[DOSSIER] Comment désamorcer ?

Sonia Lagarde, maire de Nouméa. © Chloé Maingourd

Sonia Lagarde, maire de Nouméa

« Faire une pause pour trouver un accord global »

« J’ai une proposition à faire. Je crois qu’il faut essayer aujourd’hui de renouer les fils du dialogue. Je crois qu’il est temps ‒ et cela va dans le sens préconisé par le président de la République ‒ de faire une pause dans la procédure votée à l’Assemblée nationale, celle du dégel. Il n’y a pas une obligation là maintenant : le président de la République a tout le loisir de convoquer le Congrès de Versailles quand le moment sera opportun.

Faire une pause signifie qu’il faut se remettre autour d’une table, appeler à la discussion, et essayer de trouver un accord global dans lequel il y aurait ce sujet très épineux du dégel du corps électoral.

Faire une pause est raisonnable, car c’est une question de survie pour les Calédoniens et la Nouvelle-Calédonie. On est allés trop loin. Il y a des morts. Je crois qu’il faut appeler tout le monde à la raison. Je le répète, il faut se mettre autour d’une table. L’accord qui va déboucher sur un statut et qui va amener à nouveau des grands moments de paix pendant des années dans ce pays pour le construire, nécessite aussi que l’on écoute l’ensemble des Calédoniens. Je crois que la société civile a des propositions à faire. Ce que je regrette, c’est que l’on se retrouve, comme l’accord de Nouméa, demain face à un accord qui nous est imposé par quelques-uns. 20 ans après le vote de l’accord de Nouméa, on s’aperçoit qu’il était imparfait avec des chevauchements de compétences, etc.

Il faut essayer de faire mieux. On ne peut pas rédiger des accords à la hâte. On ne peut pas aujourd’hui dire oui à un accord sans que l’on ait pris la température de la société civile. Le monde économique doit être aujourd’hui écouté. Tout comme les maires. Le plus grand consensus possible doit être trouvé. Nous sommes tous à rechercher un accord de paix mais il doit rassembler le plus grand nombre. »

 


 

Louis Mapou, président du gouvernement

« Tout reste ouvert pour les discussions »

Louis Mapou, président du gouvernement. © Yann Mainguet

« L’Assemblée nationale vient de voter la loi constitutionnelle. Tout le monde se démène pour essayer de minimiser sa portée. Que ce soit au plus haut niveau de l’État ou des responsables politiques. La Nouvelle-Calédonie est ainsi : c’est une fois que le coup est parti que l’on s’aperçoit peut-être que l’on aurait pu faire autrement.

Je voudrais dire aux populations kanak et indépendantiste, c’est que “Vous avez engagé cette bataille, une bataille parmi tant d’autres batailles qui ont déjà été engagées, mais tout reste ouvert pour faire valoir toutes les considérations, analyses, positions que vous souhaitez porter.

Tout reste ouvert pour faire aboutir l’étape dans laquelle nous nous inscrivons, un accord global gagnant-gagnant pour la Nouvelle-Calédonie, gagnant-gagnant pour ses populations, gagnant-gagnant dans les relations que nous voulons continuer à entretenir avec l’État […] Nous pouvons continuer à avancer parce que les choses restent ouvertes pour les discussions sur l’avenir de notre pays”. »

 


 

Patrick Robelin, maire de Bourail

« Aux leaders des partis politiques de s’investir »

Patrick Robelin, maire de Bourail, lors d’une rencontre sur un barrage. © DR

« Comme maire, je favorise l’unité des Bouraillais. En début de semaine, je me suis rendu sur le barrage situé à l’embranchement de Houaïlou tenu par des indépendantistes et nous avons expliqué que nous étions tous des Bouraillais, que l’on soit Kanak, indépendantiste, loyaliste ou blanc, que nous devions garder une unité, qu’il ne fallait pas que l’on se divise, parce que l’on vit ensemble. Les indépendantistes nous ont rassurés.

Avec tout ce qu’il s’est passé sur Nouméa, j’ai décidé de retourner les voir mercredi et à ce moment-là, certains loyalistes ont proposé de venir. Nous sommes allés ensemble. Sur place, il y a eu une coutume. Puis chacun a pu prendre la parole. On part sur le principe qu’à Bourail, on reste unis, il n’y aura pas de coups de part et d’autre. On a partagé un repas.

C’est important que l’on puisse garder ce lien entre les gens. À Nouméa, c’est très compliqué, il y a eu des morts, des émeutes. Ce sont aux leaders des partis politiques de s’investir complètement. Il faut que ces responsables reprennent la main sur leur bébé, la CCAT. »

 


 

Victor Gogny, président du Sénat coutumier

« Une mission du dialogue doit se tenir maintenant »

Victor Gogny, président du Sénat coutumier. © Yann Mainguet

« Le pays est en feu. La situation s’est aggravée depuis la semaine dernière. Le Sénat coutumier appelle au calme, à la raison, au sens des responsabilités des uns et des autres. Dans le monde coutumier, la parole est importante. C’est la tradition orale. On se doit maintenant de revenir dans un cadre.

Au regard de ce qui s’est passé, la jeunesse, notre jeunesse, a mis la barre très haut. Il faut pouvoir être, nous les coutumiers mais aussi les politiques et les religieux, à la hauteur pour pouvoir revenir dans une situation plus calme, la situation d’hier. À nous de pouvoir entendre la jeunesse, elle a peut-être des prérogatives à faire valoir.

Il faut parler de la suite. Quelles sont les perspectives ? Nous l’avons évoqué quand nous avons reçu la commission des lois du Sénat : nous avions parlé d’une mission du dialogue. Cette mission doit se tenir maintenant. Par le passé, avec les Événements connus de 1984 à 1988, il y a eu une mission du dialogue arrivée bien après. Aujourd’hui, c’est le moment de pouvoir actionner une telle initiative. J’attends une réponse du président de la République, très vite, dans les jours à venir. Quand nous sommes confrontés à ce genre de problème, il faut pouvoir s’unir et apporter des éléments de réponse ».