[DOSSIER] Commandant Gwenval Cambon : « Nous nous attendons à une grosse saison des feux de forêt »

« Nous avons un lien très étroit avec Météo-France », souligne le commandant Gwenval Cambon, qui reçoit des données régulières sur les températures attendues, les vents... (© Yann Mainguet)

À travers la potentielle arrivée d’un « super El Niño », la Sécurité civile pressent une saison intense. Vu les moyens à disposition sur le territoire, la direction veut agir en amont et sensibiliser la population aux risques.

DNC : Quels mots vous viennent à l’esprit quand est évoqué le phénomène « super El Niño » ?

Commandant Gwenval Cambon : Pour la Direction de la Sécurité civile, « chef d’orchestre » auprès de l’ensemble des acteurs de terrain aussi bien au niveau de la prévention que de l’intervention avec les pompiers communaux, « super El Niño » signifie potentiellement une grosse sécheresse, à cause des températures, du vent et du manque de précipitations. Donc une grosse saison des feux de forêt. Et donc des acteurs de terrain qui vont beaucoup souffrir.

Ils peuvent être sollicités très tôt, dès août, jusqu’à très tard si les pluies n’arrivent pas, avec possiblement des effectifs limités dans les communes. Ce qui peut entraîner du danger pour les acteurs de terrain. Nous devons ainsi être efficaces durant la phase de préparation, afin d’anticiper une saison des feux de forêt qui va durer longtemps et être très intense. Et ce, sur l’ensemble du territoire. Toutes les saisons des feux de forêt, qu’elles soient faibles ou intenses, commencent sur la côte Est. Cela donne la temporalité.

Pensez-vous déjà aux renforts ?

On pense déjà à la prévention. Dans le monde, pas seulement en Nouvelle-Calédonie, on va vers des saisons des feux de forêt de plus en plus longues et intenses. On le voit en Métropole. On a même inventé, au niveau mondial, le terme de « mégafeu ». La situation sera de pire en pire. Sauf que l’effort d’intervention ne pourra pas suivre. Le travail de prévention, sur le long terme, est donc primordial.

Nous allons vraiment mettre l’accent sur la prévention, la sensibilisation de la population. Un service spécifique a été créé lors de la restructuration de la Direction, il y a quelques mois. Ensuite, intervient la planification, afin qu’avant le début de la saison des feux de forêt, l’organisation des secours soit bien rodée. Parce qu’il y a les pompiers communaux, mais aussi les membres d’association et les acteurs institutionnels, comme les provinces, qui s’engagent de plus en plus avec les brigades provinciales, par exemple, pour aider à la surveillance des sites sensibles.

En plus de ces phases, on pense à la réponse opérationnelle, et éventuellement aux renforts. Nous sommes en lien étroit avec l’état-major interministériel de zone (Émiz), notre interlocuteur pour beaucoup de sujets, y compris celui des renforts afin que tout soit prêt si besoin.

Le « super El Niño » est-il inconnu pour vous, par définition ?

Il y a de l’incertitude, mais pas seulement pour le « super El Niño ». Dans le sens où, aujourd’hui, les saisons sont complètement déboussolées. Il faut s’attendre à tout. El Niño, La Niña, etc. On n’a plus de format bien défini. Il faut donc que l’on soit prêts, dès le mois d’août, pour tenir jusqu’en février-mars.

L’arrivée de ce possible phénomène demande-t-elle des moyens techniques supplémentaires ?

Plus on s’équipe, plus on sera prêts pour les saisons les plus extrêmes. Pour autant, nous n’avons pas attendu que « super El Niño » arrive. C’est un travail sur plusieurs années. Nous avons une équipe de drones assez performante, qui nous permet de compléter le dispositif en termes de reconnaissance et de visualisation de terrain. C’est un gros appui. Les drones transmettent des images en direct sur le terrain, mais aussi au centre opérationnel. Ce qui permet vraiment d’augmenter nos performances en termes d’idées de manœuvre et de stratégie. Et de laisser l’hélicoptère sur le largage d’eau.

De combien d’appareils disposez-vous ?

Deux hélicoptères bombardiers d’eau, pris en charge par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Il faudrait essayer d’avoir davantage de moyens aériens, mais encore une fois, il faut les budgets. Aujourd’hui, on le sait, c’est compliqué. Pouvoir stabiliser ce parc est déjà une bonne nouvelle.

Les contraintes budgétaires constituent-elles un fort handicap en cette période ?

C’est un handicap pour tous les acteurs. Dans le sens où toutes les communes, par exemple, ne sont pas forcément en capacité d’acheter ou de renouveler un camion standard de caserne à soixante millions de francs. On maintient alors l’ancien véhicule le plus longtemps possible. De même, là où les événements sont de plus en plus intenses et génèrent de plus en plus de missions, on stabilise aujourd’hui au mieux les effectifs. Alors que dans les autres directions, les équipes diminuent. Le travail en amont est donc très important chez nous.

Propos recueillis par Yann Mainguet

Effectifs

Dédiée à la sensibilisation, la coordination d’acteurs de terrain, la formation ou encore la rédaction de schémas directeurs, la Direction de la Sécurité civile comprend une cinquantaine d’agents permanents, dont une dizaine de sapeurs-pompiers, principalement des officiers. Auxquels s’ajoutent des pompiers volontaires DSCGR opérationnels feux de forêt. Deux casernes d’appui sont implantées.

Le territoire recense en outre 700 pompiers volontaires et 180 professionnels environ, sur les 23 casernes communales.