[DOSSIER] Agritourisme : le goût de l’authentique

Jocelyne Chanier, ancienne enseignante, pilote aux côtés de son époux Jean-Luc, les activités du Domaine de la ferme d’Erambéré à Dumbéa. ©Y.M.

À l’image du Domaine de la ferme d’Erambéré à Dumbéa, des structures mêlent activités agricoles, nature, accueil de visiteurs, et dégustation. Cette formule « rurale » plaît d’après les retours de terrain et les études. Plan de communication et promotions diverses sont déployés pour retrouver le public, à la suite du choc des émeutes.

La route franchit un pont, longe les montagnes, se glisse entre les hauts arbres et grimpe un peu pour atteindre un beau panorama au grand air.  « Les gens aiment bien être dans la nature, sortir des sentiers battus. » Sur ce terrain situé dans les hauteurs de Nondoué, à Dumbéa nord, Jocelyne et Jean-Luc Chanier ont tout d’abord poursuivi dès 1999 leur passion de l’apiculture, puis écrit une nouvelle page en 2012 avec l’ouverture d’un gîte.

Des logements confortables sont aménagés avec une capacité d’une dizaine de lits, une terrasse individuelle avec vue ou encore deux cuisines partagées. Le Domaine de la ferme d’Erambéré a pris forme. Là où ne poussaient autrefois que des niaoulis, grandissent désormais des fougères arborescentes, des palmiers ou encore des arbres fruitiers.

L’idée est bien d’« accueillir des gens et montrer ce que nous faisons ». Comme l’élevage de volaille ou davantage la production de miel, estimée en ce moment à une à deux tonnes par an. Les pots du nectar doré, plusieurs fois primé au Concours général agricole de Paris, sont accompagnés d’une explication technique de Jocelyne et Jean-Luc Chanier. L’activité sportive est aussi au programme. La propriété de 20 hectares dispose de chemins de randonnée balisés.

 

Jocelyne et Jean-Luc Chanier commercialisent leur miel, plusieurs fois primé à Paris. ©Yann Mainguet

UN AMÉRICAIN ET LES OISEAUX

Tout cet écosystème, qui mêle exploitation apicole, tourisme et nature, a permis au Domaine de la ferme d’Erambéré d’obtenir très vite, peu après l’ouverture, le label Bienvenue à la ferme. Avant les émeutes de mai 2024, qui ont mis un coup d’arrêt aux réservations selon Jocelyne Chanier, le profil des clients était très varié : médecins en partance pour un poste à Wallis-et-Fu- tuna, Calédoniens de Brousse en balade, touristes métropolitains, visiteurs australiens et néo-zélandais… « Ils aiment bien voir les oiseaux, note la propriétaire. Un Américain est venu ici les observer. »

Il faut maintenant remonter la pente. Quelques petits signes sont encourageants. Toujours avec l’agri-tourisme, « ça allait de soi ». Cette formule permet « aux visiteurs de vivre des expériences immersives à la ferme et de déguster des produits locaux et savoureux en circuit court », définit Sabrina Lucien, animatrice du réseau Bienvenue à la ferme, auprès de la Chambre d’agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie. En deux mots, « expéri- menter et goûter ».

Le Domaine de la ferme d’Erambéré compte parmi les cinquante structures labellisées sur le territoire : près de 80 % sont recensées en province Sud, six dans le Nord et une seule aux Loyauté, à Lifou. Des propriétés broussardes, donc, aux terres coutumières. Ce label national, en place dans l’archipel depuis l’année 2000, s’octroie au regard de plusieurs critères, à l’image de l’inscription à la Chambre d’agriculture et de la pêche, mais aussi des conditions d’hygiène, d’accueil, d’assurance…

En contrepartie d’une cotisation, la ferme adhérente doit bénéficier de la force de frappe du réseau français, avec « l’équipe de communication, la documentation, les conseils, les supports numériques, etc. », explique Sabrina Lucien. « Les adhérents sont bien référencés » sur le net, « c’est l’un des nombreux avantages ».

4 000 CLIENTS EN 2023

Cette appellation attire les professionnels qui voient ici la possibilité de diversifier leurs revenus. « Le dispositif fait son bout de chemin, il est bienvenu pour les structures », selon l’animatrice du réseau. Et les visiteurs sont en demande. En 2023, 4 000 clients environ sont passés dans ces établissements.

Cette relation directe avec l’authentique, la nature, l’échange avec les populations locale, plaît, tant aux habitants du territoire, qu’aux touristes métropolitains et, pour une part marginale, anglo-saxons. Le public a un peu changé avec les émeutes. Les militaires en permission apprécient cette découverte de la Nouvelle-Calédonie au plus près des exploitations agricoles qui proposent de la vente de produits, une table d’hôte, le tres- sage, une sortie « chasse » ou « équitation »…

« Le profil familial », c’est-à-dire « le couple avec de jeunes enfants », est régulièrement retrouvé dans ces fermes, dont le logement proposé va du camping au gîte « confort ». L’agritourisme porte aujourd’hui un axe de développement en Nouvelle-Calédonie, territoire qui a souvent mis en avant ses plages paradisiaques dans sa promotion à l’international. « Mais nous avons une spécificité, relève Sabrina Lucien. Nous avons des paysages multiples et variés. J’en suis sûre : on répond à toutes les demandes ».

Yann Mainguet