Le général de Gaulle est venu deux fois en Nouvelle- Calédonie, en 1956 puis en 1966. D’abord comme figure tutélaire de la Résistance, ensuite comme président de la République. Des Calédoniens se souviennent.
Le 11 septembre 1956. Le général de Gaulle et son épouse, Yvonne, débarquent en Nouvelle-Calédonie à bord du Calédonien. Le maire de Nouméa, Roger Laroque, qui avait rencontré le général à Paris, lui avait fait promettre de venir s’il se rendait dans le Pacifique. Ce jour-là, le navire mouille en baie de l’Orphelinat. Une vedette conduit le général et sa suite vers un wharf construit pour l’occasion. Une foule nombreuse l’attend.
Parmi elle, Arnold Russ, 27 ans, aujourd’hui membre de l’association Témoignage d’un passé. Il habite le quartier et est venu équipé d’un Canon. « Je me suis retrouvé près de lui, il m’a serré la main et j’ai pu suivre tous ses échanges avec la foule, ce qui m’a permis de prendre de magnifiques photos. Il était majestueux. » Et très populaire. « Tout le monde avait été marqué par l’appel du 18 juin. On avait des copains volontaires qui étaient revenus. De Gaulle, c’était le summum ! » Arnold Russ le suit rue Sébastopol, puis au vélodrome Georges-Brunelet et à la revue des corps constitués, baie de la Moselle. Le général évoque « le caractère profondément français de la Nouvelle-Calédonie », une formule alors très bien accueillie.
VOIR « LE CHEF »
Une autre Calédonienne, Monique Jandot, ancienne élue et chef d’entreprise, n’a que cinq ans lorsqu’elle voit le général à Thio. « Comme tous les enfants de l’école, nous étions à la mairie. Avec mon regard de petite fille, ça me paraissait important, parce qu’il fallait être bien habillé et bien coiffé. Ma mère m’avait fait des petites boucles blondes. Nous avions notre drapeau bleu-blanc-rouge à la main. Il me semble qu’on avait chanté La Marseillaise. »
Chez Luc Steinmetz, futur historien alors âgé d’une dizaine d’années, tout était prêt pour accueillir le général. Mais, à l’avant-veille de son arrivée, l’enfant doit être opéré de l’appendicite. « Je me rappelle quand même avoir vu, depuis ma chambre de l’ancien hôpital Gaston-Bourret, le bateau arriver en baie de l’Orphelinat. » Il garde aussi le souvenir d’une atmosphère particulière. « On était à quelques années de la guerre, de l’appel du 18 juin, de l’engagement des volontaires. Pour ceux qui étaient revenus, c’était l’occasion de voir le chef, leur idole en quelque sorte. »
Luc Steinmetz se rattrape en 1966. Il assiste à l’arrivée, à Magenta, du président de la République à bord d’un Héron de la Transpac, puis à la messe solennelle célébrée à la cathédrale de Nouméa par Mgr Martin. « Ils avaient installé un fauteuil spécial pour le général, tout seul dans le chœur, près de la chaire. »
Le Président s’exprime ensuite place Feillet devant « des dizaines de milliers de personnes », puis à l’assemblée territoriale, exceptionnellement réunie à la FOL. « On était étonnés de le voir parler sans notes. Il maîtrisait parfaitement le sujet. » C’est lors de cette visite qu’il prononce la phrase restée dans les mémoires : « Vous êtes la France, la France australe », ajoutant qu’elle est « vivante, active, en plein essor ». Avant son départ, il visite aussi les infrastructures en construction pour les Jeux du Pacifique. Au stade de Magenta, Luc Steinmetz s’approche : « Le général m’a serré la main. »
UN « IDÉAL »
En 1966, Joseph, dit « Joe » Chuvan, 21 ans, possède une Ford Galaxie décapotable « de presque six mètres de long ». « Quelques jours avant l’arrivée du général, un représentant du haussariat est venu me voir. Comme Charles de Gaulle était l’ami des Américains, il m’a demandé si je pouvais ouvrir la route avec ma voiture. Il pensait que ça allait lui faire plaisir. » Joe Chuvan est l’un des rares sur le territoire à en posséder une. « J’étais devant la voiture du général. Les motards roulaient devant moi. Je transportais des grands journalistes de France. Nous avons fait le tour de la ville, puis nous sommes montés à la FOL. Le lendemain, on a fait le tour des quais et de l’Anse-Vata. Je réagissais comme un jeune de 21 ans, j’étais content ! »
Invité à une réception au haut-commissariat, il n’y va pas : « C’était trop huppé pour moi ! Mais j’ai gardé le carton d’invitation jusqu’à aujourd’hui. »

Léontine Ponga, issue d’une famille profondément gaulliste, marquée par un grand- père engagé dans la guerre 39-45, a 14 ans en 1966. Elle se souvient de l’importance de l’événement. « Il était regardé comme celui qui avait fait lever le peuple pour la liberté. Il représentait un idéal, celui de la France comme grand pays. » Un idéal qui lui est resté. « Il était allé jusqu’à Poindimié, c’était aussi très important pour les gens de là-bas. »
Chez les Pidjot, on parlait aussi beaucoup du général, se souvient Roch Wamytan, petit-fils de Roch Pidjot. « C’était “l’homme qui avait sauvé la France”. Tout le monde l’adorait. En 1966, j’avais 15 ans, j’étais au séminaire Saint-Léon, à Païta. Pour nous, c’était un personnage un peu lointain, mais quand on a vu ce qu’il a fait, on est un peu revenu sur Terre ! » Le général aura marqué plus d’une génération.
Chloé Maingourd avec Nikita Hoffmann

