Comment faire évoluer notre système alimentaire ?

Le programme PROTEGE, financé par l’Union européenne, lancera bientôt un appel à projets pour accompagner l’évolution des systèmes alimentaires des territoires ultramarins français du Pacifique. En attendant, les Calédoniens sont invités à faire connaître leurs initiatives en la matière.

L’alimentation est au cœur de multiples enjeux : santé publique, environnement, économie ou encore lien social. Autant d’éléments complexes qui font partie d’une même chaîne et sont plutôt mal appréhendés dans leur ensemble. Un système alimentaire* peut se définir comme les systèmes de production et de consommation des aliments. Sa complexité vient de la diversité des modes de production, de l’origine des produits, des conséquences sur l’environnement et, en aval, des habitudes de consommation, de l’éducation ou encore de la capacité des gens à pouvoir s’approvisionner, en tenant compte notamment du prix des denrées.

Ce sont tous ces éléments que le programme PROTEGE, porté par la CPS, Communauté du Pacifique, et financé par l’Union européenne, souhaite examiner. Comme le souligne Clément Gandet, le coordinateur « agriculture » du programme, « les responsables ont souvent tendance à mélanger sécurité alimentaire ou autosuffisance avec le système alimentaire. L’autosuffisance dont on entend beaucoup parler est une vraie problématique, mais ce n’est pas la seule. On peut, par exemple, avoir un territoire qui produit du cacao bio pour l’export et une population qui se nourrit essentiellement de produits importés avec une mauvaise qualité nutritionnelle ».

Faîtes connaître vos initiatives

Selon lui, l’accessibilité des produits est une question centrale. D’après le baromètre santé de l’Agence sanitaire et sociale de 2015, 36 % des personnes interrogées déclaraient limiter leur consommation de légumes et 34 % celle de fruits. Les deux raisons principales étant le prix et la difficulté à en trouver. La situation a d’ailleurs peu évolué depuis l’élaboration de ce baromètre : si les prix des fruits ont légèrement baissé en six ans, ceux des légumes ont progressé de 7 %. En dix ans, le prix des fruits a augmenté de quasiment 25 % et celui des légumes de 16 % (les derniers chiffres sont plutôt inquiétants puisqu’ils montrent une explosion de 35 % depuis le début de l’année).

L’objectif du programme est de lancer un appel à projets d’ici septembre ou octobre, mais avant, l’équipe de PROTEGE a entrepris la réalisation d’une carte des initiatives sur les trois territoires couverts par le programme (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis-et-Futuna). Un prestataire effectue un travail de compilation des différents projets. En parallèle, la CPS appelle la population à faire connaître ses initiatives (les personnes sont invitées à écrire à l’adresse suivante : alim.protege@spc.int). « Il existe des initiatives connues et d’autres qui le sont moins, en Brousse notamment, souligne encore Clément Gandet. L’idée est d’être le plus exhaustif possible, comprendre ce que font les gens, leurs logiques en étant à l’écoute. Tout l’enjeu est de se nourrir du terrain pour nous permettre de faire des propositions d’orientation pour l’appel à projets qui devra être validé par les territoires. »

Des solutions locales adaptées au terrain

La démarche de PROTEGE est d’accompagner les politiques publiques, mais pas de les définir. La cartographie servira à comprendre ce qui a marché ou non, notamment dans l’optique de pouvoir déterminer les financements nécessaires à la pérennité des projets soutenus. Au-delà de la subvention, l’idée est d’avoir un effet levier maximum afin de structurer les actions. Cette cartographie devrait aussi servir à favoriser l’intégration régionale et le rapprochement des trois territoires francophones du Pacifique.

« Chaque territoire a ses spécificités, explique le coordinateur agriculture du programme. En Polynésie française, les agriculteurs sont généralement aussi des pêcheurs et les initiatives foisonnent. Wallis-et-Futuna a engagé un travail sur la restauration scolaire et est très demandeur… Après, il y a des points communs comme l’eau ou encore les ravageurs. Et les trois territoires sont concernés par le changement climatique qui devrait fragiliser des systèmes qui le sont déjà. Le travail en commun permettra de trouver des solutions. »

La CPS a pour objectif de mettre sur un pied les « sachants » et les acteurs de terrain pour qu’ils développent leurs propres solutions, adaptées aux réalités de chaque territoire. Des solutions qui ne sont par ailleurs pas nécessairement coûteuses. « Nous avons un exemple à Touho d’une pépiniériste qui travaille avec les femmes de la commune sur l’équilibre alimentaire, détaille Clément Gandet. La diversification de l’alimentation passe par la diversification des cultures, ce qui ne nécessite pas énormément de moyens. »

Si la CPS compte s’appuyer sur ces gens qui « se bougent », les financements de l’Union européenne permettront tout de même de mettre près de 50 millions de francs pour soutenir les projets retenus. En fonction des besoins, d’autres sources de financement pourront également être sollicitées de manière complémentaire.

* Le système alimentaire comprend aussi les étapes de distribution des aliments, leur transformation ou encore la gestion des déchets.

Pour faire connaître votre initiative, vous pouvez écrire à alim.protege@spc.int


Le poids de la malbouffe

Les territoires français du Pacifique ont une industrie agroalimentaire souvent limitée, ce qui n’empêche pas les différentes populations de consommer énormément de produits ultra-transformés, peu chers, mais présentant de piètres qualités nutritionnelles. Cette malbouffe passe également par une surconsommation de produits d’origine animale. Les médecins du Pacifique en connaissent bien les tristes conséquences : diabète, maladies cardiaques et autres pathologies non transmissibles. Ces habitudes de consommation ont, par ricochet, des conséquences économiques et sociales comme l’absentéisme, la perte d’emploi ou encore la retraite prématurée, donc des pertes de productivité.


Pourquoi les systèmes alimentaires ?

PROTEGE, pour projet régional océanien des territoires pour la gestion durable des écosystèmes, est un programme de l’Union européenne pour accompagner les politiques publiques des quatre pays et territoires d’outre-mer du Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna et, l’île britannique Pitcairn) sur quatre thématiques : la transition agro-écologique, les ressources récifo-lagonaires et l’aquaculture, l’eau et les espèces envahissantes.

En avril, le comité de pilotage, qui regroupe les représentants des quatre territoires, a décidé d’ajouter un volet sur les systèmes alimentaires pour deux raisons. La première est de ne pas couper la réflexion entre la production et la consommation et la seconde tient à la crise sanitaire. La pandémie a créé un choc, déstructurant les filières, notamment celles touchant à l’alimentation. De nombreux experts voient cette crise comme la première d’autres crises à venir. Il y a donc un intérêt particulier à renforcer les systèmes alimentaires des territoires ultramarins, particulièrement dépendant de l’extérieur sur cette question.

M.D.

©M.D./ DNC 

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