Les urnes ont parlé, et fort. Le nombre d’électeurs n’y est pour rien dans l’histoire, puisque le taux de participation a atteint péniblement les 58,86 % au soir du second tour des élections municipales, dimanche 22 mars.
Mais les bulletins ont envoyé un message clair et direct : un souhait de changement, d’évolution. Car pas moins de 67 % des têtes de liste sorties gagnantes du scrutin sont nouvelles. Autrement dit, dans une nette majorité des cas, les habitants verront un tout autre visage dans le fauteuil du maire. Comme une envie de tourner la page du mandat 2020-2026.
Toutefois, le haut-commissaire de la République a annoncé, mercredi 25 mars, avoir saisi le tribunal administratif de recours contre l’élection des maires de Lifou et de Yaté, à l’issue des conseils municipaux d’installation du vendredi 20 mars. La raison invoquée : dans les deux communes, les maires ont été élus sans que les adjoints ne le soient lors de la même séance, « contrairement aux règles encadrant la constitution de l’exécutif municipal ».
Les services de l’État demandent l’annulation de ces élections au sein du conseil municipal, et l’organisation de nouvelles opérations « conformes au droit ».
UNE INTERPRÉTATION
Dès le lendemain du vote, lundi 23 mars, la politique a encore pris les devants. « Les électeurs ont massivement plébiscité le camp pro-Bougival », a écrit le mouvement Les Loyalistes, au regard de sa victoire à Païta, à Dumbéa, au Mont-Dore, à Boulouparis, et, sous certains aspects, à Nouméa. « Ce scrutin acte la fin de l’ambiguïté et impose un mandat impératif à l’État : la mise en œuvre immédiate et intégrale de l’accord de Bougival », insiste l’organisation de la présidente de la province Sud, Sonia Backès, et du député, Nicolas Metzdorf.
« Plus de deux électeurs sur trois se sont exprimés en faveur de listes municipales soutenant » le texte de juillet 2025 et son complément de janvier dernier, baptisé Élysée-Oudinot. Une interprétation purement politique et un coup de pression vis-à-vis de Paris, puisqu’il ne faut pas oublier le taux de participation relativement faible à ces élections de proximité.
De plus, la formation Union nationale pour l’indépendance (UNI), signataire de Bougival, a fait campagne sur le quotidien des populations, et non, par choix, sur l’avenir institutionnel. L’argument des Loyalistes vient répondre à la volonté de l’Union calédonienne et du FLNKS de faire de ce vote municipal un porte-voix contre le texte conclu en région parisienne il y a plus de huit mois.
« CONTRE NATURE »
Au passage, Sonia Backès, Nicolas Metzdorf ou Gil Brial égratignent l’UC et le FLNKS confrontés, selon les élus loyalistes, à un « effondrement du logiciel radical » au sortir des élections. Bien évidemment, la lecture est tout autre dans ce camp indépendantiste, le Front pointant, mercredi 25 mars, « une mobilisation conjointe des Loyalistes, de l’UNI et du Rassemblement autour un mot d’ordre commun : faire barrage au FLNKS » au second tour.
Après avoir relevé « des fusions opportunistes, parfois contre nature » de certaines listes UNI, le président du Front, Christian Tein, estime que sa coalition conserve « très largement sa position de première force politique indépendantiste ». Chiffres à l’appui. Selon le dirigeant, les listes FLNKS ont rassemblé 63 % (30 550 voix) de l’électorat indépendantiste, contre 26 % à l’UNI (12 861) – « en tenant compte du fait que certaines listes UNI ont exprimé leur refus de Bougival » – et 11 % (5 215) pour les autres listes, clairement opposées à ce projet d’accord. Au total, ajoute Christian Tein, trois électeurs indépendantistes sur quatre ont voté pour des équipes anti-Bougival.
Un chaud débat s’est d’ailleurs installé à Paris, mardi 24 mars, en commission des lois de l’Assemblée nationale autour du projet de loi constitutionnelle porteur de ces éléments. La réforme, examinée en séance publique à compter du mercredi 1er avril, est mal embarquée.
Yann Mainguet

