[DOSSIER] Assurances : la priorité est « le versement d’acompte d’urgence »

Les assurances sont mobilisées pour faciliter la déclaration des sinistres à la fois des particuliers et des entreprises. Des experts métropolitains sont attendus en soutien vu l’étendue des dégâts afin de traiter les dossiers le plus rapidement possible, explique Frédéric Jourdain, président du Cosoda, Comité des sociétés d’assurance de Nouvelle-Calédonie.

DNC : Comment vivez-vous la crise actuelle ?

Frédéric Jourdain : Je suis arrivé à la fin des Évènements, c’était déjà une période très compliquée. Je pense que ce qu’il vient de se passer a surpris tout le monde par le degré de violence inouïe et surtout la destruction du tissu économique. C’est un choc pour tous. Nous avons également subi des dégâts, certains assureurs ont perdu des agences.

Quand avez-vous commencé à travailler sur les conséquences des émeutes ?

Nous avons très vite créé un groupe WhatsApp pour échanger entre assureurs et faire un point sur la situation, et nous avons été en lien avec notre organisme de tutelle dans l’Hexagone, France Assureurs, dont tous nos sièges sont adhérents. Ensuite, Bruno Le Maire nous a conviés à une visioconférence avec le haut-commissariat et les banques la semaine dernière. Nous lui avons fait part de notre première évaluation des dégradations, environ 120 milliards de francs. En tant qu’acteurs de la reconstruction, le ministre de l’Économie nous a demandé de prendre certaines mesures.

Quelles sont les mesures que vous mettez en place afin de simplifier les procédures ?

La première est de prolonger le délai de déclaration contractuel qui est de 5 jours à 30 jours. Ensuite, nous allons intervenir rapidement auprès des entreprises pour le versement d’acomptes qui peuvent servir, dans un premier temps, à sécuriser les lieux. Il peut s’agir d’évacuer les denrées périssables des commerces d’alimentation afin d’éviter des problèmes sanitaires. Certaines compagnies ont commencé à rouvrir des agences lundi 27 mai pour offrir un accueil physique et apporter toutes les explications nécessaires en fonction du sinistre subi. Nous sommes bienveillants avec tous les clients et nous ne privilégions personne. Au moins deux assureurs ont mis en place des cellules d’aide psychologique pour les clients.

Quels allègements sont prévus concernant la déclaration ?

On essaie de la simplifier au maximum. Il a été décidé que le dépôt de plainte, qui est normalement obligatoire, puisse se faire dans un second temps. Un mail avec des photos peut suffire en guise de déclaration.

Certains contrats ne contiennent pas la garantie émeute. Qu’est-il envisagé
dans ce cas ?

Tous les contrats nouvelle génération comportent cette garantie. Il se peut qu’elle n’apparaisse pas sur certains vieux contrats, mais cela concerne peu de personnes. Lorsqu’elle n’y est pas, l’idée est d’étudier au cas par cas en fonction de la situation, on ne peut pas faire mieux.

« Nous n’avons pas les capacités financières localement, ce sont les sièges de nos compagnies qui vont nous aider à payer. »

Avez-vous les moyens de mener les expertises nécessaires ?

L’étendue des dégâts et le nombre d’entreprises touchées vont rallonger les délais d’expertise. France Assureurs a pris contact avec des experts métropolitains pour qu’ils viennent en renfort de leurs collègues dès que les vols reprendront.

Quand les entreprises peuvent-elles s’attendre à être indemnisées ?

Je pense que cela se fera en trois temps. D’abord le versement d’acomptes d’urgence ‒ qui ont déjà commencé ‒, ensuite l’expertise, puis le règlement. Le règlement prendra du temps parce que les pertes d’exploitation sont assez complexes à calculer, même si cela peut être plus rapide pour les cas les plus simples. Les assurances prennent en charge la perte d’exploitation sur une durée de 12 ou 24 mois selon le contrat souscrit par le chef d’entreprise.

Est-ce que les assurances disposent des capacités financières pour prendre en charge des remboursements ?

Nous n’avons pas les capacités localement, c’est trop énorme. Ce sont les sièges de nos compagnies qui vont nous alimenter et nous aider à payer.

Savez-vous combien de déclarations ont été faites jusqu’à présent ?

Nous en avons eu peu les dix premiers jours. Les gens étaient sous le choc, ce n’était pas la préoccupation première. Cela s’est nette- ment accéléré ces derniers jours. Il y avait plus de 1 000 déclarations lundi après-midi. Pour l’instant, cela concerne surtout les entreprises. Notre inconnue porte sur les particuliers, les habitations et les véhicules, dans des zones comme Rivière-Salée, Kaméré, Vallée-du-Tir… Ce que nous allons découvrir une fois que ce sera sécurisé. On a encore peu de visibilité.

Tous les dossiers sont traités en même temps ?

On essaie, même si les cas les plus difficiles et complexes passent en premier. Cela fait aussi partie des engagements pris avec le ministre, par exemple cibler celles qui peuvent redémarrer assez vite.

Allez-vous proposer des reports de paiement d’échéances aux assurés ?

Pour ceux qui rencontrent des difficultés de paiement, nous ferons tout pour échelonner en plusieurs fois. Nous avons également décidé de mettre en place un moratoire concernant les relances pour les impayés.

Peut-on craindre que cette crise induise une augmentation des tarifs des assurances, voire le départ de certaines d’entre elles du territoire ?

Oui. On ne parle pas de ça pour le moment, mais ce sont des questions qu’il faut se poser. Le territoire est également le plus accidentogène sur la route. Alors après ce qu’on vient de vivre, je n’exclus pas que certaines compagnies remettent en question leur présence ici.

Propos recueillis par Anne-Claire Pophillat