Le secteur de la santé traverse une crise profonde, aggravée par les émeutes de 2024 et un retard au niveau des conditions de recrutement qui rendent le territoire peu attractif. Les centres hospitaliers ont tous pâti de cette situation, mais elle s’améliore grâce à une certaine adaptabilité.
À NOUVEAU UNE « QUALITÉ DE TRAVAIL » AU CHT
Au Médipôle, 206 postes de médecins sur 218 sont pourvus, sans compter les internes (27) et les stagiaires. « On a récupéré des médecins dans tous les services quasiment », indique le Dr Thierry de Greslan, nouveau directeur médical. Certaines spécialités restent en difficulté comme l’oncologie et la gastro-entérologie, mais d’autres comme l’ophtalmologie constatent une amélioration. Les urgences adultes comptent désormais 36 médecins contre 30 en juillet. Le CHT accueille une dizaine de praticiens étrangers, une aide bienvenue même si d’autres n’ont pas répondu aux exigences.
L’embellie concerne aussi les effectifs paramédicaux. Thierry de Greslan appelle néanmoins à la prudence sur ces effectifs. « Ce sont beaucoup de CDD, le nombre de titulaires est en baisse, le turn-over est important (+20 %). Ils viennent tester, et si ça leur plaît, certains pourront rester. » La pénurie pourrait se reproduire dans six mois, avant l’été métropolitain. Mais pour l’heure, « ça fait une énorme différence. On a à nouveau une bonne qualité de travail ».
LA PSYCHIATRIE RÉSISTE AU CHS
Le centre hospitalier spécialisé (CHS) Albert Bousquet a traversé une période critique, avec seulement quatre médecins en psychiatrie générale pour 12 postes à un moment donné. Ils sont désormais dix. Sachant qu’il en faudrait 60 dans pour un territoire comme la Nouvelle-Calédonie. « Heureusement que les médecins se sont démultipliés, que les plus âgés ont décidé de rester », rapporte le Dr Guy Southwell, chef de service de psychiatrie générale et président de la CME, commission médicale d’établissement. La psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent reste sous-dotée (trois médecins pour sept postes), tout comme le centre de gérontologie. L’établissement ne reçoit plus d’internes, ce qui correspond à quatre personnes en moins.
Dans le nord et les îles, il n’y a plus de psychiatres en poste pour le CHS (trois auparavant). L’établissement propose une vacation mensuelle, une aide téléphonique et doit reprendre les téléconsultations. Le personnel infirmier « très investi » permet de maintenir un suivi des patients. Heureusement, « il n’y a pas eu d’explosion du nombre d’hospitalisations ». Guy Southwell appelle également à la prudence puisque dans six mois, deux psychiatres partiront sans garantie de remplacement. La profession attire de moins en moins en Métropole car elle est « peu rémunérée » et « le volant susceptible de partir en outre-mer est faible et nous avons encore une image qui est très affectée ».
« DONNER ENVIE DE RESTER » AU CHN
Le Centre hospitalier du Nord (CHN) avec ses trois sites de Koné, Koumac et Poindimié, avait déjà des difficultés de recrutement avant mai 2024. Et puis progressivement les effectifs infirmiers ont chuté à 50 pour 85 postes en avril 2025. Au niveau des médecins, le CHN ne compte que 10 titulaires sur 30, et accueille trois médecins étrangers, un autre de l’Union européenne.
Le CHN a recentré ses activités sur Koné fermant des lits et les urgences de Poindimié et Koumac. « L’enjeu majeur était de préserver les équipes restantes tout en maintenant la qualité des soins », explique Marc Wete, directeur du CHN. Depuis septembre, la situation s’améliore avec la réouverture progressive de certains services (chirurgie à Koné, soins infirmiers à Koumac et Poindimié). « La prochaine étape est de rouvrir des lits d’hospitalisation et bien sûr l’accueil des urgences sur Poindimié et Koumac, mais pour l’instant nous n’avons pas de perspectives suffisantes parce que les contrats sont de trois à six mois pour les paramédicaux », ce qui complique la stabilisation des équipes. Il faut « donner envie de rester ». Le directeur espère une évolution pour le 1er trimestre 2026.
« ÊTRE INVENTIF »
Les établissements publics proposent des avantages aux nouveaux arrivants qui continuent de faire l’objet de négociation avec le gouvernement : reprise de l’ancienneté, billet d’avion, logement temporaire… Pour les médecins, un travail avait déjà été effectué sur les grilles de rémunération. « On était en retard sur ce qui était pratiqué partout, aux Antilles ou à La Réunion, donc on s’est alignés, ce qui a permis d’avoir du personnel », commente Thierry de Greslan.
Marc Wete rappelle qu’en Métropole, le Ségur de la santé a apporté une « revalorisation considérable des conditions des paramédicaux (grille indiciaire, augmentation du point d’indice) qui ont vu leur pouvoir d’achat augmenter ». L’écart que générait l’indexation n’est « plus intéressant », ce qui joue au même titre que l’insécurité sur la pénurie. « On doit suivre ces évolutions », insiste Guy Southwell. Le CHS a travaillé de son côté à améliorer son image et à développer des projets innovants.
Le médecin rappelle que la pédopsychiatrie a été sauvée par une mission effectuée en Métropole pour procéder à des recrutements. « Il faut être inventif. » Le CHT travaille à des coopérations sur la formation et la recherche avec la Métropole. Malgré tout, la situation politique est et restera essentielle pour la stabilisation des effectifs, affirment les responsables de santé.
Chloé Maingourd
Vraie amélioration à la clinique
Depuis juillet 2025, la clinique a recruté, en particulier des infirmières. Les renforts vont permettre de rouvrir une salle de bloc, d’assurer le fonctionnement de sept à huit salles de ce type pour 73 interventions par jour. La clinique constate aussi une amélioration pour les kinés, les médecins généralistes en support du service oncologie, et les soins médicaux et de réadaptation (SMR).
Les plannings ont été assouplis et des avantages sont proposés pour des contrats longs (mutuelle, prime d’installation si extérieur à la Nouvelle-Calédonie). Des dispositifs servent aussi à faciliter l’arrivée de collaborateurs, comme des temps en binôme avec une personne déjà en poste. Cependant la majorité des recrutements restent en CDD et des difficultés majeures demeurent pour certains profils : les cadres de santé, oncologues, infirmières de nuit et infirmières hygiénistes.
Toujours pas le « paradis des infirmières »
Les mesures incitatives ont permis de maintenir le secteur public avec l’arrivée d’infirmières, notamment de bloc opératoire. Mais pour François Delboy, vice-président de l’Alliance des infirmiers calédoniens (ADIC), « le système n’a en rien été amélioré » et le territoire reste peu attractif en termes de rémunération et d’opportunité de carrière.
Beaucoup d’infirmiers partent vers l’Australie, la Métropole ou le Canada. Le libéral n’a pas été revalorisé « depuis 15 ans », « alors que 5 000 patients chroniques sont soutenus chaque jour ». Les orientations pour la santé sont jugées « délétères » et les professionnels sont peu consultés alors que « les infirmières sont l’ossature du système ». Pour François Delboy, « ça pourrait être le paradis des infirmières ».

