Démarrage difficile pour Tanéo

Grogne des usagers, dégradations et incivilités, suspension des rotations le soir… La première semaine de mise en service payante du nouveau réseau de bus a été émaillée de difficultés.

Pour parler sans fioritures, depuis sa mise en service, le nouveau réseau de bus Tanéo se fait démolir. C’est le premier sujet d’intérêt des divers « coups de gueule » sur les réseaux sociaux et à la radio. La colère est aussi de mise aux arrêts des cars et aux abords des points de vente. Les usagers, particulièrement remontés, s’insurgent contre les prix jugés trop élevés, la nouvelle organisation de distribution des titres de transport, les nouveaux itinéraires et pointent du doigt un certain nombre de dysfonctionnements. Leurs difficultés sont nombreuses. À la hauteur peut-être des changements qui ont été opérés.

Griefs

Une pétition contre Tanéo circule en ligne. Elle a été signée par près de 2 000 personnes. Mercredi, une petite manifestation a été organisée devant la province Sud et un cahier de revendications remis au directeur de cabinet de la présidente de la province, au président du SMTU qui ont reçu une délégation.

Les usagers évoquent globalement une inadéquation entre le réseau et les besoins de ses usagers. En ligne de mire d’abord, les prix et en particulier celui, jugé « aberrant », du ticket de secours à 400 francs (lire plus loin). « En plus de la vie chère en Nouvelle-Calédonie, peut-on lire sur la pétition, la population est dans l’incapacité financière de pouvoir se déplacer convenablement. Prendre le bus, ça devient un luxe ». Irène Mapéri, porte-parole des usagers des transports en commun Tanéo et Néobus de l’agglomération, est également allée dans ce sens à la province en parlant de « tarifs indécents ».

Les usagers dénoncent par ailleurs un « manque de concertation sur les dessertes ». Ils ne comprennent pas la suppression d’arrêts dans les quartiers qui les obligent à se déplacer plus loin, ou encore leur « destruction comme la gare de Montravel », « lien entre la ville et l’extérieur de l’agglomération ». Ils évoquent des horaires de bus trop espacés, des lignes devenues très longues et à multiples arrêts ou encore des difficultés pour jongler entre les lignes « principales » et les lignes « secondaires ».

On entend également des critiques sur l’organisation : le fait de « valider » son titre de transport, à l’entrée et à la sortie du car ; des files d’attente dans les lieux de distribution de cartes, les ruptures de stocks, des distributeurs qui ne fonctionnent pas, des machines qui ne prennent pas les billets ou qui ne rendent pas la monnaie, des bornes de recharge trop éloignées des arrêts*. « Il ne faut pas oublier que nous avons ici beaucoup de personnes âgées, de personnes invalides, de personnes qui ne savent pas lire et tout cela est très compliqué », commente Irène Mapéri. Dans leur cahier de revendications, les usagers n’y vont pas par quatre chemins : ils demandent, entre autres, un retour aux anciens tarifs et que toutes les dessertes soient revues. Ils veulent être concertés et que le réseau s’adapte « aux réalités des possibilités physiques, psychologiques, financières, familiales des usagers ». Les autorités rencontrées ont promis de se pencher sur les points évoqués.

Communication

On se rend compte qu’il y a eu sinon un manque de concertation au moins un manque de communication. Peut-être aurait-il fallu, en effet, accompagner davantage les usagers en amont sur les dessertes et les matériels numériques avec, pourquoi pas, une période d’essai gratuite plus longue ? Ou la distribution des pass dans un premier temps ? Peut-être aurait-il fallu également mieux informer les usagers sur la gamme tarifaire, entièrement revue.

Le nouveau réseau, qui regroupe les services de Karuïa et Carsud, avait bien annoncé, au mois d’août, une légère augmentation des prix pour les voyageurs se déplaçant sur une seule zone et plutôt un avantage pour ceux se déplaçant sur plusieurs zones, expliquant néanmoins qu’il était relativement difficile de comparer les deux systèmes. Tanéo soulignait également qu’une amélioration importante sur le service en matière de confort, d’accessibilité, etc. était à prendre en considération. Tout cela avait été expliqué… Mais pas forcément intégré. Le système étant aussi plus compliqué.

En attendant de voir quelles réponses concrètes pourront être apportées par les autorités, on peut s’attendre tout de même à ce que les trajets deviennent progressivement plus fluides après cette période de démarrage. Des habitudes vont se former. 30 000 pass ont par ailleurs été distribués en deux mois et les files d’attente devraient logiquement se résorber.

Insécurité

Au SMTU, on estime d’ailleurs que ces difficultés sont à mettre sur le compte de cette grande « révolution », comme l’a souligné le président, Marc Zeisel, lundi, sur NC La Première. Aujourd’hui d’ailleurs, le « principal problème » mis en avant est plutôt celui de l’insécurité. Car l’arrivée de Néobus et Tanéo a accentué les défoulements en tout genre. La démolition est plus que verbale, les caillassages et les dégradations s’élèvent déjà à plusieurs millions de francs. « Inadmissible, a estimé le président du SMTU. C’est un grand projet public porté par toutes les collectivités locales et même l’État et il est inenvisageable pour nous de mettre en danger nos usagers, nos chauffeurs. » Décision a été prise de supprimer la nouvelle amplitude horaire du réseau le soir, en limitant les rotations à 19 heures, ce qui pénalise malheureusement les usagers qui avaient enfin l’opportunité de rentrer un peu plus tard. La dernière interruption est en vigueur jusqu’à lundi 4 novembre et sera réévaluée selon l’évolution de la situation. Le SMTU a par ailleurs engagé un travail d’ampleur avec les forces de l’ordre qui ont assuré la sécurité du réseau et interpellé plusieurs individus.

Espérons, en tout cas, que ce bel outil pourra avec le temps remplir sereinement sa mission de service public et se développer comme il se doit, au service de ceux qui effectivement, rappelons-le, ne sont pas les plus favorisés. En attendant, des Calédoniens en voiture se proposent de récupérer des gens en attente aux arrêts… Un comble… ou de quoi développer le covoiturage.

* Les pass doivent être rechargés dans les agences commerciales de Moselle, Koutio et Desmazures, aux distributeurs automatiques répartis dans une quarantaine d’arrêts et dans les magasins partenaires.


Les Prix

Le fameux « ticket secours » à 400 francs cristallise les aigreurs parce qu’il défie les habitudes, parce que l’on estime qu’il s’agit d’un « profit facile » sur l’usager « qui n’a pas pu faire ses démarches ». Celui-ci s’achète à bord pour un seul trajet sans correspondance (il était à 210 francs à bord de Karuïa et 190 francs en agence). Dans la même famille, le pass Journée, à 900 francs, est aussi jugé trop cher. Mais la société a répété qu’il s’agissait bien de tickets « très occasionnels », « volontairement un peu plus chers » pour rediriger les gens vers les pass dont les prix au trajet sont moins élevés. Les usagers sont ainsi invités à prendre le pass Liberté (gratuit) qui propose des trajets à 225 francs pour une zone, 305 francs pour plusieurs zones.

Plusieurs formules sont ensuite proposées avec une nouveauté, des systèmes de plafond au-delà desquels, dans le mois, les trajets deviennent gratuits (voir illustrations). Ils sont à 8 900 F pour tout public (8 170 auparavant pour uniquement Karuïa), 4 500 francs pour les seniors et les porteurs de handicap (4 085 francs auparavant sur Karuïa sauf seniors province Sud, 2 045 francs). À voir maintenant si les usagers, notamment ceux du pass à 8 900 francs, peuvent atteindre ces plafonds. Les scolaires, dont les pass sont toujours à 40 500 francs par an et 10 000 francs pour les boursiers (10 500 francs avant), sont encore obligés pour les vacances et les week-ends de prendre un pass Jeunes à 4 500 francs (anciennement 4 085 francs) et 1 500 francs pour les boursiers de la province Sud.

C.M.

©M.D.

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