Des bananes que l’on ne trouve qu’ici

Une étude publiée dans la revue Plos One, menée par l’Institut agronomique calédonien (IAC), démontre que certaines espèces de bananes que l’on croyait définitivement disparues sont toujours présentes en Calédonie. Cette conservation trouve son origine dans la tradition socioculturelle. 

La famille des bananiers comprend un millier de variétés à dessert ou à cuire, mais le commerce mondial est dominé par la culture quasi-exclusive d’une seule variété, la banane Cavendish. Ce commerce représente 14 millions de tonnes et près de 5 milliards de dollars. 500 variétés de bananiers originaires des îles du Pacifique (Nouvelle-Calédonie, îles Cook, Polynésie française, Micronésie, îles Salomon, Samoa, Fidji, Hawaïi, Vanuatu) existent. Des variétés peu ou plus commercialisées aujourd’hui, mais qui pourraient générer une source de revenus considérables surtout que la banane Cavendish se trouve fragilisée par des fléaux de plus en plus difficiles à contenir comme le virus du Bunchy Top (voir encadré), mais aussi les impacts liés à l’homme (érosion des sols, urbanisation) et le changement climatique. Afin de mettre en place une stratégie efficace de conservation et de sécurisation des fruits, l’IAC, en collaboration avec le Cirad (la recherche agronomique pour le développement), le Service de développement durable de Polynésie, la CPS, Biodiversity International et l’Institute of Experimental Botany, s’est penché sur la question en réalisant une comparaison génétique d’une centaine de variétés de bananiers d’Océanie. Une étude qui a révélé d’intéressantes conclusions.

Une histoire au cœur de l’ADN

Au fil des résultats, les chercheurs ont tout d’abord démontré que les bananiers d’Océanie trouvent tous leurs origines en Nouvelle- Guinée et surtout que l’agriculture a modelé, au gré des migrations humaines et des sélections variétales successives, le visage actuel de la banane plantain (banane à cuire). « Comme nous avions affaire à une grande diversité morphologique, nous avons dû connaître tous les profils génétiques et donc distinguer trois groupes majeurs avec la Maoli, qui est la banane chef, la Popoulou ou banane poingo et l’Iholena » détaille Valérie Kagy, chercheuse en physiologie des plantes tropicales à l’IAC. Selon l’étude, ce sont les Austronésiens qui ont peuplé successivement il y a 6 000 ans les îles du Pacifique Sud depuis l’Asie du Sud- Est et ont progressivement domestiqué des variétés stériles pour les manger. Les fruits qui avaient été sélectionnés l’avaient été pour leurs qualités esthétiques, gustatives ou agronomiques dans une vaste palette de variétés. L’étude fait ressortir que les variétés de bananes que l’on trouve actuellement dans le Pacifique Sud, comme en Nouvelle Calédonie, ont été diffusées par reproduction clonale et ont muté génétiquement au fil du temps.

L’exclusivité calédonienne

Autre constat, la banane du Pacifique Sud a également révélé qu’il y avait une rareté calédonienne. Si dans la plupart des îles l’homme a sélectionné au fil du temps les variétés les plus productives pour sa consommation entraînant ainsi une perte de diversité génétique, une espèce subsiste encore en Nouvelle-Calédonie : la Maoli (banane chef). « Ces bananes constituent un groupe foisonnant en Calédonie, génétiquement à part, alors que partout ailleurs en Océanie, l’agriculture a entraîné son érosion génétique, précise la chercheuse. Le plus étonnant c’est que cette richesse patrimoniale est liée au maintien local de fortes traditions socioculturelles autour de la banane. » En effet, au sein de la population kanak, certains bananiers ont un rôle socioculturel fort : ils symbolisent l’identité d’un clan, incarnent des fonctions protectrices et sont transmis lors d’offrandes prestigieuses de génération en génération. Ce qui a valu la sauvegarde de types de bananes que l’on n’a nulle part ailleurs au monde. L’étude de l’IAC va plus loin en confirmant que dans les régions où la banane ne présentait pas de sens culturel, il y a eu une érosion génétique de l’espèce.

Sauvegarde et culture vont de pair

Partant ainsi du principe que la diversité génétique et culturelle vont de pair, l’IAC considère désormais que dans la stratégie de sécurisation et de conservation durable et efficace de l’agrobiodiversité, il faut prendre en compte la dimension culturelle de la banane, collecter le matériel biologique original dans les lieux où la banane occupe encore d’importantes fonctions socioculturelles. Pour Xavier Perrier du Cirad et également auteur de l’étude : « Ces variétés anciennes présentent des caractéristiques nutritionnelles très intéressantes, des morphologies ainsi que des goûts inédits, des qualités de résistance à certaines maladies ou d’adaptation à l’environnement qui peuvent constituer pour aujourd’hui et pour demain, des atouts dans les enjeux de sécurité alimentaire, de changement climatique et d’agriculture durable. »

C.Schoenholtzer

————————————

Le chiffre : 

7 000

C’est le nombre de tonnes de bananes qui sont produites en Nouvelle-Calédonie par an. 6 000 sont produites
par les tribus et servent à l’autoconsommation. 1 000 tonnes sont destinées à la commercialisation.

————————————

Le Bunchy top

Le Bunchy top est une maladie très grave du bananier. Détectée pour la première fois en 1999 en Nouvelle Calédonie, elle est due à un virus, qui en se multipliant dans la sève du bananier, entraîne des troubles de croissance. Quand il est touché, le bananier ne fait plus de régime ou un régime atrophié. Il est également très contagieux, car le virus est véhiculé par le puceron du bananier, un insecte très prolifique. Le seul moyen de lutte est la destruction des plants malades. Les efforts constants d’Arbofruits, des gouvernements successifs de la Nouvelle-Calédonie et des partenaires institutionnels du monde agricole ont permis de limiter l’impact. La maladie n’a progressé que lentement sur le territoire, mais elle n’est pas éradiquée.

Imprimer

Back to Top

Web Design BangladeshBangladesh Online Market