Covid-19 : des moyens déployés sur l’ensemble du territoire

Même si la Nouvelle-Calédonie est épargnée par l’épidémie de coronavirus, le contexte international et la réouverture hypothétique de nos frontières, nous forcent à nous préparer à cette éventualité. Les autorités déploient des moyens techniques, sanitaires, de communication et d’organisation sur l’ensemble du territoire.

L’instauration des quatorzaines dans les hôtels et la mise en œuvre des tests obligatoires à la sortie ont permis, jusqu’ici, de nous prémunir d’une propagation du virus. Et on teste encore, bien évidemment, les cas suspects hors quatorzaine. Plus de 12 000 tests ont ainsi été réalisés depuis le mois de mars et aucun cas autochtone n’a été détecté. Le risque zéro, néanmoins, n’existe pas et il faut aussi se préparer à l’ouverture des frontières, même si visiblement ce n’est pas pour demain.

Pour être réalisable, cette réouverture nécessite, en effet, plusieurs prérequis sur le plan sanitaire et technique : le développement de notre capacité de détection, de dépistage, d’investigation et d’isolement sur l’ensemble du territoire, comme nous l’a exposé le docteur Sylvie Laumond, médecin épidémiologiste à la Dass.

Des moyens étendus

La réalisation des prélèvements va être possible dans tous les centres médico-sociaux (CMS), au CHT de Koutio et au CHN de Koné. Il faut pour cela s’assurer de la protection des professionnels (sur-blouses, charlottes, gants, lunettes, etc). Le stock stratégique de masques (chirurgicaux et FFP2) « serait suffisant pour tenir un mois, en cas en pleine crise », selon Sylvie Laumond, et le territoire est en cours d’approvisionnement. Il faut aussi s’assurer de la formation aux tests par écouvillon (long coton-tige), même si « ce sont des gestes que connaissent les professionnels sur d’autres virus respiratoires ». Au niveau des analyses, le Médipôle sera prochainement en mesure de doubler son offre quotidienne, de 200 à 400, et le CHN de Koné assurera un renfort pour la partie Nord. Des machines sont attendues depuis le mois d’août.

Les autorités développent et modernisent, par ailleurs, le réseau Sentinelles de surveillance. Une application destinée aux médecins du réseau et des CMS a été développée et testée au mois d’août. Elle permettra d’apporter une vision en direct des suspicions d’infection respiratoire aiguë. Un système similaire est en cours d’élaboration pour les Ehpad et un autre, spécifique à l’enregistrement des décès pour les petites communes, doit être développé pour suivre l’évolution des décès Covid en temps réel et donc obtenir une analyse de l’impact de l’épidémie.

La capacité d’investigation doit aussi être étendue pour identifier les cas contacts lorsqu’un cas Covid est avéré. Un guide à destination des professionnels a été élaboré à cet effet et une tournée de formation a commencé cette semaine. « L’idée, c’est qu’à la fin du mois de septembre des référents dans chaque centre médical soient formés à l’investigation, en particulier Covid, au ‘contact tracing’ et aux procédures qui s’en suivent ». Pour le moment, les cas de Covid-19 sont accueillis dans l’unité dédiée du CHT. Les personnes contacts restent sous surveillance dans les lieux de quatorzaine (hôtels, base militaire). Si l’épidémie s’installait, d’autres lieux d’isolement pourraient être identifiés.

 

Prévention sur le terrain : Do Kamo trouve toute son utilité

Sans traitement, ni vaccin, la lutte contre le Covid-19 repose aussi beaucoup sur l’adhésion de chacun aux mesures d’hygiène, au respect des gestes barrières et sur une action collective visant à une bonne organisation du quotidien en cas de crise. Partant de ce constat, le territoire s’est attelé à développer un programme d’action pour préparer les populations à l’arrivée éventuelle du virus. Piloté par le groupe Action santé en communauté, ce programme est chapeauté par la Dass et l’équipe Do Kamo. Il s’appuie sur un large réseau au sein des tribus, des villages, de l’association des maires, des instances coutumières, religieuses, culturelles ou sportives et des entreprises. On doit à cette équipe projet notamment la création de supports de communication en quatorze langues, d’une mallette pédagogique pour les écoles ou encore de vidéos de sensibilisation où figuraient nos artistes.

L’objectif actuel est de former, dans chaque « bassin de vie », des référents ou personnes relais à la compréhension fine du virus et aux gestes qui permettent de freiner sa propagation pour qu’ils puissent à leur tour relayer les bons messages au sein de leur communauté. Ils bénéficient pour cela de fiches pratiques et d’une formation.

L’autre volet de ce programme consiste à appuyer les communautés dans leur organisation en cas de crise sanitaire comme elles peuvent le faire, par exemple, lors de cyclone. Une enquête a été réalisée pour recenser les besoins, les questionnements et sur la base de ce retour, des clés de méthodologie pourront être apportées. Il est question du signalement et de l’acheminement des cas suspects, mais aussi de l’identification et de la protection des individus vulnérables, de l’organisation de l’environnement, des décès, de la continuité des soins, de l’accès à l’eau, de l’approvisionnement en alimentation ou encore de l’éducation. Les populations pourraient définir des rôles à tenir dans ce contexte. « On part du principe qu’elles sont les mieux placées pour connaître leurs capacités et leurs besoins, explique Estelle Poncet, cheffe de projet Do Kamo. Le plus difficile, le plus anxiogène dans une crise, est de ne pas savoir quoi faire. Cette organisation permettra de rassurer et de s’assurer d’une adhésion des communautés sur cette problématique, d’une meilleure confiance dans le système. »

Le plan Do Kamo, qui vise justement à rendre les Calédoniens acteurs de leur santé en les impliquant directement, prend ici tout son sens. Le réseau existant a été efficace et renforcé dans le cadre de cette crise. « Ce type d’organisation a d’ailleurs vocation à servir pour toutes les problématiques de santé, les maladies chroniques, le diabète gestationnel, l’activité physique et bien-être, l’allaitement », conclut Caroline Valat, chargée de mission, Do Kamo.


Les gestes barrières pas respectés

Les autorités alertent sur le relâchement des populations dans un contexte qui ne relève plus de l’urgence. Actuellement, le territoire fait face à un autre virus respiratoire qui peut engendrer des bronchiolites voire des pneumonies. 115 cas ont été recensés depuis janvier avec une montée en puissance au mois de juillet, notamment en réanimation au CHT. Ce virus, très contagieux, affecte plus particulièrement les nourrissons et les personnes fragiles. Il y a également, rappelons-le, des foyers d’hépatite A sur les îles et à Nouméa. « Cela montre bien que quand les gens ont des symptômes, ils ne respectent pas les gestes barrières et les mesures d’hygiène qui sont efficaces contre de nombreuses maladies », s’inquiète le docteur Sylvie Laumond, qui appelle la population à changer ses habitudes pour de bon.


Prise de rendez-vous pour les tests au CHT

Les tests pour le coronavirus au Médipôle se font désormais au sein du Centre territorial de dépistage en santé publique. Il faut prendre rendez-vous par téléphone ou par mail (20 99 76 de 8 heures à midi les jours ouvrables ou despistage.covid19@cht.nc). De plus en plus de gens demandent des tests pour des convenances personnelles, c’est-à- dire pour voyager dans certains pays, et il faut savoir, en ce qui les concerne, que depuis le 11 août le CHT peut facturer ces tests. Ils ne sont pas payants quand ils relèvent de la santé publique (sortie d’hôtel, malades). Il en sera de même au CHN de Koné.

C.M.

©gouv.nc/ Shutterstock 

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