mais demeure l’image du chef de la France libre, presque mythique, dont l’histoire calédonienne a croisé le destin.
C.M.

