« Didier Super est beaucoup plus connu au Camp-Est que dans d’autres prisons de France »

Arrivé il y a quelques mois, Olivier – alias Didier Super – est actuellement en Nouvelle-Calédonie où il mène un projet professionnel. L’artiste qui « dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas », anime avec sa compagne des ateliers mêlant comédie et humour avec des détenus du Camp-Est, entre autres.

DNC : Ce n’est pas la première fois qu’on vous voit en Nouvelle-Calédonie. Pour quelle raison êtes-vous à Nouméa, cette fois-ci ?

Didier Super : On est venu en famille pour un projet professionnel. Avec Mathilde (sa compagne comédienne, NDLR), on anime des ateliers, notamment au Camp-Est avec des détenus. Le but est de se servir de l’essence du théâtre et de l’humour pour amener les gens à s’exprimer. À la fin, après cinq à douze séances, on fait un petit spectacle sur place.

Comment ont réagi les détenus en vous voyant ?

Beaucoup m’ont vite reconnu. À ma grande surprise, Didier Super est beaucoup plus connu au Camp-Est que dans d’autres prisons de France !

Cela vous a-t-il aidé à briser la glace ?

Oui, mais ça ne suffit pas. Ce qui facilite le contact, c’est de parler simplement, comme on le fait dans la vie de tous les jours en utilisant l’argot. Et puis très vite, on a vu apparaître des talents vraiment incroyables. À tous ceux qui disent qu’il n’y a pas de second degré dans ce pays, je peux dire que c’est faux !

Comment arrivez-vous à leur donner envie de faire un spectacle ?

Les deux premiers jours, on ne parle pas du tout de spectacle. On est extrêmement bienveillant, la confiance doit être totale. On a bien quelques réactions de surprise, mais on les fait sauter de l’avion. C’est-à-dire que sans qu’ils aient le temps de réfléchir, ils se retrouvent face au groupe à devoir dire des âneries.

Dans les ateliers, on dit tout ce qui nous passe par la tête.

Le troisième jour, lorsque les liens commencent à se tisser et qu’ils sont un peu fiers de voir ce qu’ils peuvent faire, on leur dit qu’on aimerait faire un spectacle en leur proposant qu’ils soient dedans.

À quoi ressemble le spectacle de fin ? Retrouve-t-on le style “Didier Super” ?

Le texte est écrit par mes soins, donc il y a beaucoup d’inspiration de Didier Super. On retrouve le côté « Il dit tout haut ce que tout le monde pense tous bas », et c’est aussi pour ça que les gens s’amusent et que la parole se libère.
Au Camp-Est, les gens de l’atelier, que j’appelle les barons, sont dans le public. Ils interviennent et ils massacrent le spectacle à la fin.

Y a-t-il des sujets que vous n’abordez pas ?

Ce serait bien la première fois ! Non, il me semble qu’on aborde tous les thèmes, de l’indépendance au sexe, en passant par la religion. Dans les ateliers, on dit tout ce qui nous passe par la tête. Je connais un peu le pays, mais quand j’ai vraiment commencé ces ateliers sans préjugés, c’est passé sans problème.

Comment imaginez-vous la suite ?

On imagine la possibilité d’une deuxième saison au Camp-Est avec un projet d’écriture des spectacles cette fois. C’est aussi ce qui pourrait se faire à Tahiti où l’on a animé le même type d’atelier en 2020 et 2021 et où l’on devrait repartir l’an prochain.

Propos recueillis par Virginie Grizon

Photo : Olivier (le vrai nom de Didier Super) et sa compagne Mathilde animent, chaque lundi, des ateliers au Camp-Est. L’humour est leur plus belle arme pour briser la glace / V.G.

 

« On en demande beaucoup aux artistes calédoniens »
En plus des ateliers avec les détenus, le couple anime des ateliers avec les artistes locaux.
Ces rencontres ont pour objectif d’apporter une bouffée d’air frais et d’explorer un nouveau terrain de jeu. « Ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est juste autre chose. C’est important, car les conditions des artistes calédoniens sont spéciales. On leur en demande beaucoup sachant qu’un spectacle ici tourne 50 fois maximum et ils doivent ensuite le jeter à la poubelle. Les artistes français estiment qu’un spectacle doit faire environ 100 dates pour être rodé. On peut même faire tourner un spectacle pendant 10 ou 20 ans, ça n’a rien à voir. Les artistes calédoniens finissent par s’épuiser à force de devoir sans cesse se renouveler. En plus, on les considère comme des artistes de seconde zone alors qu’ils sont très productifs », estime Didier Super.
Didier Super monte aussi sur scène
Didier Super, rejoint par son groupe de rock, se produira à la Bodega
le 21 septembre. Son équipe devrait revenir pour un spectacle en fin d’année, sous le Châpitô.

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