Si la dépendance à la cocaïne ne représente pas une part importante des consultations dans les hôpitaux, sa circulation – et ses dangers – ont augmenté ces derniers mois.
Au centre de soins en addictologie du CHS Albert-Bousquet, les consultations pour dépendance à la cocaïne ou « troubles de l’usage » de cocaïne, tels que présentés dans le jargon médical, ne sont généralement pas très fréquentes. « Les personnes viennent d’abord pour d’autres addictions, comme le cannabis ou l’alcool. C’est en discutant avec elles que l’on découvre que la cocaïne fait aussi partie de leur consommation », explique Juliette Leveque, médecin addictologue.
Depuis le début de l’année, cette spécialiste a reçu plusieurs patients dépendants à cette drogue. Elle a le sentiment que sa circulation sur le territoire s’accélère. « Les patients que nous suivons nous disent que sa disponibilité est beaucoup plus importante aujourd’hui, surtout dans les milieux festifs. »
Elle alerte sur les risques associés à sa consommation. La cocaïne agit sur le cœur, en augmentant très brutalement le rythme cardiaque. Par conséquent, « même de jeunes personnes qui n’ont aucun antécédent cardiaque peuvent faire un infarctus ou avoir des douleurs thoraciques. Celles-ci ne sont pas anodines et nécessitent une consultation rapide », souligne Juliette Leveque.
« UN SENTIMENT DE HONTE ET DE CULPABILITÉ »
Sa prise peut également impacter la santé mentale. Un état délirant aigu accompagné d’hallucinations peut survenir, ainsi que des attaques de panique sévères. À plus long terme, une consommation régulière peut provoquer une paranoïa, appelée « psychose induite par cocaïne », ainsi que des syndromes dépressifs.
En parallèle, elle peut impacter très fortement la vie personnelle des consommateurs. Abstinent depuis presque deux ans, Léon* se souvient des difficultés financières causées par la cocaïne. « Ça prend le dessus sur ton état mental […] Quelquefois, le gramme pouvait être à 25 000 francs, donc étant donné que je payais tout, j’étais en faillite, je ne savais pas comment j’allais finir le mois », raconte le quarantenaire.
La cocaïne a également affecté un temps sa vie de famille. « Elle devient ta priorité, donc quelques soirs ou certains week-ends, je déposais mon fils chez des amis […] Ça m’a bouffé de l’intérieur, j’avais un sentiment de honte et de culpabilité terrible. »
La prise en charge d’un patient dépendant à la cocaïne est « structurée autour de plusieurs choses » : un entretien motivationnel et un suivi en addictologie rapproché peuvent être mis en place, ainsi qu’une psychothérapie et la prise de médicaments, dans certains cas.
« Surtout, insiste Juliette Leveque, nous faisons très attention aux pathologies duelles, c’est-à-dire aux troubles psychiatriques qui accompagnent l’addiction, comme une dépression ou un trouble de l’hyperactivité, qui peuvent entraîner une dépendance ».
Nikita Hoffmann
*Prénom d’emprunt
NB : Les consultations au CSA sont gratuites, sur rendez-vous. Contact : 24 01 66 ou par mail, à secretariat.csa@chs.nc. Un groupe d’entraide anonyme – Les Cale Addicts – vient récemment d’être créé.

