Comptes sociaux : le tableau noir

L’équation de la retraite du secteur privé ne tient pas : la rentrée de 2 milliards de francs de cotisations chaque mois ne couvre pas les dépenses, il manque environ 1,5 milliard. © Y.M.

Le redressement du Ruamm et de la retraite Cafat figure en tête des priorités du gouvernement. Des milliards de francs manquent. La sortie du tunnel passe par une discussion de confiance.

RUAMM

Le régime unifié d’assurance maladie maternité a accusé un déficit structurel dès 2012. Son état s’aggrave depuis 2019, avec un accroissement annuel du niveau de ses dettes de l’ordre de 4 milliards de francs. Une dette à l’égard du Médipôle pour ses soins externes, facturés à l’acte. Les causes sont diverses : augmentation des coûts de la santé – comme dans beaucoup de pays -, vieillissement de la population ou encore hausse du nombre de personnes en longue maladie avec des pathologies lourdes. D’après le système en place, ces malades sont pris en charge à 100 % par le Ruamm, contre 40 % pour le « petit risque ».

Se sont ajoutés les effets des quatre crises successives : Covid, conflits internationaux – qui ont généré une envolée des prix -, désarroi dans le secteur du nickel – avec notamment les licenciements à KNS -, puis émeutes de mai 2024 – qui ont entraîné une perte de 15 % d’actifs, donc autant de cotisations, alors que les dépenses ont continué de croître. Le déficit annuel du Ruamm s’est mécaniquement creusé, pour atteindre les 20 milliards de francs.

L’État a aidé, au travers de prêts de l’Agence française de développement (AFD) ou de subventions, la Nouvelle-Calédonie, qui rétrocède à la Cafat la trésorerie pour répondre à ses engagements. Et ce, de façon échelonnée pour couvrir les besoins du Ruamm et éviter la cessation de paiements. Néanmoins, la réalité s’apparente à un puits sans fond, le déficit s’aggrave. Un exemple : une fois les sommes allouées, il manquera encore au régime 4,3 milliards de francs pour finir l’année sans dette et 2 milliards pour assurer le mois de janvier 2027.

RETRAITE

L’État, via la Nouvelle-Calédonie, a versé, pour le moment, pour cette année, 7,3 milliards de francs. Malgré ce versement, il manque 1,5 milliard pour que le régime se maintienne jusqu’au 31 décembre. Ce montant ne serait pas encore prévu dans l’accord avec Paris. En outre, les prestations retraite nécessitent 4 milliards en caisse pour passer le mois de janvier 2027. Car, d’ordinaire, la Cafat verse 3,8 milliards de pensions chaque mois à 41 000 retraités. Ce cercle s’élargit d’ailleurs inexorablement d’environ 1 000 seniors par an. Ce qui occasionne une croissance des dépenses, même si le conseil d’administration de la Cafat gèle la valeur du point.

Le fonds de réserve est à plat : les 5 milliards, disponibles au 31 décembre 2025, ont été consommés en juin. Tout calcul fait, en dehors de toute réforme, le besoin de financement, pour l’année prochaine, est estimé à 15 milliards de francs. L’indicateur clé se dégrade silencieusement : désormais, moins de deux actifs – 1,9 environ – pour un retraité.

RÉFORMES

Le 19e gouvernement tout juste élu, et en premier lieu, son président, Milakulo Tukumuli, ont exprimé à plusieurs reprises, ces derniers jours, leur volonté profonde de réformes. Ce message est plutôt bien reçu dans le milieu économique, au sens large. Le système de la Cafat arrive à bout. Sauf que, jusque-là, l’audace politique pour une révision de la mécanique a véritablement fléchi, les projets de mesure étant impopulaires. Les leviers ? Fiscalité, cotisations, réduction des dépenses.

En 2023, Milakulo Tukumuli, alors élu de l’Éveil océanien, avait déposé un projet de réforme pour le Ruamm sur le bureau du Congrès. Cette proposition, adoptée à l’unanimité, a fait l’objet d’une demande de seconde lecture, jamais planifiée. Des textes, à examiner, visent en outre à maîtriser l’évolution des dépenses de santé.

Quant au régime retraite, les partenaires sociaux ont avancé un projet de réforme. Le membre du gouvernement Christopher Gygès s’en est inspiré pour produire un nouveau plan. Et l’ex-groupe Éveil océanien-Calédonie ensemble avait également fait enregistrer un projet au Congrès. Ces dossiers comportent des traits communs, mais aussi des différences sur l’âge du départ à la retraite ou le rythme d’évolution du taux de cotisation.

Yann Mainguet

13 milliards

Le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, a fait connaître publiquement, mercredi 5 août, un besoin urgent de 13 milliards de francs. Cette somme peut correspondre au manque de trésorerie estimé de la Cafat, après le versement pourtant de la totalité de l’appui financier prévu par l’État pour boucler l’année 2026 et passer le mois de janvier 2027.

Les 13 milliards de francs manquants renvoient à une évaluation globale pour couvrir le régime retraite, Ruamm et, dans une moindre proportion, le chômage. Ce sujet, ainsi que les financements incontournables pour l’année 2027 tant à destination de la Cafat que, globalement, de la Nouvelle-Calédonie, seront à l’ordre du jour de la mission politique transpartisane, annoncée à Paris en septembre.