[DOSSIER] « Ce n’est pas à nous de boycotter »

NC la 1ère et Les Nouvelles calédoniennes estiment que leur responsabilité en tant que médias implique de parler des scandales mais pas de boycotter, une décision qui appartient, selon eux, aux téléspectateurs, aux lecteurs et aux États.

É thiquement, est-il possible de couvrir le Mondial au Qatar ? « Je serais mal à l’aise si Les Nouvelles n’avaient jamais traité les à-côtés », répond Olivier Poisson, rédacteur en chef. « On en a parlé au fur et à mesure de l’actualité », via les articles de l’Agence France-Presse (AFP). « Dès 2010, on savait que ce serait une horreur écologique. »

Les révélations sur les milliers de morts, fruit des enquêtes du Guardian et d’Amnesty International, sont arrivées par la suite. « À titre personnel, je trouve scandaleux que l’on ait attribué cette Coupe du monde au Qatar. Mais il ne faut pas mélanger les choses. Je trouve que ce serait hypocrite de s’en prendre aux amateurs de foot, aux journalistes et aux médias qui veulent juste parler de foot. Ce n’est pas à nous de boycotter, ce sont les États qui auraient dû le faire. »

Olivier Poisson, rédacteur en chef des Nouvelles calédoniennes. / © G.C.

À son sens, la question du boycott revient aux citoyens de « faire un choix que la collectivité a été incapable de faire ». Les Nouvelles couvrent donc le Mondial dans leurs pages quotidiennes, et dans un supplément diffusé la semaine précédant la compétition. « On n’a aucun intérêt économique à suivre le Mondial », précise Olivier Poisson. Au contraire, « les matchs en pleine nuit vont juste déstabiliser notre petite équipe ».

« ON S’INTÉRESSE AU PAYS »

Du côté de la télévision, Canal+ Calédonie* diffusera tous les matchs via beIN, et NC la 1ère a acheté les droits de 28 rencontres auprès de TF1. Les deux groupes font la publicité des retransmissions, dont les retombées financières devront couvrir le coûteux investissement. « On a acheté les droits avant la polémique », assure Bénédicte Piot-Gambey, directrice de l’antenne de France Télévisions. « Mais ce n’est pas parce que l’on diffuse les matchs que l’on occulte le reste. »

Bénédicte Piot-Gambey, directrice de NC la 1ère. / © G.C.

NC la 1ère diffuse notamment les documentaires produits par les autres chaînes du groupe. La directrice estime que la présence de journalistes au Qatar, avant et pendant la compétition, peut avoir des effets positifs. « Finalement, c’est bien d’avoir des événements dans ces pays-là, c’est l’occasion de zoomer sur leur environnement. On s’intéresse au pays. On est estomaqué parce que les stades sont climatisés… Mais au Qatar, plein de sites sont climatisés ! À 42 degrés, les gens vivent comment ? Et en Europe, l’hiver, il faut bien chauffer ! »

« FAIRE LA PART DES CHOSES »

À la Réunion, le Quotidien a fait le choix du boycott (lire p.11), jugeant impossible de dissocier la compétition des scandales. « Je ne suis pas sûr que ce soit aux médias de décider. C’est au public de décider. Ceux qui veulent boycotter boycotteront. » Bénédicte Piot-Gambey est attachée à la diffusion « gratuite » du plus grand événement de football, « premier sport en Calédonie » en termes d’effectifs. « Les gens ont commencé à nous appeler il y a deux mois déjà. Ils attendent la Coupe du monde avec impatience. »

Olivier Poisson partage ce sentiment. « Ce dont ils ont besoin, c’est de s’évader un peu, surtout en ce moment, dans une période où le pouvoir d’achat est en berne. Je pense qu’il faut faire la part des choses entre le fait de supporter son équipe et des problèmes qui devraient être réglés à d’autres niveaux. »

Gilles Caprais

*Canal+ Calédonie n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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