Cinq jours pour jauger la justice calédonienne

La Tribune – Ministre de la Justice et connaisseur de nos institutions, garde des Sceaux attentif aux réponses à la délinquance en Nouvelle- Calédonie, Jean-Jacques Urvoas est en visite ministérielle depuis ce jeudi matin. Sans la hotte du père Noël sur son dos, mais sûrement avec quelques messages à faire passer…

Bien connu en Calédonie. – Socialiste mais tempéré de rocardisme ; ministre de la Justice mais pas doctrinaire comme sa prédécesseur, Christiane Taubira ; fin connaisseur d’une Nouvelle-Calédonie qu’il connaît mieux qu’une ministre des Outre-mer confirmée dans ses fonctions mais toujours scotchée rue Oudinot à Paris, Jean-Jacques Urvoas est respecté et apprécié de la classe politique calédonienne. Et des Calédoniens, qui ont pratiqué son verbe ferme et courtois.

Zéro effet d’annonce. – Les effets d’annonce, ils les laissent aux autres. Ainsi à l’issue du dernier Comité des signataires, il a été convenu que l’installation des 53 nouveaux gendarmes et celle de la brigade « interarmes » de lutte contre la délinquance des mineurs revenaient à Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur. Aujourd’hui ses beaux costards ont vue sur les jardins de Matignon : il est donc peu vraisemblable qu’il les mette dans l’avion pour Nouméa, avant la fin du quinquennat de François Hollande. On s’en remettra certainement. La gendarmerie aussi.

À l’origine – Le déplacement de Jean-Jacques Urvoas, au programme longtemps gardé sous le coude au haut-commissariat, est d’une autre nature. Tout commence en fait, quelques jours avant le dernier Comité des signataires : vendredi 4 novembre, Sonia Backes rencontre à Paris le nouveau garde des Sceaux et ancien président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, que le destin calédonien passionne. Cash à son habitude, elle lui dit : « Les Calédoniens n’en peuvent plus de l’insécurité. Ils veulent le retour de l’État de droit, des sanctions sans complaisance pour les délinquants, pour les agresseurs, pour ceux qui volent et brûlent des voitures. Ils veulent que la France traite la Nouvelle-Calédonie comme n’importe quel territoire de la République et fasse respecter l’ordre. Nous avons l’impression d’être lâchés ! »

« Je veux comprendre ! » – Quelques bonds plus tard sur la chaise Empire de son bureau de la place Vendôme, Jean-Jacques Urvoas se fait communiquer les chiffres et concède : « En métropole 8 % des délits sont commis par des mineurs ; chez vous ce sont 30 % des délits ! ». Assez pour motiver un déplacement en Calédonie. Voyage qu’il confirmera le lendemain, lors de la fameuse réunion consacrée à la sécurité publique, au ministère de l’Intérieur qu’occupe alors Bernard Cazeneuve. Devant les signataires et les élus calédoniens, il disait alors « vouloir se pencher sur les réponses judiciaires qu’opposent nos juridictions à la délinquance… ».

Cinq jours pour prendre le pouls. – Son programme local y répond, même s’il a été bricolé en catimini et à la hâte par les services du haut-commissaire, tétanisés à l’idée que certains pourraient avoir l’idée d’y greffer une manif citoyenne. Les magistrats du Palais ont pris connaissance du programme en dernière minute, alors qu’ils bouclaient une session d’assises et l’année judiciaire. Qu’importe, ils ont de quoi répondre au ministre, notamment sur les effectifs : ceux qui sont au planning siègent plus que n’importe où, et ça ne suffit pas… Le bâtonnier a su mardi soir qu’il aurait 15 minutes d’entretien avec Jean-Jacques Urvoas. Les avocats, qui fort utilement ont d’autres sources  de renseignements, s’interrogent encore sur le pourquoi de cette visite ministérielle « en fin de mandat et quasiment dans les arrêts de jeu ».

La délinquance des mineurs. – Après les honneurs militaires et rendez-vous protocolaires (présidents d’institutions) jeudi, Jean-Jacques Urvoas sera accueilli le lendemain (vendredi) au Palais de justice de Nouméa par le Premier président, Thierry Drack et par le procureur général, James Juan, avant de s’entretenir avec le président du TPI, Bruno Marcelin et Alexis Bouroz, le procureur de la République. Deux réunions élargies sont au programme : l’une sur la « politique pénale de la Nouvelle-Calédonie », l’autre plus spécifique aux mineurs. Samedi 17 décembre, le garde des Sceaux visitera le Camp-Est avant de fleurir le cimetière des communards à l’île des Pins.

Le Nord aussi. – Un dimanche off à Kunié plus tard, Jean-Jacques Urvoas sera en province Nord, où il visitera lundi 19 décembre le site du futur centre pour peines de Koné et s’entretiendra avec les magistrats de la section détachée du TPI et les « pilotes » du projet. Retour prévu à Paris dans la foulée, après cinq jours sur place.

Que fait l’État ? – Le ministre veut comprendre la flambée de la violence, s’expliquer les récidives, mesurer les chances de réinsertions ; les magistrats ne veulent pas assister au procès d’un prétendu laxisme, qu’ils mettraient sur le compte du manque des capacités en centres de détentions ; et les robes noires des avocats compteront les points. Le débat promet d’être vif. « Explicatif », dit-on en coulisses. Pas sûr non plus qu’il soit du goût du représentant de l’État en Nouvelle-Calédonie, encore sur une ligne : il se passe quelque chose de particulier, ici ?

Trop tard ? – En charge d’un ministère, où il n’aura que le temps de défaire ses cartons, Jean- Jacques Urvoas ouvre salutairement un débat, que l’on aurait voulu tenir voilà longtemps. Reste que pour l’otage des violences de Saint- Louis, de Païta ou d’ailleurs, le propos semble dépassé par son quotidien. Et l’heure serait plus à la garantie de sa sécurité.

M.Sp. 

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