[DOSSIER] À l’île des Pins, le tourisme tente de rebondir

S’il se dit satisfait de l’occupation en ce mois de mai, Vincent Fournier, gérant de l’hôtel Oure Lodge, avoue avoir « du mal à se projeter pour les six prochains mois », en raison de l’instabilité de la desserte maritime et aérienne.©DR

Le tourisme reprend doucement des couleurs à l’île des Pins. Plusieurs mesures stratégiques sont mises en place par les acteurs du secteur afin de dynamiser la destination. La problématique des transports reste néanmoins un frein. 

Après un mois de mars à l’arrêt faute de transport, les longs week-ends de mai viennent redonner un peu de souffle aux acteurs touristiques de l’île des Pins. Si le Méridien est toujours fermé depuis la période des émeutes, le nombre de visiteurs est en hausse.

À l’Oure Lodge, le taux d’occupation est actuellement de 36 %. Rien de comparable à sa fréquentation avant les émeutes, « mais on sent une petite reprise, souligne son gérant, Vincent Fournier. Par rapport à l’année dernière, à la même époque, il y a une amélioration. On sent que les touristes veulent revenir ».

STRATÉGIES DE RELANCE

Il faut dire que l’ensemble des acteurs – Sud Tourisme, Nouvelle-Calédonie Tourisme, la mairie et la Fitae, Fédé- ration île des Pins tourisme et acteurs économiques, le Betico et Air Calédonie – sont à pied d’œuvre pour redynamiser la desserte. Une réunion, organisée le 24 avril, a permis de mettre en place des mesures attractives. « On s’est dit que le mois de mai était propice à cela. Il y a une vraie osmose qui s’est faite entre tous », explique Lilian Morer, président de la Fitae.

Ainsi, durant tout le mois, une offre promotionnelle de – 40 % est proposée par le Betico pour les voyages vers l’île des Pins. Des influenceurs comme Laura NC, la famille Lodier et Miss Nouvelle-Calédonie, Juliette Collet, ont été invités par Sud Tourisme, afin de « dynamiser la destination » à travers des vidéos publiées sur les réseaux sociaux. Un reportage « Coup d’Brousse » a également été consacré à la fête du bulime et de l’igname, le week-end du 1er mai. « En quinze jours, on a réellement vu une grosse différence de communication au sujet de l’île des Pins, ça fait du bien », souligne Lilian Morer.

En parallèle, les établissements créent leurs propres offres. En plus de promotions faites sur le site Booking. com, le Oure Lodge propose plusieurs offres en vente directe, avec, par exemple, une nuit offerte pour deux nuits achetées ou une réduction de 50 % après une nuit achetée. « C’est ce qui fonctionne, les gens de la Grande Terre viennent parce qu’il y a ces promotions », observe Vincent Fournier.

LES TRANSPORTS, « POINT NOIR DU TOURISME »

Cette reprise « timide » reste néanmoins dépendante des dessertes maritimes et aériennes. Bien qu’opti- mistes pour l’avenir, les professionnels touristiques de l’île s’inquiètent de la situation de la compagnie Air Calédonie et de celle du Betico. « Le point noir du tourisme de l’île des Pins et plus globalement de la Nouvelle-Calédonie, ce sont les transports domestiques », estime Nicolas Zerathe, directeur du gîte Nataiwatch.

La structure a un taux d’occupation de 65 %, contre « 90 % à l’année, voire plus avant 2024 », explique-t-il. « Aujourd’hui, les gens sont très fébriles et ont peur de rester bloqués sur les îles à cause des aléas des transports. On souffre aussi énormément des arrêts techniques et des décalages de planning, car mécaniquement, les gens annulent et cela fait encore chuter nos réservations. »

Pour lui, « rien ne se fera » tant que la problématique des transports ne se résoudra pas. « On a beau se répéter « Ça redémarre » à chaque fois qu’on voit un chiffre positif, mais la réalité du terrain est là : il faut d’abord réparer les transports et le non-travail du gouvernement depuis ces quinze dernières années avant de vouloir envisager quoi que ce soit ».

Au niveau du tourisme international, la fermeture de la ligne Nouméa-Tokyo fait grincer des dents. Le club de plongée de l’île – le Kunie Scuba Center – était particulièrement connu des touristes japonais, friands de plongée. « Le Japon est l’un des pays qui compte le plus de licenciés, donc sur une année classique, nous étions à 30 voire 40 % de clients japonais, car nous avions une bonne réputation là-bas », décrit son gérant, Pierre-Emmanuel Faivre. Aujourd’hui, les réservations se font au compte- gouttes, avec uniquement six plongeurs par semaine et « quatre couples de Japonais depuis les émeutes, c’est désastreux ».

Nikita Hoffmann

« 130 personnes par Betico »

Selon Lilian Morer, président de la Fitae, approximativement « 130 personnes par Betico » arrivent à l’île des Pins actuellement. S’il estime que « c’est déjà bien », il a conscience que « ce n’est pas énorme par rapport à la capacité d’hébergement que l’on a sur l’île. On s’attendait à mieux, sachant que le Méridien est fermé. On pensait qu’il y aurait un report de la clientèle sur les autres établissements, mais ce n’est pas le cas. On est très loin des volumes d’antan ».