Des pompiers de Nouméa en soutien au CHT

Depuis une semaine, ils sont trois, chaque jour, à être mis à disposition de l’hôpital, aux urgences. Leur rôle ? Soulager les équipes sur place, débordées. À l’appel du CHT, les sapeurs-pompiers de Nouméa ont répondu présent.

« Je ne sais pas si j’ai été d’une grande aide, mais j’ai le sentiment de leur avoir montré qu’ils ne sont pas seuls.» François Aymar, adjudant-chef de la caserne de Normandie, a passé une journée aux urgences du Médipôle afin de renforcer les équipes sur place. Il fait partie de la cinquantaine de sapeurs-pompiers à s’être portés volontaires en réponse à l’appel du commandant Géraldine Bourgoin, cheffe de corps des pompiers de Nouméa, en réaction à celui lancé par le CHT. Depuis le 23 septembre, trois pompiers sont déployés chaque jour sur l’hôpital.

« On ne peut pas rester insensibles »

Aider, dans l’ADN des pompiers ? Sur le terrain pour le secours routier et la lutte contre les feux, les pompiers ressentaient un gros décalage entre leur quotidien et celui des soignants. « Ils sont débordés, alors on s’est dit : ‘Il faut qu’on y aille’. Notre devise, c’est ‘courage et dévouement’ et là, on est dans le dévouement auprès de ceux qui en ont besoin », appuie Géraldine Bourgoin.

Une proximité existe entre les deux corps de métier. Les sapeurs travaillent avec le Smur et les urgences et certaines femmes de pompiers sont infirmières au médipôle. « On ne peut pas rester insensibles à ce qu’il se passe, on les connaît, on est en ligne tous les jours avec eux à travers le centre de traitement des appels, qui connaît d’ailleurs une augmentation du nombre d’appels, comme au Samu. On a envie de les aider dans la crise sans précédent qu’ils traversent. »

Des besoins se font sentir aux urgences. « Les brancardiers sont dans le dur depuis le début du confinement », poursuit Géraldine Bourgoin. Cela tombe bien, les pompiers sont formés. Mais cette fois-ci, François Aymar est passé de l’autre côté. « D’habitude, je dépose les malades aux urgences. Là, j’ai fait l’étape d’après. » Il réceptionne les arrivées. L’adjudant-chef a été marqué par l’accueil de malades du Covid dans un flux ininterrompu. « Les ambulances déposent une personne que l’on prend en charge, on change leur bouteille d’oxygène et on les met sur un autre brancard, puis elles repartent et reviennent avec quelqu’un d’autre, cela s’enchaîne. » Dans un ballet incessant. François Aymar travaille en binôme avec un brancardier qui le guide et l’épaule sur le temps que dure la garde, de 8 heures à 21 heures.

Deux pompiers sont mobilisés la journée et un la nuit en renfort à l’hôpital depuis le 23 septembre. Cela devrait durer tant que ce sera nécessaire et que les effectifs le permettront. (© DR)

100 personnes en une nuit

Un engagement qui permet à l’adjudant-chef de transformer la colère qu’il ressent depuis le début de la crise. « J’éprouve un fort sentiment de gâchis face à cette situation. On aurait pu mieux se préparer à l’arrivée du virus qui était inéluctable. Alors quand on nous a proposé de participer, j’ai vu l’opportunité de changer cela en du positif. » Et puis, il y a les autres, ceux qui parlent de liberté. « On entend beaucoup parler quelques personnes. Moi, je suis plutôt sur le devoir d’agir et de soutenir ces gens-là. Je me suis senti utile et je serai disponible dès qu’ils auront besoin. »

Telo Gahetau vient de quitter le Médipôle après y avoir passé une nuit. Renforcer le CHT en difficulté, le jeune sapeur-pompier n’a pas hésité. Lui aussi a géré les arrivées aux urgences. Les malades du Covid et les autres. Ceux qui restent dans le couloir parce qu’il y a trop de monde. « Il y a eu environ 100 personnes en une nuit et plus de la moitié avaient le Covid. » Faire un test antigénique, établir un premier bilan et prendre les constantes. « On fait du secours à la personne, on est habitués au brancardage. C’est une tâche en moins pour eux, donc je pense que ça les a un peu soulagés. »

Pour Telo Gahetau, cette confrontation avec le terrain amène à une prise de conscience. « Ce qu’on a vécu, le personnel soignant le vit tous les jours. Aller là- bas permet de réaliser ce qu’est la situation. Ce sont de sacrées équipes qui sont exposées à des choses difficiles et qui tiennent le coup, respect à eux.»

 


Une activité en baisse de moitié

Le commandant Géraldine Bourgoin est cheffe de corps des sapeurs-pompiers de Nouméa depuis juin 2020. (© A.-C.P)

Depuis le début de la crise sanitaire, l’activité journalière des pompiers de la ville de Nouméa a baissé de 50 %. « Le couvre-feu a un impact, notamment en ce qui concerne les accidents de la route », indique le commandant Géraldine Bourgoin. Mais pas autant que lors des deux précédents confinements, où l’activité avait chuté de 75 %. Les sapeurs interviennent surtout pour des cas avérés ou de suspicion de Covid. « On en a déjà eu 53 », affirme la cheffe de corps mardi matin. Le problème, c’est que les cas sont plus graves que prévu. « On s’attendait à devoir prendre en charge des difficultés respiratoires alors qu’on gère plutôt des arrêts cardiaques, un à deux par jour, les gens attendent la dernière minute pour appeler. »

Les pompiers sont également appelés pour des feux de végétaux depuis deux semaines environ. « Pourtant, nous sommes en risque rouge, ce qui signifie que les feux sont interdits sur l’ensemble du territoire. »

Les sapeurs profitent également de cette période pour travailler sur les procédures liées au Covid et la vaccination, obligatoire au 31 octobre dans cette profession prioritaire, a commencé au mois de mars avec une première vague de 80 personnes sur environ 200 pompiers professionnels et volontaires. « Aujourd’hui, environ 80 % sont vaccinés. On appliquera la loi pour ceux qui ne le seront pas à la fin du mois prochain. » Le personnel assure par ailleurs la sécurité au vaccinodrome installé à la mairie.

 

Anne-Claire Pophillat

 

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