[DOSSIER] Antoine De Palmas, NCT&I : « Agir seul, c’est sans doute la garantie de tomber dans des écueils »

« La diplomatie n’est pas nécessaire, mais elle est importante, parce qu’elle accélère les choses » en matière d’export, estime Antoine De Palmas, de NCT&I. © Y.M.

Le cluster New-Caledonia Trade & Invest, ou NCT&I, qui apporte un soutien aux entreprises dans leur développement à l’international, alerte sur l’indispensable préparation à l’export. Surtout en temps de crise.

DNC : N’existe-t-il pas un paradoxe : la démarche d’export demande du temps, or la crise exige une réponse immédiate. Est-il possible de conjuguer néanmoins ces deux aspects ?

Antoine De Palmas : L’export demande du temps long, c’est une vérité, et c’est bien le rôle du cluster NCT&I de le redire aux adhérents. Mais beaucoup d’entreprises calédoniennes n’ont pas attendu la crise pour se lancer dans la démarche, certaines font de l’export depuis des années, elles ont accentué leur effort voyant là un moyen de survie en période difficile en Nouvelle-Calédonie.
Le début de la décroissance date des premiers mois de 2024, voire de 2023. Les entreprises qui ont commencé à ce moment-là, en récoltent les fruits aujourd’hui. Il faut deux ans, en moyenne. Ce qui s’exporte très bien et très vite, ce sont les services.

L’une des réponses à la nécessaire rapidité en temps de crise peut se situer dans cette orientation : dans la zone, nous avons la chance d’avoir des territoires français d’outre-mer, comme Wallis-et-Futuna, la Polynésie française et même l’île de La Réunion, où une délégation calédonienne se rendra en juin pour des rencontres économiques ; nous connaissons la langue, le cadre juridique… la démarche est donc plus rapide.

Avec succès ?

Nous connaissons des entreprises qui, depuis la crise, ont lancé une démarche d’export, et qui y arrivent, développent du business. Cette part de marché obtenue a permis, pour l’une d’elles, de garder des emplois en Nouvelle-Calédonie.

Les entreprises peuvent-elles agir seules ou faut-il des dispositifs d’accompagnement ?

Agir seul, c’est sans doute la garantie de tomber dans des écueils. La Chambre de commerce et d’industrie (CCI), d’un côté, avec tout le réseau Team France Export, et, de l’autre, le cluster NCT&I, avec des entrepreneurs qui savent faire de l’export, permettent d’éviter de tomber dans certains pièges et de gagner un temps considérable. Parce que l’export, c’est du temps et de l’investissement.

Ensuite, il existe beaucoup de dispositifs d’aide – crédit d’impôt export, financement de plaquettes et de formations en anglais, cofinancement de missions… auprès de la province Sud, du gouvernement, de Team France Export…-, mais il est parfois compliqué de s’y retrouver quand on est très occupé par la gestion de son entreprise. Nous sommes là, à NCT&I, pour accompagner les gens.

Pendant très longtemps, on a limité, à mon sens, la définition d’export à la vente de marchandises produites en Nouvelle-Calédonie.

Nous parlons ici de tout type d’export ?

Oui. Il ne faut surtout pas restreindre le sujet. Pendant très longtemps, on a limité, à mon sens, la définition d’export à la vente de marchandises produites en Nouvelle-Calédonie. On peut aussi exporter des services. Le territoire abonde en savoir-faire dans ce domaine, parce que le tissu industriel est tout de même très développé par rapport à d’autres pays de la zone. Grâce à ce tissu industriel développé et aux usines de nickel, nous avons tout un écosystème de services : ingénierie, chaudronnerie, métallurgie, technologies et information, etc.

Le coût, les normes… sont-ils des handicaps ?

NCT&I compte une soixantaine d’adhérents, de tous les métiers. Les entreprises calédoniennes ont du talent. À peu près tous ceux qui s’en donnent les moyens y arrivent. Le premier handicap, psychologique, est celui que se mettent des chefs d’entreprise. Ensuite, il y a un sujet de prix, c’est une évidence. On n’exporte pas n’importe quoi n’importe où. Nous avons ici des experts, des ingénieurs, des conducteurs de travaux… On peut exporter une partie du savoir-faire.

Et puis, dans les régions anglo-saxonnes, il y a la barrière de la langue, pour ceux qui ne parlent pas anglais. Ce peut être un handicap. Le dernier point de blocage, qui intéresse une part des exportateurs, est inhérent aux normes. Nos références sont françaises et européennes. À part à Wallis-et-Futuna et la Polynésie française, ce n’est pas le cas ailleurs.

Est-ce un vrai frein ?

Ce point-là se travaille. C’est l’un de nos axes de réflexion depuis des années : mettre en place des équivalences pour les normes de la construction, par exemple. Ce projet est en train de bouger assez significativement en Nouvelle-Zélande. Il y a des travaux avec l’Australie.

Existe-t-il des bassins privilégiés, plus réceptifs aux démarches d’exportation calédoniennes ?

Tout dépend de l’activité. Mais pour une majorité d’entreprises calédoniennes, le bassin Pacifique Sud est évident. Nous commençons à échanger avec l’océan Indien. Le marché européen s’ouvre, pour certaines sociétés, assez facilement. L’agroalimentaire se tourne naturellement vers l’Asie.

La reprise du projet gazier en Papouasie-Nouvelle-Guinée va susciter des opportunités importantes au niveau du BTP, de la métallurgie et de la maintenance industrielle. Ce que la Nouvelle-Calédonie maîtrise. Une mission économique est prévue en juillet.

Propos recueillis par Yann Mainguet