Ces armes que l’on ne saurait voir

Du 25 novembre au 2 décembre, les Calédoniens, que l’on sait très équipés, pouvaient se débarrasser d’armes et de munitions non déclarées (ou les enregistrer) dans une procédure rapide et sans poursuite. L’opération de l’État a fonctionné, mais bien moins qu’en Métropole.

Environ 150 000 armes, 4 millions de munitions et de projectiles rétrocédés, 50 000 armes déclarées dans le système d’information nationale sur les armes (SIA). L’opération du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer a fait un carton à l’échelle de la nation. Une collecte inédite qui prouve que les Français étaient décidément très armés.

Elle leur a offert une planche de salut pour sortir de la clandestinité, éviter les poursuites administratives ou judiciaires et des drames, puisque cet arsenal a vocation à être détruit, à part quelques pièces de collection qui viendront garnir les musées.

Loin des 2 400 armes et 55 000 munitions récupé- rées dans le Bas-Rhin ou les 1 200 armes et 40 000 munitions dans la Somme, la Nouvelle-Calédonie fait figure de bleu. Les services de la Police nationale et de la gendarmerie ont récolté dans le cadre de cette même opération 40 armes et 17 500 munitions. Aucun enregistrement en revanche n’a été effectué.

VIEILLES ARMES DE CHASSE

Parmi les dépositaires locaux, principalement à Nouméa, « on a vu beaucoup de gens remettre des armes de leurs parents décédés, en particulier des femmes pour qui elles constituaient un encombrement, note Julien Pailhère, directeur de cabinet du haut-commissaire. Parce que c’est un risque de les conserver à la maison : il n’est pas exclu qu’un enfant ou qu’un tiers puisse s’en emparer, dans le cadre d’un cambriolage par exemple ».

Figurent, dans cette collecte un peu spéciale, principalement des armes de poing et de chasse. Point de « pétoire » comme en Métropole (datant pour certaines des années 1800), « plutôt des armes de chasseurs de l’ancienne génération », selon le directeur de cabinet.

Point non plus d’obus ou de grenades qui ont donné quelques frayeurs, notamment à Quimper (ces « objets dangereux » ont vocation ici à être détruits par le Nedex).

Par ailleurs, 16 000 munitions, c’est-à-dire la quasi-totalité, arrivent principalement d’un stock unique, également situé dans la capitale (nous n’en saurons pas plus puisque l’opération est « anonyme »).

L’État recense enfin trois déplacements à domicile proposés pour les personnes ne pouvant se déplacer. Et des appels continuaient à affluer en début de semaine avec une tolérance de quelques jours.

Tous les objets seront détruits selon la procédure habituelle, après prises de photo et saisie dans un fichier. « Dès lors qu’on atteint une masse critique d’armes détenues, on fait le ménage dans nos placards ou enceintes », précise Julien Pailhère.

Un poids retiré puisque « chaque arme neutralisée est un risque en moins dans un foyer ou sur la voie publique ».

Chaque arme neutralisée est un risque en moins dans un foyer ou sur la voie publique.

PLUS ARMÉS QU’EN CORSE

Le résultat de la collecte évidemment n’est pas à l’image des réserves des Calédoniens qui n’ont rien de petits joueurs en la matière.

« Il y en a bien entendu plus que celles qui nous ont été restituées. Ces gens-là n’en voulaient pas et n’étaient pas très à l’aise avec la façon dont il fallait procéder habituellement. Après, d’autres personnes détiennent des armes illégalement et on devine qu’ils ne souhaitent pas les restituer », commente le responsable.

En Nouvelle-Calédonie, on recense 64 000 armes de catégorie B et C, c’est-à-dire de chasse et de tir sportif, détenues légalement. Et les services de l’État pensent qu’il y aurait au total 100 000 en circulation.

« La Nouvelle-Calédonie est un territoire très armé, derrière la Corse si on reste sur les chiffres légaux », nous dit le directeur de cabinet. « Cela représente une arme pour quatre Calédoniens, mais puisqu’on recense en moyenne deux armes par détenteur, un Calédonien sur huit détiendrait une arme à son domicile. »

L’opération pourra être reconduite, a fait savoir le ministère. Espérons qu’elle prenne davantage localement.

Chloé Maingourd 

« Une mesure très pertinente » selon le procureur

La possession d’armes est encadrée. Elles doivent être déclarées et conservées dans les conditions réglementaires de sécurité (armoire forte ou coffre-fort, fusil démonté, etc.) Les détenteurs peuvent régulariser leur situation en s’enregistrant dans le SIA (système d’information sur les armes).

L’acquisition ou la détention illicite d’une arme de catégorie C fait encourir la peine de deux ans d’emprisonnement et une amende de 3,5 millions de francs, qui passe à 5 ans de prison et 9 millions pour une arme de catégorie B.

En 2022, la justice fait état de cinq opérations de destruction d’armes confisquées représentant un volume de 1 150 armes. Selon le procureur de la République, Yves Dupas, le nombre d’interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation
a été multiplié par quatre ces deux dernières années.

Dans le cas des faits de violences intrafamiliales, la politique du parquet prévoit désormais une perquisition systématique au domicile du mis en cause pour rechercher et saisir des armes. Trois homicides conjugaux ont été commis en 2021 et 2022 par arme à feu.

Pour Yves Dupas, le dispositif d’abandon au profit de l’État constitue « une mesure très pertinente visant en fait à prendre en compte la volonté du détenteur irrégulier de l’arme de se conformer à la loi ».

 

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