[DOSSIER] Accord de Bougival : des signatures dans l’Histoire

Les délégations politiques ont retrouvé l’Élysée après une nuit blanche et la signature du projet d’accord sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. L’occasion de prises de parole pour les protagonistes. © Photo Tom Nicholson / POOL / AFP

Les mots sont posés. Les stylos aussi. Après des années d’empoignades liées aux consultations d’autodétermination, puis des périodes de tergiversations et de violences, les représentants loyalistes, indépendantistes et l’État sont parvenus à s’entendre sur l’essentiel, samedi 12 juillet à Paris : un cadre commun pour l’avenir. Les signataires calédoniens sont heureux d’avoir ouvert une voie institutionnelle nouvelle, source de rebond pour un archipel à genoux. Le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, peut se féliciter d’avoir rassemblé les élus encore marqués par les émeutes et d’avoir facilité la construction d’une solution. Le locataire de la rue Oudinot s’inscrit dans les pas de son mentor, Michel Rocard. Artisan du « Sommet » fructueux, le président de la République, Emmanuel Macron, indiquera, avec le sourire, que les trois référendums se sont tenus et que la clé fut trouvée sous ses mandats. Tout en ayant bousculé le droit, sans concéder un territoire.

Parce qu’à nouveau, la Nouvelle-Calédonie brille par son originalité. Création d’un État au sein de la République française, d’une nationalité, instauration d’une Loi fondamentale… « C’est une tradition calédonienne que de déborder les cadres juridiques établis, écrit, mardi 15 juillet, Jean-Jacques Urvoas, ancien garde des Sceaux et professeur de droit public à l’université de Brest. Les juristes vont devoir, une fois encore, réviser leur grammaire. » Ces concepts tout neufs devront être acceptés, à deux niveaux.

En Nouvelle-Calédonie, tout d’abord. Au lendemain des signatures, l’humeur variait entre optimisme et scepticisme, voire agacement, au marché dominical de Nouméa. Si des habitants voient dans l’initiative un moyen de « stabiliser le pays », des loyalistes crient au délitement de la nation, tandis que des indépendantistes redoutent la perte de leur idéal premier. Inaat Ne Kanaky, « alliance des royaumes kanak », exprime son « profond désaccord quant à un processus mené sans notre consultation ni notre participation ». Les signataires prévoient des heures d’explications devant les militants. « Je ne doute pas que les formations politiques qui ont eu le courage de signer cet accord réussiront à convaincre », soulignait Manuel Valls, sur la radio France Culture. La nuance est de taille, le document signé à Bougival, près de Paris, n’est pas un accord définitif, mais un engagement des délégations politiques à présenter et défendre un texte commun. Qui sera soumis début 2026 à un référendum, sur le territoire.

Le deuxième niveau crucial se situe à 17 000 kilomètres de là, à Paris. Plus précisément, au Parlement, qui devra d’abord comprendre les subtilités du projet avant de se positionner, sans arrière-pensée politique. La fatigue encore pesante après une nuit blanche à dessiner un accord, Manuel Valls s’est envolé vers la Polynésie française où très certainement, le cas calédonien sera abordé. Avec peut-être, pour certains sur place, la tentation de s’en rapprocher.

Y.M.