[DOSSIER] Comment les néobanques changent la donne

Olivier Loisel et Aurélie Abitbol dans les locaux de Be-bunk à Nouméa. (©C.M)

Moins chères, plus simples et pensées pour le mobile, les néobanques bousculent les usages bancaires. En Nouvelle-Calédonie, elles gagnent notamment du terrain auprès des personnes éloignées du système traditionnel et des entreprises.

BE-BUNK, LE PRÉCURSEUR LOCAL

Première fintech calédonienne, Be-bunk est implantée en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Wallis et à Futuna. Née en 2014, lancée en 2022, la société revendique un objectif d’inclusion financière. « L’idée est d’offrir au plus grand nombre l’opportunité de disposer d’un compte, d’une carte, d’un moyen de paiement, d’une application aux standards du XXIe siècle », retrace Olivier Loisel, directeur des opérations. La clientèle rassemble des jeunes, des patentés, des « déçus bancaires », des personnes éloignées du système classique, sachant que « les émeutes ont mis beaucoup de monde sur le carreau ».

Be-bunk propose une offre gratuite, avec compte et application, ainsi qu’une formule payante, avec carte de paiement à partir de 1 400 francs par mois, un modèle décliné pour les professionnels. Agent prestataire de services de paiement de Xpollens, établissement de monnaie électronique du groupe BPCE, Be-bunk ne propose ni crédit ni assurance.

Ce statut allège certaines exigences. « Cela nous permet d’ouvrir un compte en dix minutes, avec juste votre pièce d’identité », souligne Aurélie Abitbol, responsable fraude et conformité. Le point fort de Be-bunk est son modèle hybride. Avec 25 000 clients, dont 80 % en Nouvelle-Calédonie, la société qui emploie une trentaine de salariés, accompagne ses usagers dans ses bureaux de Nouméa, Lifou et La Foa ou avec son « Be-bunk car », qui sillonne le territoire. « Tandis que les banques traditionnelles font face à une désertification de leurs agences, parce qu’on peut faire beaucoup de choses en ligne, à Be-bunk, on voit entre 200 et 400 personnes par semaine », illustre Olivier Loisel.

L’entreprise revendique aussi un ancrage local : « On paye des salaires, des taxes, la Cafat… On réinjecte énormément de valeur ajoutée au territoire, ce qui n’est pas le cas d’autres fintechs. » Après une fuite de données techniques, en mars 2026, et des tentatives d’hameçonnage visant ses clients, « les mesures de sécurité ont été renforcées de façon draconienne », indique Aurélie Abitbol.

DEBLOCK, UNE ASCENSION FULGURANTE

Créée en 2023, Deblock est une société française agréée comme établissement de monnaie électronique par l’ACPR et enregistrée auprès de l’AMF pour les services liés aux actifs numériques. Elle revendique 500 000 utilisateurs en Métropole, dans le Pacifique et en Italie. En Nouvelle-Calédonie depuis un an, elle compte plus de 50 000 utilisateurs. « C’est plus la Nouvelle-Calédonie qui nous a choisis que nous qui avons choisi la Nouvelle-Calédonie », explique Jean Meyer, cofondateur et CEO de Deblock, ancien de Revolut.

La société dit avoir identifié une « forte traction » dans le Pacifique avant de structurer son implantation locale. Deblock a recruté Romain Chavigny comme « market lead », chargé du développement local, des partenariats. Elle s’appuie aussi sur des clients-ambassadeurs et espère ouvrir un bureau à Nouméa.
La néobanque met en avant plusieurs spécificités : un solde en francs Pacifique, des virements en XPF, plusieurs devises dans l’application et un Iban français. Elle remet aussi des cartes Visa physiques. « En moins de trois minutes, gratuitement, on peut avoir un compte courant en XPF avec sa carte Visa, ça, en soi, c’est une petite révolution », argumente Jean Meyer.

Deblock propose la personnalisation de ses cartes physiques, que l’on peut obtenir en quelques minutes. (©C.M)

Deblock ne facture pas les virements Sepa instantanés entre utilisateurs, ni les virements vers les banques locales. Pour les paiements à l’étranger, elle met en avant l’absence de frais selon les limites des offres. Sa singularité reste l’accès aux cryptomonnaies, aux métaux précieux (or, argent, etc.) ou à des comptes rémunérés. « On a une population assez éclectique avec des voyageurs, des gens qui sont ravis de se rebancariser, des gens qui ont à la fois un compte traditionnel et en néobanque », liste Jean Meyer.

D’ici la fin de l’année, la compagnie va lancer des offres professionnelles. « Il y a une volonté chez Deblock de pousser les outre-mer au même niveau que la Métropole », conclut le CEO. Romain Chavigny y voit une opportunité pour les usagers calédoniens : « On a enfin une société qui a compris l’intérêt d’être ici. Ça permet aux Calédoniens d’avoir des solutions, c’est une chance et ça reste une banque avec tous les contrôles, la lutte contre le blanchiment, etc. Plus que de la science-fiction, c’est de la technologie réalité. »

Sur les critiques concernant l’implication locale, Deblock assume une lecture plus concurrentielle. « Ce discours de local washing, c’est très bien pour le marketing, mais en réalité, tous sont attirés par le meilleur rendement. »

Chloé Maingourd

GLOSSAIRE /

ACPR : L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, adossée à la Banque de France, délivre et supervise les agréments des banques, établissements de paiement et établissements de monnaie électronique exerçant en France.

AMF: Autorité des marchés financiers.

Fintech: Contraction de Financial Technology. Désigne
les entreprises qui utilisent la technologie pour proposer ou transformer des services financiers.

Néobanques: Entreprise proposant des services bancaires ou de paiement principalement via une application.

Le cas Revolut

Onze ans après sa création, Revolut revendique 70 millions de clients dans le monde en 2026. La néobanque a fermé les comptes locaux faute d’agrément adapté. Même après l’obtention d’une licence en France, les territoires du Pacifique restent, pour l’heure, exclus de la liste des pays acceptés à l’ouverture d’un compte.