« Il ne manquait plus que ça », souffle un économiste. Isolée avec le Covid, fragile vu l’état de ses finances publiques, inquiète devant la guerre en Ukraine, puis frappée par les émeutes, la Nouvelle-Calédonie voit s’imposer une nouvelle épreuve sur sa route sinueuse. Initié samedi 28 février par les États-Unis et Israël, le conflit avec l’Iran, qui s’étend désormais au Moyen- Orient, secoue les relations diplomatiques et menace les équilibres économiques mondiaux.
Le prix du baril de pétrole s’est envolé lundi 9 mars pour flirter avec les 120 dollars, avant de chuter sous le coup d’une déclaration du président américain, Donald Trump. La tendance reste toutefois à la hausse. « Il faut être prudent sur l’impact au niveau mondial et des répercussions éventuelles de cette guerre », souligne Fabrice Dufresne, directeur de l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) Nouvelle-Calédonie. « Parce qu’il y a des choses que nous ne connaissons pas ». Et dans ce lot de lourdes incertitudes, figure « la durée de ce conflit ».
Des risques peuvent apparaître à court ou moyen terme : des problèmes d’approvisionnement, de renchérissement du coût du fret… Un constat est partagé, à ce stade. Sur la radio France Inter jeudi 5 mars, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a fait part d’une probable perspective. « Le choc actuel peut entraîner un peu plus d’inflation et un peu moins de croissance. » Mais, encore une fois, « la proportion va dépendre de la durée du phénomène ». En Nouvelle-Calédonie, les prix relevés sont des prix finaux, payés par les consommateurs. L’éventuel impact du conflit ne pourrait ainsi être observé qu’avec un certain décalage.
CARBURANTS DE SINGAPOUR
Le théâtre des bombardements est-il si loin ? En 2025, la Nouvelle Calédonie importait du Proche et du Moyen Orient plusieurs catégories de produits, notamment des machines et du matériel de transport, du pétrole ainsi que des produits pétroliers et sidérurgiques, énumère l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee). Les principaux partenaires de la zone étaient alors la Turquie et les Émirats arabes unis. Toutefois, ajoute l’établissement, l’ensemble de ces importations ne représentait que 0,3 % de la valeur totale des marchandises importées, ce qui limite l’exposition directe de la Nouvelle-Calédonie à cette région.
Point important, même capital, la majeure partie des importations de carburants provient de Singapour, dont la part n’a cessé de croître : 70 % en 2021, 97 % en 2025. Un encombrement de ce port de la cité-État en raison du blocage du détroit d’Ormuz, aujourd’hui très exposé au conflit, pourrait à la fois entraîner un souci d’acheminement et d’inflation.
En outre, la Nouvelle-Calédonie serait affectée par une augmentation des coûts de production de ses fournisseurs, eux mêmes touchés par cette triste conjoncture. La veille des acteurs économiques est ainsi maximale.
Si, pour 2025, le produit intérieur brut du territoire n’est pas assis sur une trajectoire très favorable, la confirmation cette année du pacte de refondation économique et social entre l’État et l’archipel, soutenu par une enveloppe de 240 milliards de francs sur cinq ans, constitue « un élément structurant », observe Fabrice Dufresne, de l’IEOM. Un projet de relance qui, dans ce contexte de probable inflation, peut atténuer la répercussion d’une guerre.
Yann Mainguet

