Le débat au Congrès sur le report des élections provinciales a fait émerger une équation pas si évidente à résoudre : tous les élus veulent discuter avec le FLNKS, mais la perspective d’un travail sur le projet d’accord de Bougival en vue d’atteindre un compromis génère des différences d’interprétation.
Il n’y a pas eu de surprise. Le Congrès a rendu lundi 15 septembre, par 39 voix pour et 13 contre, un avis favorable au report des élections provinciales au plus tard le 28 juin 2026. Le Rassemblement, Les Loyalistes, Calédonie ensemble, L’Éveil océanien, l’UNI, Yoann Lecourieux et Aniseta Tufele, ont soutenu l’initiative. Tandis que l’UC-FLNKS et Nationalistes ainsi que Marie- Line Sakilia se sont opposés à cette proposition de loi organique portée conjointement par six présidents de groupe politique du Sénat. Le texte, selon les auteurs, traduit la volonté « d’accompagner la mise en œuvre de l’accord politique signé le 12 juillet 2025 à Bougival », au regard du calendrier resserré des réformes, comme le projet de loi constitutionnelle et son examen par le Parlement.
Le vote du Congrès confirme ainsi clairement la rupture dans l’arène politique vis-à-vis de l’accord sur l’avenir institutionnel visé dans les Yvelines avec le ministre des Outre-mer d’alors, Manuel Valls. « Le droit permet des aménagements exceptionnels. Il n’impose pas d’aligner la démocratie du pays sur l’agenda de Bougival », a insisté lundi, Boulevard Vauban, Pierre-Chanel Tutugoro, de l’UC-FLNKS, qui a plaidé pour un maintien du scrutin provincial avant le 30 novembre 2025, comme le Front l’avait acté lors de son 45e congrès le 9 août, à La Conception. Et comme le président de la coalition, Christian Tein, l’a réclamé, le 15 septembre, devant la commission des lois du Sénat.
Initialement prévues en mai 2024, ces élections avaient été repoussées au 15 décembre 2024, puis donc en novembre 2025. Avant une possible troisième modification. Cette proposition de loi organique va poursuivre son chemin, pour un examen au Sénat à la fin du mois, et ensuite à l’Assemblée nationale.
« UN COMPLÉMENT »
Au-delà des dates, la division sur le projet de Bougival, ou à l’inverse, la nécessité de discussions communes, préoccupent les élus. Car il en va de la stabilité du territoire. Mais des nuances existent entre les discours des groupes politiques sur le degré d’intervention possible sur l’accord pour atteindre un consensus, avec le FLNKS.
Pour Philippe Gomès, de Calédonie ensemble, « il appartient aux autres formations politiques, signataires de Bougival, de s’ouvrir aux évolutions nécessaires ». Ainsi, « un complément à l’accord pourrait être négocié en tentant de répondre à certaines attentes des indépendantistes, ce qui leur permettrait de s’inscrire dans un compromis global ». L’idée ne serait « pas de déconstruire Bougival », mais plutôt « de le compléter et de l’enrichir sur des points, qui aujourd’hui, bloquent l’adhésion du FLNKS, et particulièrement de l’UC ».
La réflexion de l’UNI n’est pas éloignée, « il y a encore la possibilité d’améliorer le texte, dans le cadre du travail sur la loi organique spéciale », qui doit mettre en musique « Bougival », avance Jean-Pierre Djaïwé. Un exercice « entre nous, Calédoniens ». La mesure de Sonia Backès, des Loyalistes, est un peu différente, puisque « nous sommes ouverts à travailler sur des éclairages qui permettraient à tout le monde de s’y retrouver ». Virginie Ruffenach, du Rassemblement-LR, est favorable, de son côté, à la discussion, mais « le FLNKS doit revenir à la raison ».
24 SEPTEMBRE
Le Front, principal intéressé, puisqu’opposé au projet présenté en région parisienne le 12 juillet, « reste ouvert à un accord, mais pas à n’importe quel prix », soutient Pierre-Chanel Tutugoro, de l’UC. La coalition avait listé ses profonds regrets à la lecture de l’accord de Bougival, de la disparition de l’identité kanak au blocage du droit à l’autodétermination.
Le dialogue se poursuit toutefois entre les partenaires. Et ce, alors qu’une date à la fois symbolique et politique approche, le 24 septembre, jour anniversaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France. Le président de l’Union calédonienne de l’époque, Daniel Goa, avait proposé, samedi 8 juin 2024 à Canala, cette échéance pour la déclaration de la pleine souveraineté. Mais cette intention ne serait pas inscrite dans les décisions du parti.
En revanche, la signature de l’accord de Kanaky dans les motions du FLNKS, oui. Sauf que le contexte politique local et national a compromis ce souhait. Selon des échos, le mouvement UC préparerait un événement pour ce 24 septembre 2025. Qui ne serait pas une déclaration d’indépendance, ni une grande mobilisation. Des pourparlers internes étaient en cours à l’heure du bouclage de ce numéro de DNC. Inaat Ne Kanaky, le conseil des grands chefs, a, lui, prévu à Maré une « affirmation de la souveraineté des royaumes kanak ».
Yann Mainguet
28,8 milliards
Comme annoncé par le ministre Manuel Valls, dimanche 7 septembre, dans l’émission Le Grand jury RTL – Public Sénat, la seconde tranche du prêt garanti par l’État chiffrée à 28,8 milliards de francs sera versée, selon certaines modalités : 26,28 milliards au gouvernement calédonien d’ici la fin de l’année – un versement « conditionné à la non-adoption d’ici cette échéance de toute dépense supplémentaire dégradant sa situation financière » – et 2,52 milliards fléchés vers les communes avec pour objet exclusif de financer des dispositifs sociaux et de solidarité au bénéfice des populations.
Selon l’État, « le plan de réformes budgétaires, sociales et fiscales, adopté par le Congrès le 30 juillet, bien qu’encore insuffisant, est une première contribution au redressement des finances du territoire ».

