Le baromètre santé jeune 2025, publié par l’Agence sanitaire et sociale, dresse un état des lieux des habitudes de vie des 10-18 ans dans les trois provinces. Réalisée tous les cinq ans depuis 2014, cette enquête constitue, selon Claude Gambey, membre du gouvernement en charge de la santé, un « outil d’aiguillage pour les politiques publiques ».
Les résultats montrent des évolutions contrastées. Certains indicateurs progressent favorablement : baisse du tabagisme (malgré un niveau encore supérieur à la moyenne nationale), diminution de la consommation d’alcool, de cannabis et de boissons sucrées ainsi qu’un net recul de l’absentéisme scolaire.
En revanche, plusieurs signaux d’alerte apparaissent : forte progression de la cigarette électronique, recul de l’usage du préservatif, augmentation des quantités d’alcool consommées par les jeunes buveurs et affaiblissement du contrôle parental, notamment chez les plus jeunes. La situation nutritionnelle est également préoccupante : seuls 25 % des ados consomment quotidiennement des fruits ou des légumes tandis que 39 % sont en surcharge pondérale et 18 % en situation d’obésité.
USAGES À RISQUE
L’usage des écrans est identifié comme un enjeu central. « Nous avons noté un recours fréquent et soutenu aux écrans avec pour conséquence un manque de sommeil, une baisse de concentration, un impact sur le bien-être », explique Claude Gambey.
Près de 74 % des jeunes passent au moins deux heures par jour à cette activité sur leur temps libre, avec une prévalence plus élevée en province Sud (78 % ; 63 % en province Nord ; 56 % aux Loyauté). Cette proportion atteint 59 % chez les 10-12 ans et progresse dans l’ensemble des tranches d’âge ou des lieux d’origine. Plus inquiétant encore, près de 15 % des jeunes passent sept heures par jour devant un écran hors temps scolaire. Les principaux usages concernent les discussions avec les amis (70 %) et le visionnage de vidéos sur les réseaux sociaux (61 %) suivis par les jeux vidéo (59 % – usage dominant chez les 10-12 ans). 77 % des 10-12 ans et 97 % des 16-18 ans sont sur les réseaux.
Parmi les jeunes interrogés, 45 % ont un usage considéré comme « normal », 43 % un usage « à risque » – davantage chez les filles – avec des effets négatifs émergents et 12 % un usage « problématique » – plus fréquent dans les îles et en province Sud – lorsqu’il devient incontrôlable et trouble le quotidien. Cette thématique émergente des réseaux sociaux est une nouveauté dans le questionnaire de l’ASS-NC.
ANGOISSE
Alors que la santé mentale des jeunes semble se dégrader – sentiment de solitude, troubles du sommeil, inquiétude et angoisse en hausse – la question du rôle des écrans et des contenus consommés se pose. Parallèlement, la pratique d’activité physique diminue depuis 2019, en particulier chez les filles. Seuls 18 % des jeunes font au moins une heure d’activité physique par jour (sport ou toute activité qui fait bouger) conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, tandis que 7 % n’en font jamais. 27 % des filles ne pratiquent aucune activité sur leur temps libre.
Face à ces constats, la lutte contre le temps d’écran excessif et la régulation de l’usage des réseaux sociaux doivent préoccuper les parents et la société. Plusieurs pays, comme l’Australie ou la Chine, ont déjà interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans.
En France, depuis 2025, il est interdit d’exposer les enfants de moins de trois ans aux écrans dans les crèches, haltes-garderies ou les lieux d’accueil proposés par les assistantes maternelles. Et l’Assemblée nationale a adopté cette année en première lecture un projet de loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec a priori une distinction voulue par le Sénat entre les plateformes qui « nuisent à l’épanouissement physique, mental ou moral » et les autres. Le gouvernement espère une mise en œuvre dès la rentrée prochaine. La Nouvelle-Calédonie souhaite aussi se saisir de la question.
Chloé Maingourd

