De Télé Nouméa à Nc la 1ère : 60 ans au contact des Calédoniens

Steeven Gnipate, LoreleÏ Aubry et Valentin Delaforterie, journalistes phares de la chaîne aujourd’hui. (©NC la 1ère)

La télévision en Nouvelle-Calédonie fête cette année ses 60 ans. Au fil du temps, RFO, aujourd’hui NC la 1ère, a su s’imposer comme un média de proximité. Un lien qu’elle tente toujours aujourd’hui de perpétuer avec la montée en puissance des nouvelles technologies.

Lorsque la télévision arrive en Nouvelle-Calédonie, en 1965, sous l’impulsion de Charles de Gaulle, Télé Nouméa – comme elle s’appelait à l’époque – diffuse de l’information locale, en complément des bobines arrivant de l’Hexagone une fois par semaine. Un système qui perdurera jusque dans les années 1980, avant la réception des informations par satellite.

À cette époque, la chaîne, qui change de nom passant de FR3 Nouvelle-Calédonie en 1975 à RFO Nouvelle-Calédonie en 1983, compte quelques journalistes locaux, à commencer par Roger Le Leizour, premier directeur. Louis Palmieri, Guy Pascal ou Didier Courtot feront également partie des premiers visages que verront les Calédoniens, en plus des speakerines Marie-France Cubadda, Marie-Claude Stuart et Georgette Pidjot. Si la couverture de diffusion s’étend à l’échelle du territoire, la programmation reste, en dehors du journal télévisé, majoritairement nationale. « Ce n’est qu’à partir des années 1980 qu’on a commencé à faire de la place pour la production locale. Avant, il n’y avait pratiquement pas d’émissions locales. On diffusait celles de Métropole », explique Walles Kotra. L’ancien journaliste et directeur régional de NC la 1 ère devient, en 1981, le deuxième journaliste kanak à intégrer la chaîne. Le premier fut Joseph Caihe, en 1976. Par la suite viendront des personnalités comme Jimmy Welepane, Thérèse Waïa ou René Ixeko, jusqu’à la fin des années 1980. D’autres journalistes, très populaires en leur temps, comme Charlotte Risch, Marie-Claude Lacombe ou encore Olivier Jonemann, Xavier Robert et Benoît Saudeau apportent également une identité à la chaîne.

Joseph Caihe, premier journaliste kanak de la chaîne, arrivé en 1976. (©Les Chemins de l’Histoire, NC la 1ère)

Les stations décentralisées n’existant pas encore, les journalistes n’hésitent pas à faire des kilomètres pour réaliser des reportages dans toute la Nouvelle-Calédonie. « En général, ce qu’on faisait, c’est qu’on partait une semaine et on en profitait pour ramener plusieurs sujets », se souvient Gonzague de La Bourdonnaye, journaliste et actuel responsable de la communication et des partenariats.

EN BROUSSE ET DANS LES ÎLES

La création, en 1995, de la station de Koné, baptisée « centre Jimmy Welepane », et de celle de Lifou, change la donne et permet la diffusion d’une actualité plus « chaude » relative à cette partie du territoire. « Spectaculaire. La couverture au quotidien a été rendue possible. Alors qu’avant, on était davantage sur une couverture magazine, avec une actualité plus intemporelle », indique-t-il.

De fil en aiguille, RFO devient Télé Nouvelle-Calédonie en 1999 avant de porter son nom actuel quelques années plus tard et a suivi toutes les évolutions technologiques. Aujourd’hui, avec la montée en puissance du numérique, NC la 1ère est de plus en plus ancrée dans le paysage médiatique, permettant, notamment à travers les réseaux sociaux, « d’interagir avec les internautes ».

Elle compte deux journalistes exclusivement dédiés aux réseaux sociaux et est présente sur TikTok. « C’est important, pour ramener les jeunes vers l’information », insiste Gonzague de La Bourdonnaye. Dès l’année prochaine, des budgets seront prioritairement affectés au pôle numérique, « première antenne » de la chaîne.

Afin de renforcer encore et toujours la proximité avec les Calédoniens, quelques défis restent à relever. La Nouvelle-Calédonie étant « un pays très politisé », il faut « trouver un équilibre dans ce qu’on propose. Nous, nous avons eu un traitement trop politique du journal », estime Walles Kotra. Des émissions radio comme « 1, 2, 3 Plantez » animée par Sébastien Limousin, « Ma pirogue » avec Clément Cerneaux ou encore les programmes de cuisine sont pourtant « des émissions dans lesquelles les Calédoniens se reconnaissent ». « La messe, par exemple, est très écoutée. Et quand on réfléchit bien, finalement, dans la vie quotidienne des Calédoniens, le dimanche, il y a beaucoup plus de monde à l’église que dans les partis politiques », illustre Walles Kotra.

Les témoignages partagés « dans la rue » ou sur les réseaux sociaux aux journalistes de NC la 1ère démontrent l’importance qu’a représentée la chaîne durant ces six décennies. « Nous avons a accompagné trois voire quatre générations de Calédoniens et on le ressent tous les jours, souligne Gonzague de La Bourdonnaye. Les gens nous rappellent parfois des anecdotes d’il y a 30 ans. C’est une immense fierté, et en même temps, cela nous impose d’être le plus irréprochable possible ».

Nikita Hoffmann