Face à la gravité de la situation financière des municipalités, l’Association française des maires de Nouvelle-Calédonie espère un signal de l’État au niveau du budget national 2026 ainsi que des prévisions de recettes de la part du gouvernement local. Rencontre avec son président, Pascal Vittori, maire de Boulouparis.
DNC : Les maires parviennent-ils à préparer un budget primitif 2026 ?
Pascal Vittori : Je dois préciser tout d’abord qu’en 2024, nous avons enregistré une baisse de nos dotations de fonctionnement de la part du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de 10 %. En 2025, cette diminution a été de 13 %. Et les délais de paiement se sont allongés. Ce qui signifie que les communes ont dû puiser dans leur trésorerie et leur réserve qui est donc aujourd’hui inexistante.
En fin d’année, nous allons heureusement bénéficier des aides de l’État sous forme de crédit : 860 millions de francs attribués directement aux communes, et un peu plus de 1,6 milliard partagé entre provinces, gouvernement et communes. Ces sommes vont nous permettre de terminer l’année. Mais la difficulté, c’est que nous arrivons au bout des aides de l’État. Des mairies votent leur budget en décembre. D’autres, au 31 mars. Cependant, en raison des élections municipales en mars 2026, celles-ci vont certainement le voter en février. Nous sommes donc déjà en train de commencer les arbitrages pour 2026.
Avec très peu de visibilité ?
Avec aucune visibilité. Sinon le fait que le gouvernement fait passer des messages : les rentrées fiscales ne sont pas à la hauteur des prévisions en 2025 [la perte annuelle serait de 10,5 milliards de francs, NDLR], et ce serait le même schéma en 2026, nous dit-on. À La Foa, lors du séminaire des maires fin septembre, j’ai indiqué au haut-commissaire que nous ne pouvions pas compter sur le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie [vu le niveau de ses finances] et que les communes vont donc avoir besoin de l’aide de l’État pour 2026. Nous devons avoir des perspectives pour l’année prochaine, puisque nous préparons les budgets et les arbitrages.
Quelles sont les conséquences de ces écueils ?
Les communes, quand elles sont devant de telles difficultés, comme en 2024 et 2025, prévoient des budgets qui ne permettent pas de financer la totalité des services publics jusqu’à la fin de l’année. Parce qu’elles sont obligées d’équilibrer leur budget. Quand elles ont moins de recettes, elles sont contraintes de prévoir moins de dépenses. Soit elles réduisent les services, soit
ces services ne couvrent pas l’année. Ce cas de figure pose de grandes difficultés : des communes ont dû supprimer le transport scolaire, d’autres l’entretien des espaces verts, des troisièmes n’ont plus les moyens de payer des sociétés pour réparer les routes et réduisent leurs investissements, ce qui a un
impact direct sur les entreprises et les emplois. En raison de la crise, les parents ne pouvant pas payer et certains maires ne pouvant pas prendre le relais, des enfants ne vont pas à la cantine, ce qui augmente l’absentéisme à l’école. Les difficultés sont nombreuses.
L’ex-ministre des Outre-mer, Manuel Valls, qui avait fléché 2,5 milliards de francs vers les cantines et le transport scolaire…
Oui, ce sont les 860 millions vers les communes et un peu plus de 1,6 milliard partagé entre les collectivités. Ces sommes seront utilisées en 2025 et répondront aux urgences, mais elles ne permettent pas de se projeter en 2026. Nous commençons à être inquiets. L’éventuelle chute du gouvernement Lecornu nous retarderait énormément. Nous souhaitons que le budget national soit voté avec des aides pour la Nouvelle- Calédonie pour 2026. Qui sera, en plus, une année électorale, avec habituellement des perturbations dans l’exécution des budgets.
La mise sous tutelle de communes est-elle crainte ?
Oui, des communes sont tellement en difficulté, qu’elles sont à la limite de la mise sous tutelle. Ce n’est pas la volonté de l’État d’en arriver à une telle extrémité, ni des maires qui se battent. Mais nous sommes à la limite de la mise sous tutelle, parce qu’à un moment, les maires n’ont plus les moyens d’équilibrer leur budget et de fonctionner correctement.
Le message a donc été adressé à l’État. Quelle a été sa réponse ?
J’ai évoqué le sujet à La Foa auprès du haut-commissaire. J’ai également adressé le message à Claire Durrieu [directrice de la mission interministérielle]. Ils m’ont indiqué que ces demandes étaient étudiées dans le cadre du budget 2026 de l’État. Sur 2025, ce sont 2,5 milliards de francs. On peut estimer que, pour l’année prochaine, il faille le même montant.
Qui dit aides de l’État, dit prêts AFD ?
Oui, aujourd’hui. Mais il n’a pas été exclu, notamment dans le cadre des discussions à Bougival, une transformation de ces prêts. Je ne dirais pas en subventions, parce que la forme n’a pas été clairement définie, mais en aides directes.
Ce qui impose une contrepartie ?
Nous connaissons la contrepartie de l’État : que la Nouvelle-Calédonie fasse des efforts pour limiter ses déficits et engage des réformes pour arriver à des finances publiques équilibrées.
Propos recueillis par Yann Mainguet
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L’Association française des maires de Nouvelle-Calédonie (AFM-NC) intègre dix communes sur 33, qui représentent toutefois une majorité des habitants de Nouvelle-Calédonie, avec Dumbéa, Païta, Mont-Dore, Nouméa, ainsi que Boulouparis, La Foa, Moindou, Farino, Kouaoua et l’île des Pins.

