Ces entrepreneurs qui luttent pour maintenir leur activité

L’activité de nombreux petits entrepreneurs a été mise à mal, voire en danger, par ce troisième confinement. Les gérants essayent de la préserver coûte que coûte en innovant et en comptant sur la reprise, malgré l’absence de visibilité. Témoignages.

 

Isabelle Jollit, gérante de Caledonia Birds

« Une activité de survie »

L’entreprise Caledonia Birds, créée en 2016 par Isabelle Jollit, traverse une période difficile depuis plus d’un an et demi et la fermeture des frontières, début 2020. « 100 % de ma clientèle était étrangère. » L’ornithologue s’adapte et se tourne alors vers les Calédoniens. « C’est une activité de survie qui représente environ 15 % de mon chiffre d’affaires d’avant. »

S’ensuivent les blocages liés à la vente de l’usine du Sud et le deuxième confinement. Le parc de la rivière Bleue reste inaccessible pendant cinq mois. Or, c’est là qu’Isabelle Jollit organise la plupart de ses sorties d’observation d’oiseaux. « Les aides ont permis de maintenir un minimum d’activité pour qu’elle ne meurt pas. »

En avril et mai, la situation est catastrophique, témoigne Isabelle Jollit. Il faut à nouveau se réinventer. « J’ai prospecté de nouveaux circuits, notamment du côté de la forêt de la Thy, derrière Saint-Louis, un endroit magnifique. » La passionnée en profite également pour se former. « Cela a été très dur, mais malgré tout bénéfique. »

Rester optimiste

Le troisième confinement a été précédé, en juillet, d’une baisse des aides de l’État, qui lui permettaient de vivre. « Aujourd’hui, je dépends de mon mari. » Le plus difficile est de ne pas savoir quand elle va pouvoir reprendre. Conséquence, Isabelle Jollit réfléchit à un autre travail. « Je maintiendrai des sorties sur un ou deux week-ends par mois, mais je vais peut-être prendre une activité de bureau. »

Ce troisième confinement va-t-il porter un coup fatal à sa société ? L’ornithologue se montre positive. « Je me dis que c’est une étape et que si Caledonia Birds meurt, peut-être que cela veut dire qu’il y a quelque chose à créer après, que c’est un nouveau départ. » Un optimisme qu’Isabelle Jollit cultive grâce, entre autres, à son mari. « J’ai de la chance qu’il me soutienne. Si j’étais seule, je serais démoralisée. Quand j’ai vu les aides baisser, je me suis dit, ‘mais comment je vais faire ?’ Des fois, j’ai des coups de mou et souvent je me dis qu’il y a d’autres opportunités. » Et si tout n’était pas perdu ? « J’ai quelques demandes pour 2022, peut-être une lueur d’espoir pour rebondir… »

 

 

Christelle Deloche et Michel Pouderou, cogérants de Calédofroid

« Ça donne vraiment un coup au moral »

Christelle Deloche et Michel Pouderou, cogérants de Calédofroid, entreprise de maintenance du chaud et du froid créée en 2011, n’ont, eux non plus, pas vécu ce troisième confinement de la même manière que les précédents.

Lors du premier, en 2020, le couple décide de rester confiné. Il dispose alors d’un peu de trésorerie, ce qui est moins le cas lors du deuxième. Et, Calédofroid ayant embauché une personne en alternance, a davantage de charges. « On a pu maintenir environ 45 % de notre travail. On a eu des aides et, heureusement, l’activité a repris assez vite après. »

Les choses se dégradent plus rapidement au troisième confinement. Au début, le couple n’a tout simplement pas de chantier. « Les particuliers et les restaurateurs ont tout mis en stand-by, le chiffre d’affaires de septembre est ridicule et il y aura des répercussions sur octobre parce qu’on a moins facturé. »

Reconstituer la trésorerie

Le plus dur ? La disparition de la trésorerie, qu’il a fallu six ans pour constituer. « Je pense qu’on va prendre un prêt garanti par l’État et demander à étaler les crédits », raconte Christelle Deloche. Ce mois-ci, la cogérante ne se versera pas de salaire. « On est à notre compte, on n’a pas d’horaires, on n’a pas beaucoup de loisirs, alors là, ça donne vraiment un coup au moral. On pense constamment à l’argent qui sort pour payer les charges et à celui qui rentre, c’est tout le temps présent à l’esprit. »

Le point positif dans cette période compliquée est la présence de la grand-mère, qui a gardé les enfants pendant le confinement, leur permettant de travailler. « Sinon, je ne sais pas comment on aurait fait. »

Quel devenir pour Calédofroid ? Si, pour l’instant, il n’y a pas de raison pour que la société ferme, Christelle Deloche et Michel Pouderou en sont convaincus. Cette fois, les affaires reprendront moins vite. « Il n’y a pas de perspective très dynamique et beaucoup d’incertitudes, alors on essaye de prendre les choses comme elles viennent. »

 

 

Benjamin Marain Dos Reis, gérant du studio Still Dream Records

« Je ne suis pas prêt à lâcher »

Cela fait dix ans que Benjamin Marain Dos Reis vit de la musique. Et pour l’instant, malgré les difficultés et ce nouveau confinement, il ne voit pas les choses autrement.

Pourtant, si l’enregistrement permet de faire fonctionner le studio, c’est bien l’évènementiel qui fait vivre l’ingénieur du son, également organisateur de soirées et DJ.

Or, une fois que l’activité s’arrête, il faut un peu de temps pour qu’elle reparte, environ trois mois après les deux premiers confinements. « Les aides de la province et de l’État, c’est bien, ça paye les charges, ça maintient un semblant de quelque chose, mais ça ne nous fait pas vivre. » Le problème des petites entreprises ? « Elles n’ont pas beaucoup de fonds, donc on a vite des dettes. »

« On ne sait pas où ça va »

Et l’inconnu n’aide pas à envisager l’avenir sereinement. « Avant, on se disait que ça allait revenir à la normale alors que là, on ne sait pas où ça va, tout est incertain. Quand est-ce que les groupes pourront revenir répéter ? Quand va reprendre l’évènementiel ? Les soirées ont été reprogrammées pour l’année prochaine. En attendant, on essaye de survivre. »

Ce qui est sûr, c’est que Benjamin Marain Dos Reis n’est pas prêt à lâcher sa société. « Cela a été un gros investissement personnel, je vais faire des sacrifices pour continuer, je me laisse jusqu’à la fin de l’année pour voir où ça en est. »

Le gérant limite les dépenses au minimum, cherche de nouveaux projets, se sépare d’une partie de son matériel et espère échelonner ses dettes. « Ce studio, c’est un projet de vie. C’est dur en ce moment, mais c’est pareil pour tout le monde et on n’y peut rien, ça permet de relativiser. »

 

 

Anne-Laure Boudard, gérante de Chill Apnea

« Je garde espoir »

Passionnée par le monde aquatique et son observation, Anne-Laure Boudard a voulu en faire son métier. De retour de Métropole où elle a obtenu son brevet d’État, l’apnéiste a monté son école en 2019.

Mais, confrontée à son troisième confinement, la structure souffre. D’autant que la pratique est dépendante d’autres facteurs. « Après le deuxième confinement, l’activité a mis deux mois pour redémarrer et puis il y a eu la saison fraîche, qui est la saison creuse. Normalement, ça reprend bien en septembre, pile au moment du confinement. »

Il y a la météo aussi, avec une deuxième saison chaude sous le signe de La Ninã. « Cela veut dire plus de pluie. Or, je suis soumise au temps qu’il fait et ne sors pas s’il y a de mauvaises conditions. » Les aides lui ont permis de tenir. « Ça limite la casse, c’est mieux que rien. Sans les aides, j’aurai peut-être fermé. »

« Je me suis battue pour cette école »

Pas question, pour Anne-Laure Boudard, d’abonner. Certes, elle y a déjà pensé, mais elle s’est accrochée, grâce notamment au soutien de son compagnon et de sa sœur. « Je me suis battue pour pouvoir me former et monter mon entreprise, c’est un investissement de temps et d’argent, ce serait vraiment dommage de laisser tomber, d’autant que je suis la seule à proposer de l’initiation à l’apnée à la journée. »

Anne-Laure Boudard tient Chill Apnea avec sa volonté et sa persévérance. Pour elle aussi, la suite est floue. Quand et dans quelles conditions pourra-t- elle recommencer à plonger ? « Je n’ai pas de visibilité, alors je fais au jour le jour. Je souhaite que ça continue même si on ne peut rien prévoir. On cherche des trucs et astuces pour pouvoir faire survivre notre activité. Je garde espoir et je croise les doigts. »

 

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P.)

 

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