Cérom : l’économie calédonienne doit être réformée

L’AFD, l’IEOM et l’Isee ont présenté, le 12 novembre, le résultat de leur étude conjoncturelle Cérom pour la Nouvelle-Calédonie. Si le territoire a été épargné par la Covid-19, son économie souffre cependant de son isolement, sans compter un modèle économique malade.

Les experts de l’AFD, de l’IEOM et de l’Isee ont présenté les Comptes économiques rapides pour l’outre-mer (Cérom), le 12 novembre. Un travail qui permet de prendre du recul sur la situation économique calédonienne dans le contexte de la crise sanitaire mondiale liée à la Covid-19. Bien qu’elle ait épargné les Calédoniens grâce à la fermeture des frontières, l’économie du pays reste fortement impactée. La facture sera même plutôt lourde puisque les économistes prévoient une baisse du produit intérieur brut (PIB) entre 5,6 % et 6,7 %.

L’étude relève que l’indicateur du climat des affaires (ICA), qui mesure la confiance des chefs d’entreprise, a enregistré une chute de 17 points, le plaçant à son plus bas niveau historique. Les experts constatent une légère reprise à l’issue du confinement, due en grande partie aux dispositifs qui ont permis de limiter la casse comme le chômage partiel, le report des charges ou encore du prêt garanti par l’État (PGE). Selon les représentants des institutions économiques, la Nouvelle-Calédonie s’en sort peut-être un peu mieux qu’ailleurs, en raison notamment de la courte durée de son confinement, mais aussi du fait que le secteur du nickel a peu pâti de la crise et du faible poids du tourisme.

De fortes incertitudes

Les experts se sont penchés sur la consommation qui représente environ deux tiers du PIB calédonien et constitue le principal moteur de croissance, un sujet pourtant peu traité par le plan de relance du gouvernement. Après avoir épargné pendant le confinement, les ménages ont légèrement augmenté leur consommation qui a, en particulier, profité à la grande distribution, au secteur automobile, à la rénovation des logements et aux distributeurs de biens d’équipement des foyers. Comme le souligne l’étude, cette reprise, qui n’a pas effacé la thésaurisation du confinement, demeure fragile. La précarisation des emplois de ces derniers mois semble se renforcer (les principales victimes sont les personnes travaillant en intérim et les CDD non renouvelés), le chômage connaît une forte progression depuis le mois de mars dans un contexte de hausse importante des prix de l’alimentaire, de l’ordre de 3 % sur l’année. En parallèle, les collectivités ont, pour la plupart, annoncé des coupes dans les effectifs.

Les fortes incertitudes liées à l’avenir sont autant de pressions sur le niveau de consommation qui pourrait se transformer en épargne de précaution. Comme l’ont indiqué les trois organismes, l’avenir institutionnel n’est pas de nature à rassurer, de même que la crise sanitaire internationale, qui complique les approvisionnements des entreprises. Le nickel est également un élément d’incertitude. Il y a bien évidemment la question de Vale-NC dont les salariés risquent, à très court terme, le chômage technique en raison du blocage de l’approvisionnement en minerai. S’il devait durer, l’usine pourrait s’arrêter rapidement, comme l’ont souligné les élus du comité d’entreprise dans un communiqué diffusé le 16 novembre. Bien que le cours du nickel soit actuellement relativement élevé, les analystes restent très prudents, surtout en fonction de l’évolution de la crise sanitaire.

Du côté des entreprises, la situation n’est pas franchement différente. Certes, le moral des patrons s’est légèrement amélioré, mais les perspectives d’investissement ne sont pas bonnes. Près des deux tiers anticipent une baisse de chiffre d’affaires et au moins un quart des chefs d’entreprise prévoient une baisse de plus de 25 %. Les chiffres de l’IEOM montrent aussi une chute importante des crédits et des signes de fragilité. Si les entreprises ont relativement bien tenu le coup jusqu’à présent, elles ne sont pas au bout des difficultés. Les reports de charges ne sont que des reports qu’il faudra payer. De la même façon, les PGE devront être remboursés, sans compter les difficultés d’approvisionnement ou le renchérissement des coûts d’approvisionnement lié à la Covid-19. Les mois à venir seront déterminants.

Les comptes publics dans le rouge

Le secteur public est peut-être celui qui va se retrouver dans la pire des situations. Les recettes devraient être fortement touchées, en termes de TGC (taxe générale sur la consommation), mais également d’impôts sur les sociétés, les personnes… En clair, les impôts et taxes devraient être nettement en dessous des niveaux attendus. Si l’on ne sait pas encore quelle sera l’ampleur des dégâts, la consigne a été passée à l’ensemble des institutions et des directions de réduire les budgets d’environ 30 %. La construction d’un budget pour l’année 2021 devrait être un véritable casse-tête. Mais ce sont plusieurs exercices budgétaires qui seront contraints, surtout si le gouvernement parvient à décrocher un nouveau prêt AFD, compris entre 20 et 30 milliards, pour financer la restructuration des dettes de la Cafat.

D’ici 2022, ces prêts devraient plomber les capacités d’investissement de l’institution, sans compter que 2022 sera l’année de la troisième et dernière consultation sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Dans ce contexte, les experts envisagent plusieurs scénarios et tout d’abord un retour à la situation d’avant Covid, soit « une croissance molle hétérogène, inégalitaire, avec une forte dépendance au nickel ou même une fragilisation selon la réussite des plans de reprise et de sauvetage des industries métallurgiques ». Néanmoins, si les frontières devaient rester fermées à plus long terme et au cas où les mesures de relance se révélaient un échec et où les réformes n’étaient pas conduites, la situation se dégraderait considérablement : crise des finances publiques et sociales, défauts de paiement en série, hausse des prix, licenciements et tensions sociales. Le dernier scénario est le plus souhaitable. Il prévoit une sortie par le haut avec une évolution du modèle vers une économie plus diversifiée et équilibrée reposant sur des activités soutenables et inclusives.


L’AFD prête 50 millions

Une convention devrait être passée entre le gouvernement et l’Agence française de développement afin que le territoire puisse bénéficier d’une aide visant à financer la maîtrise d’ouvrage pour le déploiement de la réforme de son système de protection sociale. De l’ordre de 60 millions de francs, le dispositif s’inscrit dans le cadre du Fonds 5.0 du ministère des Outre-mer et répond, d’une certaine manière, aux engagements pris par le président du gouvernement, en contrepartie du prêt consenti par l’État, pour assurer la gestion de la crise sanitaire. L’idée est de trouver un expert en mesure d’accompagner le gouvernement dans la réforme du système de santé.

La venue de ce spécialiste s’articulera autour de quatre objectifs opérationnels. Le premier sera de déterminer l’enveloppe annuelle de financement du système de santé avec la fixation des dépenses de prévention et un objectif d’évolution. Le deuxième consistera à mettre en place une gouvernance coordonnée de l’offre de prévention et de l’offre de soins avec la création d’une autorité de régulation indépendante ainsi qu’une refonte des missions et de la gouvernance de la Cafat et de l’Agence sanitaire et sociale. Le troisième objectif sera de créer un Observatoire de la santé des Calédoniens et d’évaluation. La quatrième et dernière mission consistera à définir un système de régulation pour assurer les objectifs d’évolution des dépenses, autrement dit, le système de tarification qui sera mis en œuvre par l’agence de régulation. La mission est prévue pour deux ans et devrait donc s’achever aux environs de mars 2023.

M.D.

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