Alors que le vinyle est à la mode depuis quelques années en Europe, la Nouvelle-Calédonie compte de plus en plus de passionnés. Des boutiques ont vu le jour à Nouméa, et vendent quelques disques neufs et d’occasion.
Dans son groupe d’amis, passionnés tout comme lui de vinyles, Vincent est surnommé « le renard ». Car il « aime fouiller ». Au sein de cette petite bande de six, chacun a son pseudo. « Il y en a un que l’on surnomme notre « dealer », car c’est lui qui nous en vend », raconte le quinquagénaire.
Ils se réunissent « quatre à cinq fois par an » pour discuter, échanger des disques et présenter leurs derniers achats. Une soirée chaleureuse, organisée le plus souvent autour d’une côte de bœuf. « C’est notre rituel. » Vincent a commencé sa collection lorsqu’il était adolescent, dans les années 1990, période durant laquelle « les gens se débarrassaient de leurs vinyles, au profit des CD ». Aujourd’hui, il en possède 3 000. Mais, précise-t-il, « Ce n’est pas beaucoup, certains en Calédonie en possèdent plus de 10 000 ».
Avant la période des émeutes, il s’approvisionnait régulièrement à la boutique Black Evil Records, située dans le concept store « Au 72 » et tenue par Erick Antoine, lui aussi mordu de vinyles . Malheureusement, ce dernier a dû cesser son activité en 2024.
Dans la foulée, une petite boutique a vu le jour dans le quartier de Sainte-Marie, « Pages & Groove Café ». À sa tête, Gaël Scour, lui-même collectionneur de disques. Celui-ci s’est lancé dans l’aventure à la suite des émeutes, en rachetant quelques exemplaires auprès de « gros collectionneurs » du territoire. Aujourd’hui, il en importe également de Métropole et des États-Unis.

« ÇA A EXPLOSÉ »
S’il avait quelques appréhensions au départ, les clients ne se sont pas fait attendre. « Dès que j’ai ouvert, je me suis rendu compte qu’il y avait une vraie demande, voire une attente », souligne Gaël. Selon lui, la tendance s’est implantée sur le territoire quelques années après son retour en Europe, entre « 2015 et 2018 ». « J’ai commencé ma collection il y a une quinzaine d’années, en Métropole. À l’époque, on pouvait trouver quelques vinyles neufs dans les Fnac, mais ça restait une petite niche. Alors qu’aujourd’hui, c’est la plus grosse partie de leurs ventes. Ces cinq dernières années, ça a explosé, et la Calédonie a suivi ».
Il l’observe au sein de sa boutique, le microsillon ne plaît pas uniquement aux personnes ayant connu l’époque des platines : « J’ai des clients de 14-15 ans, et certains de 75 ans. »
Certains adolescents viennent « une fois par mois, avec leur argent de poche, s’acheter un vinyle. Ils peuvent prendre des pièces pop, comme Taylor Swift, mais aussi des classiques, comme Les Beatles ou AC/DC ».

Gérant du magasin Twenty, à l’Anse-Vata, Stephen Deplanque a commencé à en vendre en décembre 2024, à son retour de Tokyo, où il a passé deux ans. Là-bas, « les vinyles n’ont jamais cessé d’être vendus, depuis les années 1980. Il y a des disquaires partout ».
Constatant l’« énorme » décalage avec Nouméa, il décide alors d’aménager un petit coin dans sa boutique dédié aux disques neufs commandés sur internet. « Ma démarche n’était pas commerciale. Au départ, je l’ai fait simplement parce que je ne pouvais plus acheter de vinyles, et que je connaissais quelques personnes autour de moi qui aimaient ça aussi. Je me suis dit : pourquoi pas, et si ça ne marche pas, je les garderai pour moi. »
C’était sans compter le bouche-à-oreille, qui a rapidement fait son travail, et permis au commerçant d’étoffer son offre, en suivant les demandes de ses clients.
Bien que le nombre de points de vente soit restreint, avec uniquement deux boutiques, en Nouvelle-Calédonie, le vinyle a un « bel avenir devant lui », estime Gaël.
Nikita Hoffmann
À l’origine de la tendance
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce retour à la mode du vinyle. D’abord par nostalgie, pour ceux ayant connu les années 1950 – 1980. Le CD étant lui aussi révolu, « il y a aussi un manque du support physique », estime Gaël Scour.
Puis par esthétisme. Certains aiment les voir trôner dans leur salon, comme des objets de décoration, sans nécessairement les faire tourner sur une platine.
Alors que le vintage revient à la mode, le vinyle est également pour les plus jeunes un élément supplémentaire pour se rapprocher de l’expérience des générations précédentes.
Certains artistes mondialement connus ont d’ailleurs fait le choix de revenir aux vinyles, car c’est un marché bien plus lucratif que les plateformes d’écoute telles que Spotify. Une stratégie qu’a adoptée la chanteuse Taylor Swift, actuellement numéro un au monde, en termes de vente de disques microsillons. « Elle est une des raisons pour laquelle la tendance des vinyles est revenue. À elle seule, elle a contribué à leur résurgence. Beaucoup d’artistes l’ont suivie par la suite », explique Stephen Deplanque.
Le Japon, champion du vinyle
En Nouvelle-Calédonie comme ailleurs, les vinyles japonais sont particulièrement recherchés. En premier lieu parce que leur qualité sonore est réputée comme étant la meilleure au monde. « Dans le milieu des années 1970, le Japon dominait le monde en ce qui concernait l’ingénierie sonore. Ça s’est vu dans la création des vinyles. Ils étaient pressés avec une grande précision. En parallèle, ils accordent un soin particulier à leurs objets […] J’ai des vinyles des années 1970 provenant du Japon qui sont quasi-neufs », souligne Stephen Deplanque.
Un effort est également réalisé sur les pochettes. Par conséquent, en Nouvelle-Calédonie, beaucoup de collectionneurs préfèrent commander des vinyles plutôt au Japon qu’en Europe. « Non seulement parce que le prix est moindre, mais aussi parce qu’on est sûr d’avoir une pièce de qualité à l’arrivée », explique l’un d’eux.

