[DOSSIER] Deva : une histoire de près de 3 000 ans

Samedi 17 septembre, le Domaine de Deva accueillera le public. Parmi les activités proposées, des visites archéologiques permettant de comprendre l’histoire de ces lieux depuis l’ère Lapita. L’archéologue Christophe Sand sera votre guide.

Imaginez-vous du temps des Lapita sur le bord de mer de Deva. De tout petits groupes de semi-nomades, éparpillés dans différentes installations sommaires le long des grandes plages, au pied des collines. Ils pêchent, mangent, dorment. Avant de repartir sur un autre tronçon : ils savent préserver la ressource.

Sondages d’archéologie préventive préalablement à la construction de l’hôtel. / C. Sand, Département Archéologie de NC

Les pêcheurs agriculteurs ont régulièrement occupé ce littoral du premier millénaire avant J.-C. jusqu’au premier millénaire après J.-C. Mais à partir de l’an 1 000, l’occupation est bien moins marquée même si les hommes sont plus nombreux. Ils se sédentarisent à l’intérieur de Deva, près des collines et des terres fertiles où ils construisent de grands villages. Quelques clans de la mer laissent encore quelques traces sur le sable.

De ces différentes époques, il reste des coquillages, des poteries, mais aussi des sépultures (généralement à l’arrière) correspondant à différents modes funéraires : des corps tantôt allongés, tantôt recroquevillés.

Historique

Désormais haut lieu du tourisme et des activités de plein air, Deva est très appréciée. Mais tous les visiteurs savent-ils que le domaine figure parmi les sites archéologiques les plus anciens de Nouvelle-Calédonie ? « D’autres zones côtières de la Grande Terre présenteraient sûrement les mêmes vestiges, mais celui-ci a fait l’objet de fouilles à l’occasion du développement du domaine, et sur une décennie, de ce qui a été probablement la plus grande opération d’archéologie préventive à l’échelle de la Mélanésie », retrace Christophe Sand, ancien directeur scientifique du programme archéologique mené par le Département Archéologie de Nouvelle- Calédonie, puis l’IANCP (Institut d’archéologie de Nouvelle-Calédonie et du Pacifique) à Deva.

Christophe Sand est archéologue du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, en accueil scientifique à l’IRD. Après avoir ponsable du Département Archéologie de la Nouvelle-Calédonie durant 20 ans, il a dirigé pendant 10 ans l’Institut d’archéologie de la Nouvelle-Calédonie et du Pacifique (IANCP). / C.M.

Les recherches financées par la province Sud dans le cadre d’un accord entre le GDPL Mwe Ara, qui regroupe une partie des clans de la zone, et l’exploitant de l’hôtel Sheraton ont abouti à des découvertes sur de très grandes surfaces. Le développement a été autorisé, mais certaines zones ont été préservées ou classées.

Sensibilisation

Régulièrement, Christophe Sand anime des opérations de sensibilisation. « Il n’y a pas beaucoup d’endroits en Nouvelle-Calédonie où vous pouvez découvrir une histoire sur presque 3 000 ans. » Il sera à nouveau sur le terrain le 17 septembre pour deux sorties.

Visite de jeunes scolaires sur les fouilles préventives de Deva. / D. Baret,  IANCP

Une première sur le Sentier des origines avec une boucle en bord de rivière où se situe un ancien espace d’habitat kanak, une succession de dunes, avant de déboucher sur le front de mer. L’après-midi, il proposera une découverte du même circuit archéologique côtier, puis du marais Fournier, une zone marécageuse qui s’est refermée et abrite désormais de l’eau douce.

« Cela permet de comprendre comment les espaces se sont transformés, comment l’histoire humaine a évolué. Et plus largement cette relation forte entre nature et culture, qui d’ailleurs est au cœur de la vision océanienne de ce qu’est un espace. » Sous les yeux des visiteurs, les petits vestiges se montrent en surface. « Comme à Pompéi, tout est là » indique Christophe Sand. Toutes les sépultures ont été épargnées durant les constructions et, autour d’elles, un espace de 4 m2 a été systématiquement sacralisé.

Chloé Maingourd

Photo : Sondages d’archéologie préventive préalablement à la construction de l’hôtel Sheraton de Deva. / C. Sand, Département Archéologie de Nouvelle-Calédonie

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