Comité des signataires, un coup de pouce de l’État

Le dix-neuvième Comité des signataires qui s’est tenu à Paris, le 10 octobre, a été l’occasion d’aborder la situation économique de la Nouvelle-Calédonie. Afin de soutenir l’activité, l’État a pris plusieurs décisions visant stimuler l’investissement sur le territoire.

L’économie calédonienne est à la croisée des chemins. Il n’est pas encore question de récession, mais l’atonie semble bien installée. Depuis près de deux ans, la croissance est au point mort et les perspectives ne sont pas franchement optimistes en dépit d’un marché du nickel qui a retrouvé des couleurs. Le gouvernement travaille à un plan de relance qui devrait être présenté d’ici la fin du mois, après avoir organisé plusieurs réunions pour recueillir les propositions des chefs d’entreprise. L’institution se félicite de la participation aux différentes réunions organisées sur l’ensemble du territoire, mais force est de constater que les propositions ne se bousculent pas sur la plateforme internet créée pour l’occasion (www. debatentreprises.nc).

Pour relancer la croissance, les collectivités disposent de deux principaux leviers, celui de la consommation, le principal pilier de la croissance calédonienne, et celui de l’investissement. La veille du Comité des signataires, qui s’est tenu le 10 octobre, le gouvernement et une partie des élus calédoniens (le rendez-vous a été boycotté par les élus de Calédonie ensemble, de l’UNI ainsi que les représentants de la CPMNC) ont participé à une conférence économique et sociale afin de voir dans quelle mesure l’État pourrait aider la Nouvelle-Calédonie à retrouver le chemin de la croissance.

Encourager le dispositif de réescompte

Un point de la situation de la place bancaire de Nouvelle-Calédonie a été présenté et a permis de voir que les encours de crédit continuent de progresser de manière soutenue. Au 31 juillet, le montant des crédits accordés avait progressé de 4,5 % par rapport à juillet 2018 (6 % pour les ménages et 1 % pour les entreprises). L’État s’est engagé à augmenter d’ici la fin de l’année la capacité de refinancement de l’Institut d’émission d’outre-mer, équivalent de la banque centrale calédonienne. L’IEOM disposera de 17 milliards de francs supplémentaires.

Cette capacité nouvelle permettra aux banques, et dans une certaine mesure aux entreprises, d’avoir davantage recours au dispositif de réescompte. Le réescompte consiste, par exemple, pour une banque à céder temporairement un crédit à l’IEOM afin de récupérer des liquidités qui ont vocation à être prêtées ou investies dans l’économie. C’est l’une des difficultés des banques calédoniennes que de pouvoir se procurer de l’argent. Faute de suffisamment de dépôts sur les comptes des Calédoniens, les établissements bancaires vont trouver cet argent auprès de leur maisons-mères métropolitaines. Une opération qui a un coût et explique en partie pourquoi le crédit est plus cher en Nouvelle-Calédonie qu’en Métropole.

Cette annonce du Premier ministre, Édouard Philippe, n’est toutefois pas une nouveauté puisque cette politique monétaire de l’IEOM est travaillée depuis plusieurs années. Nous vous en parlions d’ailleurs déjà dans notre édition du 3 mai 2018. À cette époque, la BCI faisait face à un défaut de liquidités. La Bred, sa maison-mère, avait décidé de ne plus injecter d’argent frais, limitant la capacité de la banque calédonienne à offrir des crédits aux particuliers comme aux entreprises. Donner l’accès à des liquidités permet aux banques de proposer des crédits et donc de contribuer à l’activité et à la création de richesse. Reste que le réescompte est un dispositif qui est conditionné par plusieurs critères et notamment le fait que l’activité concernée appartienne à un secteur jugé prioritaire par l’IEOM. Le Premier ministre a également indiqué qu’une réflexion serait engagée pour élargir le réescompte pour des créances de moyen terme. Actuellement, le dispositif concerne des crédits de court terme (certains crédits à un horizon maximum de sept ans peuvent être concernés).

En 2015, le réescompte représentait seulement 2,2 % des ressources des banques calédoniennes, soit environ 16 milliards de francs. En parallèle, sur les dernières années, le montant des dépôts a augmenté et représentait 82,3 % des ressources des banques en 2015. Mais comme il a été signalé, lors du Comité, des sommes colossales échappent à la collecte des banques. L’État a avancé la somme de près de 600 milliards de francs, placée en dehors de la Nouvelle-Calédonie, notamment dans des produits d’assurance-vie. Autant d’argent qui ne finance par l’activité économique. Un projet de banque postale permettait d’envisager la possibilité de créer l’équivalent d’un Livret A calédonien. Il a toutefois été enterré par le conseil d’administration de l’OPT en avril dernier.

Le gouvernement envisage de créer un produit d’épargne permettant aux épargnants d’avoir la garantie que leur argent est investi sur le territoire. À l’occasion d’un passage sur l’antenne de NC La Première, Sonia Backes, la présidente de la province Sud et l’une des responsables de l’Avenir en confiance, a précisé que l’idée ne serait pas de décourager les produits d’assurance-vie par exemple, mais d’encourager les Calédoniens à investir dans ce produit spécifique. En dehors de l’engagement citoyen qui pourrait animer des épargnants, c’est bien sur le rendement des produits que se fera la différence.

Un réaménagement des contrats de développement 2017-2021

Toujours sur la question bancaire, l’État envisage de développer un marché interbancaire au niveau de la zone CFP. Autrement dit, plutôt que de se refinancer auprès de banques européennes, les banques de Polynésie française, Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna devraient pouvoir aller échanger des liquidités entre elles. Toute la question sera de savoir à quel coût.

Il a également été question des contrats de développement de la génération 2017-2021 pour lesquels l’État donnera un coup de pouce de 9,4 milliards de francs. Cela représente une augmentation de l’enveloppe de l’ordre de 10 % (l’enveloppe globale initiale des contrats étaient de 93,6 milliards de francs dont 47,1 milliards pris en charge par l’État). Les partenaires se sont également mis d’accord pour allonger d’une année les contrats et de signer les avenants aux contrats actuels d’ici la fin de l’année. L’enveloppe additionnelle devrait être consacrée à des projets s’inscrivant dans la trajectoire 5.0, présentée récemment par l’État, et qui bénéficie des contrats de convergence, équivalents des contrats de développement pour des thématiques bien précises touchant les questions d’environnement, de lien social ou encore de changement climatique.

Si les contrats de développement permettent de générer de l’activité autour d’investissements structurants, l’aide de l’État est conditionnée par la capacité des collectivités locales de réaliser ces projets. Et pour les concrétiser, ces collectivités ont bien évidemment besoin de financements. Et c’est là que le bât blesse. Si les communes disposent encore de marges de manœuvre budgétaire, elles sont globalement peu endettées, c’est moins le cas des provinces et pas du tout le cas du gouvernement qui a atteint les limites de son endettement. Afin de respecter les ratios imposés par les principaux prêteurs que sont l’AFD ou la Caisse des dépôts, le gouvernement a récemment dû renoncer à un emprunt d’un milliard de francs dans le cadre de l’adoption de son budget supplémentaire. Ce dernier devrait être prochainement examiné par le Congrès et promet quelques désaccords.

Pour relancer l’économie, ce sont bien de la consommation et de l’investissement qui seront nécessaires, au-delà des mesures visant à les favoriser. Ce sont les décisions de consommation des Calédoniens et d’investissements des entreprises, en plus des investissements publics, qui permettront de réamorcer la pompe de la croissance économique calédonienne.

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