Deux montagnes sur le chemin de la ministre

La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a choisi la Nouvelle-Calédonie comme premier territoire ultramarin à visiter depuis sa prise de fonction. Le signe clair d’une priorité du gouvernement de la République. (©Alain Jocard / AFP)

Attendue en Nouvelle-Calédonie du lundi 10 au vendredi 14 novembre, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, va tenter à la fois de relancer le dialogue avec le FLNKS et d’apporter des réponses aux élus sur les demandes urgentes de financement. Du moins, les politiques calédoniens le souhaitent.

Partie remise. Initialement prévue du lundi 3 au vendredi 7 novembre, la visite de Naïma Moutchou en Nouvelle-Calédonie, son tout premier déplacement hors de la Métropole en tant que ministre des Outre-mer, a été reportée « de quelques jours », selon la voix officielle. L’État a avancé une raison, celle « des échéances budgétaires majeures auxquelles fait face le pays ». Paris envisage désormais un séjour ministériel dans l’archipel du lundi 10 au vendredi 14 novembre.

L’intention de Naïma Moutchou, mentionnée mercredi 29 octobre à la tribune du Sénat, est claire et demeure. « La main tendue reste la même, construire ensemble à partir de ce qui nous rassemble », a observé la nouvelle locataire de la rue Oudinot. Autrement dit, le souhait est de relancer le dialogue avec le FLNKS nouveau format dans le but de réunir tous les acteurs politiques calédoniens, en vue de s’entendre sur un projet d’accord sur l’avenir institutionnel du territoire. Et à en croire des prises de parole, le temps presse.

Dans sa déclaration de politique générale, mardi 14 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait affirmé vouloir proposer de transcrire « avant la fin de l’année » l’accord de Bougival dans la Constitution. Cette position a visiblement été corrigée pour laisser davantage de place à la discussion. Néanmoins, le FLNKS nouveau format, remonté, a dénoncé « les manœuvres de l’État », a insisté Dominique Fochi, lors de la mobilisation devant le haut-commissariat vendredi 31 octobre, qui faisait elle-même suite à un regroupement à la Vallée-du-Tir, samedi 25 octobre. « Avec ce qu’il s’est passé à Bougival, un projet d’accord qui se transforme en accord définitif, l’État fait redes- cendre les gens sur le terrain. »

Le Front condamne le texte signé le 12 juillet, jugé « incompatible avec le droit à l’autodétermination », ainsi que le dégel du corps électoral provincial, et milite pour l’accord de Kanaky fixant une date d’accession à la pleine souveraineté « avant l’élection présidentielle en 2027 ». L’effacement de la référence à l’accord de Bougival dans l’intitulé de la loi invitant au report des élections au plus tard le 28 juin 2026, adoptée par le Parlement, n’émeut pas le FLNKS. « Nous sommes extrêmement vigilants sur la suite du processus ».

« UNE DÉRIVE FONDAMENTALISTE »

Les relations se tendent avec Paris, tout comme avec l’UNI, signataire de l’accord dans les Yvelines. Dans un courrier, Christian Tein, président du Front, avait demandé à l’UPM et au Palika de se positionner sur leur relation avec la coalition indépendantiste avant le 2 novembre, sous peine d’exclusion.

Les deux structures politiques étant en retrait du FLNKS depuis plus d’un an. Le Parti de libération kanak de Paul Néaoutyine doit trancher la question, ce week-end à Bourail, lors de son 50e congrès. Quoi qu’il en soit, « nous n’avons pas de compte à rendre au FLNKS nouveau et à son président. Ils n’ont pas le monopole de l’identité kanak et de la représentation indépendantiste », tempête Charles Washetine, du Palika, qui voit « une dérive fondamentaliste et populiste ». Ces tensions internes à la sensibilité pro-Kanaky complexifient davantage encore la reprise des discussions entre partenaires historiques.

Un autre sujet de taille attend Naïma Moutchou, celui des finances publiques aujourd’hui à terre. La veille de son départ du gouvernement pour raisons personnelles samedi 1 novembre, Thierry Santa, alors en charge des deniers de la Nouvelle-Calédonie, a dressé un constat alarmant à l’heure des réflexions sur la construction du budget primitif 2026 : « Les évaluations menées envisagent un déficit de près de 60 milliards de francs sur lequel il va falloir travailler ».

Avec la prise en compte des mesures d’économies, le chiffre est ramené à 50 milliards. Comment financer ? Il reste 24,6 milliards de francs sur l’emprunt de 120 milliards contracté en février 2025, mais ce reliquat, insuffisant, est, en plus, à l’origine prévu pour les exercices 2026 et 2027. Conclusion, « nous ne nous en sortirons pas sans une aide complémentaire de l’État », a admis Thierry Santa.

Après Calédonie ensemble, Sonia Backès, des Loyalistes, s’est indignée des conditions d’octroi de la seconde tranche d’emprunt garanti, avec notamment un taux d’intérêt autour de 4,5 % sur 25 ans. « Il y a encore des débats à avoir », a soutenu l’élue, présidente de la province Sud. Naïma Moutchou est prévenue.

Yann Mainguet