De scripte à directrice de NC la 1re, l’ascension de Bénédicte Gambey

Depuis ses débuts comme scripte à RFO en 1992, Bénédicte Gambey, travailleuse acharnée, a choisi de croire que tout était possible. Le 31 mars, la Maréenne est devenue la première femme nommée à la direction régionale de NC la 1re, en remplacement de Walles Kotra, son mentor.

« L’une de mes plus belles nominations. » C’est en ces termes que Sylvie Gengoul, directrice du pôle Outre-mer de France Télévisions, a annoncé aux salariés de NC La 1ère qu’une des leurs, Bénédicte Piot-Gambey, serait directrice régionale. Au-delà de ses « qualités professionnelles », d’une « parfaite connaissance des enjeux », d’un « vrai sens de son pays » et de « l’humain », Sylvie Gengoul a célébré une histoire, un parcours inspirant.

Une telle ascension est peu commune. Elle est le fruit de deux décennies de passion, de partage et de dépassement de soi pour cette femme de 50 ans que l’on dit humble et d’une grande simplicité. Sur la terrasse du Mont-Coffyn, dans les locaux de La 1ère, elle a d’abord remercié les autres pour ce qu’elle juge être un « travail collectif ».

Émancipation 

De son enfance à Maré ‒ Bénédicte Gambey est originaire de Tadine ‒, elle évoque en particulier son entrée à l’internat du collège de Taremen à l’âge de 10 ans, une étape constitutive. Suivra ensuite le lycée Blaise-Pascal après les Évènements, puis Jules- Garnier pour un BTS informatique. « Il y avait du boulot à profusion pour les jeunes », se remémore-t-elle. Après un passage à l’OPT, elle effectue un remplacement à RFO comme scripte « sans savoir de quoi il s’agissait ». « J’étais toute timide, mais je mettais le ton quand il fallait, comme aujourd’hui. » Elle décroche ensuite son premier poste comme secrétaire de la rédaction. « Quand j’ai découvert ce monde, j’ai su que c’était ce que je voulais faire. »

Elle est encouragée par Benoît Saudeau, rédacteur en chef, et Walles Kotra. Elle prend des cours du soir, intègre le dispositif 400 cadres et part à Bordeaux pour trois ans d’études. En 1998, elle devient la première femme bi-qualifiée (journaliste reporter d’images), première correspondante des Loyauté après Laurent Corteel et René Ixéco. « C’était une très bonne journaliste de terrain avec une productivité énorme, raconte son confrère, Antoine Letenneur. Elle produisait toute seule un sujet par jour, une vraie gageure aux Loyauté. » Son objectivité, qui n’est pas forcément chose aisée à la maison, est remarquée.

Quatre ans plus tard, elle obtient un échange : direction la rédaction de Malakoff, à Paris. Les reportages en Afrique pour l’AITV, notamment lors de révoltes, lui laissent des souvenirs impérissables. « On comprend qu’on a un bon pays ! » Cette vie se heurte néanmoins aux désirs de son couple de fonder une famille.

De retour en 2004, Bénédicte Gambey continue de faire ses preuves au sein de la station et gravit les échelons. Elle est nommée rédactrice en chef adjointe en 2009, directrice de l’antenne télé (2012-2017), puis directrice éditoriale. Elle a gardé intacts sa forte capacité de travail et son enthousiasme, souligne Antoine Letenneur, qui a été son coéquipier à la rédaction en chef adjointe. « Elle a des idées qui fusent en permanence et elle est toujours partante, pas blasée. »

Soutiens 

Deux personnes ont particulièrement compté dans son parcours. « Walles Kotra a été un tuteur depuis le début. Il me disait : ‘pourquoi tu doutes ? Ça ne dépend que de toi.’ Il m’a libérée de ma cage imaginaire. » Bénédicte Gambey loue aussi le soutien sans failles de son mari. « Il m’a toujours dit que c’était possible. Et toujours soutenu pour le reste », dit-elle, non sans émotion. Si sa vie est principalement consacrée au travail, elle se dit totalement présente lorsqu’elle est en famille avec ses deux enfants de 16 et 14 ans, dont un « gentil garçon » atteint de trisomie.

Sous le signe la sororité, elle veut dire à son tour à celles qui, comme elle, se focalisent sur leurs manques, qu’il n’y a pas de limites. Ce poste est un nouveau challenge, avec 143 salariés. « Comme à chaque fois, je sais que j’ai quelques faiblesses, dit-elle, mais j’assumerai mes responsabilités comme je l’ai toujours fait depuis mon premier contrat. »

Sa nomination est bien perçue. « Elle connaît parfaitement les rouages des services, appuie Darwati Lasiman, assistante de production, qui dit avoir beaucoup appris à ses côtés. Je suis extrêmement fière d’elle. Et c’est bien que ce soit une femme, et une femme d’ici. » « C’est quelqu’un du cru, donc elle saura de quoi on parle, observe Antoine Letenneur. Après, il faudra qu’elle incarne le poste et prenne la hauteur qu’il nécessite, ce qui n’est pas forcément évident avec ce parcours. »

Durant cette mission de trois ou quatre ans, elle doit accompagner le tournant numérique de la chaîne, suivre l’évolution statutaire du territoire, qui pourrait avoir des conséquences sur l’audiovisuel public, poursuivre l’engagement en faveur de la cohésion des Calédoniens et des salariés. Elle s’est engagée à continuer ensuite sa carrière hors de Calédonie, en mobilité.

 


Une succession « naturelle »

Walles Kotra, qui a fait valoir son droit à la retraite, évoque une succession « naturelle ». « Bénédicte connaît bien le pays et notre maison où elle s’est imposée par son dynamisme et son esprit d’équipe. Elle est compétente et courageuse » L’ancien directeur s’est envolé, en pleine saison des ignames nouvelles et des picots, vers Tiga où il a aussi « quelques orangers, mandariniers et cocotiers à entretenir ». Il évoque néanmoins « quelques projets d’édition et de production ».

 

Chloé Maingourd (©Alan Nogues)

 

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