La découverte de paquets de cocaïne échoués à l’île des Pins et à Maré préoccupe les coutumiers des deux îles, qui redoutent de voir leurs jeunes tomber dans le trafic ou la consommation du produit. Des projets apparaissent.
Les dossiers s’enchaînent sur le territoire et les coutumiers sont soucieux. Premier acte, l’île des Pins. De l’aveu d’habitants, le trafic n’avait pas fait de bruit dans la commune. Aucun. Jusqu’au jour où les uns ont vu débarquer à Kunié des gendarmes pour mener l’enquête. Où les autres ont entendu parler d’un touriste hospitalisé au Médipôle après avoir fumé un produit acheté auprès de jeunes en « balade » mercantile à Nouméa. Et où des troisièmes ont appris la nouvelle par les médias, tout simplement.
La découverte de plus de 40 kilos de cocaïne en mer ou sur le récif à l’île des Pins en juin et septembre 2024 par des pêcheurs de langoustes, puis le réseau amateur de revente de la drogue mis en place dans « la capitale » avec des peines de prison à la clé, interrogent toujours les familles. Parce que cette histoire constitue « une première » sur la terre située à l’extrême sud de la Nouvelle-Calédonie.
Jetée volontairement ou non d’un bateau, la marchandise a échoué sur la côte nord-est, là où le courant ramène des déchets. Cette affaire de poudre blanche, « ce n’est pas bon pour l’image de marque des tribus et de l’île » dont l’économie repose grandement sur le tourisme en temps normal, explique Gilles Tonkomboué, petit chef de la tribu de Youati.
Et puis, surtout, derrière les paquets, se cachent des dangers. « Il faut sensibiliser les jeunes, discuter avec eux », ajoute le coutumier. Car « certains vont voir de l’argent là-dessus », estime un habitant. De l’argent facile, arrivé sur le sable. Mais « cette manne amène au Camp-Est », tranche Hilaire Kouathe, petit chef de la tribu de Comagna.
Cette cocaïne, « c’est un fléau qui leur rendrait la vie impossible. C’est un énorme risque, ça détruit les jeunes, les familles, l’identité, la culture ». Des exemples sont tristement connus, « quand la drogue du grand monde tombe dans un petit pays, elle fait éclater toutes les traditions », soupire Hilaire Kouathe. Tant pour des raisons sanitaires et sociales que pécuniaires.
La grande chefferie de l’île des Pins s’est entretenue avec la gendarmerie. Les coutumiers ont exprimé un souhait : que l’État mette les bouchées doubles pour la surveil- lance des eaux dans le Sud vu l’expansion du trafic.
PAR-DESSUS BORD
Des Calédoniens de la zone ont cru apercevoir d’ailleurs une transaction illicite aux alentours du canal de la Havannah, après l’affaire de Kunié. Selon un témoignage rapporté, des marins sur un porte-conteneurs auraient balancé des cartons par-dessus bord, et deux petits bateaux seraient arrivés à hauteur. Ce mouvement a paru très suspect. Les plus hautes autorités en auraient été informées.
Puis a surgi l’acte deux, à Maré, en novembre. Lors d’une partie de pêche, des jeunes ont trouvé des paquets contenant de la cocaïne, du côté des plages de Ceni, Ekure et Buhnetine, dans le nord de l’île. Encore « une première » sur ce sol des Loyauté. Sensibilisés par l’affaire de Kunié, les Maréens ont « spontanément » remis les colis découverts à la gendarmerie, selon le gouvernement.
Là encore, en ces lieux paradisiaques de sable blanc, « on trouve de tout » avec le courant, explique Marc Waïa, dont l’épouse est originaire de la tribu la plus proche, Kaewatine. « Les consommateurs de cannabis perdent tous leurs repères, ils sont complètement déconnectés et ne nous écoutent plus. La cocaïne, c’est beaucoup plus dangereux », déplore cet enseignant à la retraite, membre du conseil des anciens de la tribu de Wakuarory, qui se rend régulièrement à son campement à Buhnetine.
Au-delà de l’herbe, « notre peuple est déjà touché par l’alcool, il ne faut pas en rajouter », pointe Hippolyte Sinewami, grand chef de La Roche. Le responsable coutumier promeut « la prévention. On en parle dans nos chefferies, à la maison, dans les clans. On en discute avec les jeunes. C’est dévastateur ce produit ».
Une concertation est indispensable. Au plus haut niveau. « Il est important que les grands chefs se réunissent pour échanger sur cette marchandise qui arrive », soutient Jemess Dihace, président du conseil coutumier Nengone. Cette rencontre pourrait intervenir en début d’année 2026.
Le phénomène est nouveau et « le jeune n’a pas forcément conscience des dangers » du trafic et de la consommation de cette drogue. Inquiets, Jemess Dihace et ses collègues entendent demander un contrôle accru des voiliers de passage et des côtes par les forces de gendarmerie. Parce que « c’est préoccupant ».
Yann Mainguet

