[DOSSIER] Baisse du niveau des élèves : une réalité à affronter

La mission interministérielle travaille sur le déploiement d’une centaine d’éducateurs dédiés à la prévention du décrochage scolaire. (© N.H.)

Moins de 60 000 élèves ont repris le chemin de l’école cette semaine. « On passe pour la première fois sous ce seuil symbolique avec des effectifs qui décroissent d’année en année », a commenté Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge de l’enseignement.

À chaque rentrée, ses annonces. Celle-ci implique un travail sur la carte scolaire et des effectifs qu’on estime « très confortables à 22 par classe ». « Une moyenne », insiste le syndicat SFP-CGC, qui aimerait que cette tendance soit davantage mise à profit pour soutenir un système éducatif en difficulté.

2026 est aussi l’année de la réforme du brevet des collèges, avec le retour d’une note sur 20 et une moyenne désormais composée des épreuves terminales et du contrôle continu. Parmi les évolutions notables, on relève la fermeture d’un collège de Thio, de cinq internats du privé. La sécurité dans les établissements reste une priorité (18 000 élèves formés en 2025 aux problématiques de harcèlement ou des réseaux sociaux par la police et la gendarmerie) avec la poursuite des fouilles aux abords des établissements pour « anticiper la problématique d’armes blanches ».

On peut aussi noter cette enveloppe de 25 millions de francs pour maintenir les tarifs de cantine de 2024 dans les collèges et lycées, un budget préservé à 33 millions pour le transport dédié aux 700 lycéens internes. On trouve, par ailleurs, un intérêt pour l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans votée en Métropole, « on est en train de faire vérifier par nos services juridiques, ce qui est faisable ». Une « pause numérique » a déjà été instaurée au collège Baudoux.

Enfin, on apprend cette obligation pour les enfants de bouger une demi-heure par jour, en plus de l’éducation physique et sportive. Le développement de la santé scolaire est censé améliorer les conditions de réussite et d’employabilité, répète Isabelle Champmoreau. « Parce qu’on sait que c’est important aussi à la sortie du système scolaire d’être en bonne santé ensuite pour trouver un emploi. »

PRÈS DE 48 % DE BAS NIVEAU EN SIXIÈME

N’est-ce pas surtout l’enseignement ? La chute est inexorable : à l’entrée en sixième, la part d’élèves calédoniens ayant un « bas niveau » atteint 47,8 % en français et 63,4 % en mathématiques (27 % et 32,5 % pour la Métropole et les DOM). À l’entrée en seconde en voie professionnelle, 82,6 % sont classés « bas niveau » en français et 89,7 % en mathématiques (32,4 % et 53,8 % en voie générale et technologique). Chaque année, 200 jeunes de 16 à 18 ans quittent le système de formation initiale sans diplôme, principalement issus de bac pro ou de CAP.

La direction de l’enseignement évoque des différences territoriales, des facteurs socio-économiques, des difficultés liées à la langue, une formation des enseignants à améliorer.

Le phénomène n’est pas propre à la Nouvelle- Calédonie. Lors de sa déclaration de politique générale, François Bayrou, alors Premier ministre, avait évoqué « le plus grand de nos échecs », déplorant que « l’école française, qui était la première du monde, se voit classée au rang qui est le sien, en mathématiques comme en lecture ».

Parmi les causes avancées par le journal Le Monde, l’instabilité des politiques éducatives (cinq ministres de l’Éducation en 2024) et la multiplication des programmes et réformes. Avec ce risque sur lequel alertent Les Échos : « Le niveau faiblissant des élèves doit conduire à anticiper une baisse substantielle du niveau des professeurs d’ici à 2040 ».

Depuis le transfert de compétence, la Nouvelle-Calédonie dispose des moyens de penser ses propres solutions, avec en plus cet agréable coussin de 55 milliards de masse salariale financée par l’État sans lequel rien ne serait possible. Si le problème n’est pas local, les solutions doivent l’être, affirment les acteurs de terrain.

Chloé Maingourd