Des lectures différentes du scrutin

Les responsables politiques non-indépendantistes ont jugé satisfaisants les résultats de la troisième consultation qui vient confirmer une nouvelle fois l’opposition à l’indépendance. Les indépendantistes, restés comme prévu relativement discrets, pointent à l’inverse l’abstention massive et le juge non recevable. La société civile, elle, s’interroge pour la suite.

♦ Sonia Backès, présidente de la province Sud

« Un jour fondateur »

(© A.-C.P.)

« Nous sommes Français et nous le resterons, cela n’est plus négociable et c’est ça le sens de l’histoire. Notre appartenance à la grande na- tion française, nous avons dû la remporter de haute lutte, rien ne nous a été épargné, jamais nous n’avons été avantagés, bien au contraire. (…) Ce 12 décembre 2021 est un jour fonda- teur, celui où nous posons la première pierre de la Nouvelle-Calédonie de demain. Cette nouvelle ère présente une occasion unique de réinventer notre modèle de société et nous le réaliserons avec l’ensemble des Calédoniens. J’appelle mes amis indépendantistes à participer à la construction de ce projet. J’appelle l’État à ne pas retomber dans l’oubli. L’État nous a trop longtemps abandonnés à notre sort. Il est revenu et c’est grâce à cela qu’on a pu rester français. Nous sommes très ouverts à travailler sur tous les sujets avec les indépendantistes, mais dans la République. »

 

Virginie Ruffenach, cheffe du groupe AEC au Congrès (Rassemblement LR)

« Il faut un temps calédonien »

(© Archives DNC/C.M.)

« Les Calédoniens l’ont dit par trois fois, ils souhaitent que leur destin s’inscrive au sein de la République française. Notre mouve- ment ne voulait pas de ces consultations parce qu’on considérait que ça ne construisait pas l’avenir des Calédoniens et que ça ne faisait que les opposer. Et je pense que dans l’abstention, il y a aussi une part de lassitude sur ces oppositions frontales. Les jeunes, les anciens, tous nous ont dit durant la campagne qu’ils souhaitaient passer à autre chose. Maintenant, je pense qu’il y a un temps calédonien à avoir. Dans quatre mois, il y a les élections présidentielles et l’État peut difficilement être à la fois acteur et candidat. Ce temps est nécessaire pour qu’on puisse se parler entre responsables et pour que l’on consulte la population qui a beaucoup de choses à dire. C’est le moment ou jamais de mettre en œuvre une forme de grand palabre pour qu’à leur tour, ils puissent participer à la construction de cet avenir. »

 

Thierry Santa, président du Rassemblement

« Il est temps de se montrer raisonnable et responsable »

(© Archives DNC/C.M.)

« Le président de la République l’a acté : la Nouvelle-Calédonie restera française. Les résultats ne doivent cependant pas être interprétés comme la victoire d’un camp sur un autre. Il faut se garder de tout triomphalisme excessif, car tout reste à construire. La séquence qui s’ouvre devra rassembler sous les auspices de la République française, tous ceux qui veulent construire ce nouvel avenir en commun. (…) 33 ans, c’est un âge symbolique fort dans une vie. C’est l’âge de la réalisation, celui des vérités : où il est temps de se montrer raisonnable et responsable. C’est celui, peut-être, où les Calédoniens seront capables de se parler entre eux, directement, les yeux dans les yeux et le cœur avec le cœur, pour tracer en commun les lignes d’un projet d’avenir, avant d’en discuter avec les représentants de la République française qui seront issus des urnes en avril 2022. C’est le vœu que nous formulons aujourd’hui. »

 

♦ Philippe Gomès, député Calédonie ensemble (Facebook)

« Sortir des sentiers battus »

(© Archives DNC/G.R.)

« Pour la troisième fois, le Non vient de l’emporter, d’autant plus aisément qu’un partenaire a refusé le match. L’accord de Nouméa étant constitutionnellement caduc au terme du mandat actuel des assemblées de province, soit en 2024, la porte d’un autre avenir pour notre pays s’offre désormais. L’accès à la souveraineté pleine et entière est refusé par une majorité de Calédoniens. Mais l’ONU prévoit explicitement que d’autres solutions sont envisageables pour parachever la décolonisation notamment « l’approbation par les populations concernées d’un statut politique librement décidé » (…) Nous avons accompli ensemble un chemin considérable avec ses hauts et ses bas. Mais la Nouvelle- Calédonie de 2022 n’est plus celle des années 1980. Le monde de 2022 non plus. Le concept de « ‘souveraineté » aussi. (…) Il appartient aux indépendantistes de sortir des sentiers battus de la revendication originelle pour permettre aux nouvelles générations de se projeter vers un avenir qui ne se réduise pas à un référendum de plus. Et aux non indépendantistes de les accompagner sur ce chemin. »

 

Nina Julié, vice-présidente de Générations NC

« Une nouvelle page »

(© Archives DNC/C.M.)

« C’est un soulagement, un cycle se termine et on ouvre une nouvelle page. Les résultats sont sans surprise, l’appel du camp du Non a été entendu puisqu’on fait le plein de voix. Sur le plan juridique, ce référendum est incontestable. C’est également le cas sur le plan politique parce que c’est le troisième avec la même question et les mêmes résultats. Donc, il n’y a pas de raison de le remettre en cause. Je salue le discours du président de la République, qui a acté que la Nouvelle-Calédonie resterait française. C’est dans ce cadre-là qu’on va entamer ces discussions. Maintenant, le dialogue est ouvert pour faire progresser le territoire sur peut-être des compétences qui n’auraient pas encore été transférées, trouver une façon de rétablir nos finances publiques, de réduire la pauvreté, etc. C’est un bon début avant d’entamer les discussions institutionnelles. Ce qui nous importe à Générations, c’est de garder l’unité du pays. Le clivage n’a pas été éteint ni atténué, et aujourd’hui, il est hors de question de proposer un statut qui diviserait encore les Calédoniens comme la partition. »

 

L’Éveil Océanien (communiqué)

« Un projet de société qui unit »

(© Archives DNC/C.M.)

« Le grand vainqueur de ce scrutin est sans surprise l’abstention avec 56 %. (…) La médaille d’argent est pour le Non, même avec 96 %. Ce score pourrait retentir comme une victoire ferme et définitive du Non. Néanmoins, cette lecture unilatérale et simplifiée des résultats serait une erreur capitale. (…) Le calendrier semble clair, il ne se passera pas grand-chose avant le second semestre 2022. (…) La voie proposée par l’Éveil Océanien (NDLR : « Non pas maintenant ») est un ultime statut transitoire au sein de la République française avec à l’issue, non pas un référendum binaire qui divise mais un référendum de projet de société qui unit : la création d’un État calédonien avec ses souverainetés maîtrisées et partagées avec la France. »

 

♦ Georges Naturel, président de l’association française des Maires de Nouvelle-Calédonie

« Les maires présents dans les discussions »

(© Archives DNC/C.M.)

« C’est la première fois qu’on organisait un scrutin avec un protocole sanitaire, des règles contraignantes. Au niveau de la sécurité, ou sur le plan administratif, tout s’est bien passé. Et malgré une petite perte, les voix du Non se sont bien exprimées. Aujourd’hui, c’est une page qui se tourne. Et l’important c’est la suite. Les maires souhaitent être présents sur les discussions à venir contrairement à ce qui a été fait pour les accords de Matignon et l’accord de Nouméa. On est disponibles et disposés à faire remonter les attentes de nos concitoyens dans les communes sur des sujets importants comme la cohésion sociale, la jeunesse, le sport etc. La répartition des compétences entre les différentes collectivités fera partie des sujets sur lesquels on aura notre mot à dire, comme les maires des communes indépendantistes. Car en dehors de l’aspect idéologique, sur la gestion au quotidien, on a la même vision. »

 

Roch Wamytan, président du Congrès (France Télévisions)

« Un référendum bidon »

(© Archives DNC/C.M.)

« Nous considérons que ce référendum est un référendum bidon. C’est une mascarade. C’est le référendum de monsieur Macron et de monsieur Lecornu et de leurs alliés en Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas un référendum qui concerne le peuple kanak. Je rappelle que le peuple kanak est un peuple colonisé depuis 168 ans et il n’a pas participé à ce référendum. Donc, en ce qui nous concerne, on ne reconnaît pas ses résultats. Si, juridiquement, il est légitime, au niveau politique, il est complètement illégitime, nul et non avenu. »

 

♦ Charles Washetine, Palika (Communiqué)

« Nous n’accepterons pas de discuter d’un énième accord sur un statut au sein de la République française »

(© Théo Rouby/AFP)

« Le président de la République déclare que la Nouvelle-Calédonie restera française définitivement, ce qui veut dire qu’il va imposer sur la base d’un résultat largement minoritaire un statut définitif au sein de la République. Il ferme ainsi la porte à l’aspiration de plus en plus forte et grandissante des Kanak et de ceux qui souhaitent construire un pays souverain et multiculturel, dans le cadre d’une relation nouvelle avec la France. Or, il n’y a plus de progrès supplémentaires que puissent offrir le maintien au sein de la Constitution française en dehors de l’assimilation ou l’intégration qui ont été à la base du système colonial français. Nous n’accepterons pas de discuter d’un énième accord sur un statut au sein de la République française qui est synonyme d’avilissement pour nous. (…) Nous allons nous organiser pour faire valoir le droit du peuple colonisé et du peuple de Nouvelle-Calédonie à un acte d’autodétermination authentique et sincère (…) Le mouvement pour l’indépendance engage dès maintenant une stratégie de contestation au niveau régional, international et dans la campagne présidentielle, d’explication et d’adhésion au projet pour l’indépendance, d’organisation pour porter le projet ‘quoi qu’il en coûtera’. »

 

♦ Le Comité stratégique de non-participation
(UC, Palika, Parti travailliste, USTKE, RDO, DUS et UPM) (communiqué)

« Un scrutin confisqué »

(© Archives DNC/C.M.)

« Le Non a reculé dans tous les bureaux de vote et justifier cela sur de quelconques pressions est une légende urbaine qui ne tient plus la route aujourd’hui en raison de la présence militaire française surdimensionnée (…) Les images d’urnes vides dans les bureaux de vote de certaines tribus font déjà le tour du monde (…) Plus de la moitié de l’électorat n’a pas voté. L’électorat anti-indépendantiste a perdu 7 397 voix par rapport à 2020. Les indépendantistes ne reconnaissent pas la légitimité et la validité de ce scrutin qui leur a été confisqué (…) Les 18 mois annoncés ne sauraient commencer avec un gouvernement en fin de mandat (…) Nous attendons le renouvellement du gouvernement Français pour engager de véritables discussions sur l’accession du pays à sa pleine souveraineté. Nul besoin de commenter les résultats avec le ministre qui a désavoué nos réalités culturelles et n’a jamais entendu notre argumentaire pour maintenir nos liens de discussions et de paix (…) Le discours d’Emmanuel Macron (…) ne fait pas honneur à la France. »

 

♦ Yvon Kona, président du Sénat coutumier (communiqué)

« Le pari de l’intelligence paie pour une majorité d’entre nous »

(© Archives DNC/C.M.)

« La large abstention du peuple premier montre l’importance qu’il accorde à la perpétuation de ses coutumes millénaires et en même temps sa capacité à faire face au défi de sortir du choc colonial des civilisations pour construire un avenir en commun avec toutes les victimes de la colonisation (…) Le Sénat coutumier salue la discipline, la sagesse et la dignité du peuple kanak qui a contribué au bon déroulement de la consultation malgré les émotions liées à la perte douloureuse de proches, à l’impossibilité de respecter les traditions de deuil du fait de l’épidémie et à une campagne électorale dénigrante envers le peuple kanak. Il remercie particulièrement les 20 % de non-kanak pour la solidarité (…) Leur non-participation nous permet de croire que le pari de l’intelligence paie pour une majorité d’entre nous (56 % d’abstention). Ayant pris note du non-respect du deuil kanak par la puissance administrante, le Sénat ne recevra pas son représentant. »

 

♦ Jean-Pierre Flotat, président du Comité des Sages

« Un goût d’inachevé »

(© Archives DNC/C.M.)

« Le scrutin s’est déroulé dans le calme et en toute sécurité. C’est une bonne chose parce qu’on avait quand même quelques craintes sur ce sujet avec des tensions qui transparaissaient. Mais, je trouve que cela conclu mal l’Accord de Nouméa, il y a comme un goût d’inachevé. Ce n’est pas le rendez-vous qu’on attendait parce que, malheureusement, une partie n’a pas voulu participer. L’important, maintenant, c’est la période qui s’ouvre, que toutes les parties prenantes, y compris la société civile, prennent part au dialogue, et d’instaurer des conditions de sérénité et d’apaisement pour démarrer. Aujourd’hui, nous devons faire confiance à la raison des hommes et des femmes qui nous dirigent. Seuls le respect et le débat peuvent permettre d’avancer. Il faudra faire preuve de patience et le parcours risque d’être semé d’embûches. Il va falloir se parler en toute transparence et se dire les choses. L’existence du Comité devait prendre fin lundi, puisqu’il a été créé pour la campagne référendaire, mais l’État a souhaité qu’il poursuive son rôle en tant qu’acteur de la société civile et qu’il prenne part à des groupes de réflexion sur des sujets de société. »

 

Miguel Harbulot, président de la Fondation des pionniers

« Bâtir une société pour demain, ensemble »

(© Archives DNC/A.-C.P.)

« Il faut tourner la page. À partir d’aujourd’hui, il n’y a plus de kanaks, plus de zoreilles, plus de vietnamiens, etc., il n’y a que des Calédoniens. Il faut bâtir une société pour demain, ensemble. Il faut créer des partis politiques au-delà de ce qui existe aujourd’hui pour construire le pays et une société pour les jeunes. Et il faut passer la main. Pour nous, c’est terminé. Et ainsi repartir sur des bases saines, c’est tout ce qu’il faut espérer. Il faut arrêter de parler et passer à l’action. Là, il va encore être question d’institutions avant un projet de société, il faut faire l’inverse, créer un projet de société et voir quelles institutions sont nécessaires pour le mettre en place. Et puis, beaucoup de pionniers ne veulent plus des provinces. Ce n’est pas une critique, elles ont été créées pour une raison à l’époque, c’est bien, mais il faut maintenant passer à autre chose et changer le fonctionnement. Enfin, je pense qu’il faudrait mettre le patrimoine matériel et immatériel, témoin de notre histoire commune, comme socle et ciment de l’identité calédonienne. »

 

♦ Jean-Pierre Dinh, consul honoraire du Vietnam

« J’espère que les politiciens se mettront autour de la table »

(© Archives DNC/A.-C.P.)

« Je suis très satisfait du résultat et de la façon dont ça s’est passé dimanche. Tout était très calme et il n’y a eu aucun débordement. Je suis content que les loyalistes ne soient pas sortis sur la route pour fêter le résultat et pareil du côté indépendantiste, c’était vraiment super et très différent du deuxième référendum au niveau de l’ambiance. Maintenant, j’espère que nos politiciens se mettront autour de la table et que chacun mettra de l’eau dans son vin pour construire une Nouvelle-Calédonie pour nos enfants et nos petits-enfants en s’acceptant les uns et les autres et que chacun fasse preuve d’humilité. Je pense qu’on peut s’en sortir, et puis l’État est là pour débloquer la situation et réunir les personnes qui nous dirigent ensemble. On est un peu fatigué du Oui ou du Non, on en a marre de cette menace. Et j’espère que l’économie va redémarrer parce qu’on en a vraiment besoin. »

 

♦ Mimsy Daly, présidente de NC Éco et du Medef-NC

« Se lancer dans cette nouvelle phase du projet commun »

(© Archives DNC/A.-C.P.)

« Nous accueillons avec satisfaction la fin de cet épisode référendaire. La Nouvelle-Calédonie a besoin de se lancer dans cette nouvelle phase qui est celle du projet. Un projet collectif à définir avec l’ensemble de la société civile et du corps politique de façon à retravailler les fondamentaux économiques et sociaux sur lesquels baser la relance de notre économie et de notre territoire. Donc oui, beaucoup de satisfaction face à la situation apaisée que nous avons vécue ce week-end et nous espérons rapidement, dès que le temps sera venu, nous mettre autour de la table pour travailler à ce projet commun. »

 

Chloé Maingourd et Anne-Claire Pophillat

 

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