[DOSSIER] Cocaïne : à la croisée des chemins

Les douanes effectuent des contrôles réguliers au port autonome, dans les marinas, à l’aéroport et dans le centre de tri postal. Photo : Douanes

En Nouvelle-Calédonie, « l’usage, la culture et la revente d’herbe de cannabis constituent la majeure partie des infractions relevées », relève le bilan 2024 de la délinquance diffusé par le haut-commissariat.

Pourtant, une autre drogue fait la une des faits divers. Ce mois-ci, des pains de cocaïne ont été découverts par des pêcheurs de Maré. Une situation similaire en 2024 à l’île des Pins a conduit à un trafic « d’opportunité » entre Kunié et Nouméa, vite démantelé.

Le 6 novembre, une opération menée à Rivière-Salée a permis la découverte de 900 g de cocaïne dans un nakamal. Et surtout, le 29 juin, la police nationale et les douanes, en collaboration avec les forces armées, ont effectué une saisie record de 2,5 tonnes de cocaïne sur le Dante.

Difficile, à ce stade, de dire s’il s’agit de coïncidences, d’un coup de projecteur médiatique ou d’un phénomène de fond. « À l’heure actuelle, la Nouvelle-Calédonie est relativement épargnée par la cocaïne et par la méthamphétamine », insiste Cédric Rollet, directeur régional des douanes.

ROUTE MARITIME

L’origine et la destination de la drogue saisie cette année restent encore à éclaircir, mais un phénomène se renforce. « Le trafic transocéanique de stupéfiants, notamment entre l’Amérique du Sud et l’Australie, connaît une forte progression », a souligné le capitaine de vaisseau Nicolas Barré, commandant de la zone maritime, à l’occasion de la Journée de la mer le 2 septembre. « Compte tenu de sa position géographique, la Nouvelle-Calédonie se trouve directement sur ces routes. »

Ce trafic est assuré par des navires de plaisance ou des bateaux commerciaux, à l’image du Dante ou du Kokoo, saisi pour contrebande de cigarettes. Et leur route passe par la vaste ZEE, zone économique exclusive, calédonienne. « L’étendue du territoire calédonien ne joue pas en notre faveur », reconnaît le directeur.

Afin d’opérer la surveillance, une étroite collaboration s’est nouée entre les forces armées, la police, les douanes et la gendarmerie. Une organisation qui s’appuie sur des échanges permanents avec les autorités régionales et les États-Unis. Le dispositif a permis l’arraisonnement du Dante.

CRAINTES

Selon le bilan 2024 de la délinquance : « Au cours des dernières années, la tendance est à l’augmentation de la consommation des drogues de synthèse. Le marché calédonien demeure réduit, mais il est soutenu par une population relativement aisée, qui dispose des moyens de se procurer des produits stupéfiants à prix élevés comme la cocaïne. »

« À l’heure actuelle, nous n’avons pas identifié de trafic significatif. Cela ne veut pas dire que cela ne va pas arriver », s’inquiète Cédric Rollet, qui prend un exemple proche. « Aux Fidji, les habitudes, c’était plutôt le cannabis. Il y a aujourd’hui un sujet méthamphétamine qui se transforme en sujet sanitaire. » De même que l’ice, nom local de cette drogue de synthèse, fait des ravages en Polynésie française.

« Aux Antilles, on l’a vu avec la cocaïne, il y a un débordement de ces substances sur le tissu local, poursuit le directeur. Ce sont des cercles concentriques qui se rapprochent de gros pays consommateurs, la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Et cela se rapproche petit à petit. »

La Nouvelle-Calédonie est une plateforme logistique importante, avec un port et un aéroport internationaux, mais aussi des infrastructures secondaires. Autant d’entrées que surveillent scrupuleusement les douanes. Un combat à la fois local et international.

Fabien Dubedout 

Selon nos informations, localement le prix de vente du gramme de cocaïne est compris entre 25 000 et 30 000 francs mais il se négocie à 18 000 francs. Le gramme est vendu entre 60 et 80 euros (7000 et 9500 francs) en Métropole pour une drogue davantage coupée. Les dernières filières ont montré en local un certain amateurisme, preuve d’un trafic d’opportunité. Photo : douanes.