Depuis un an et demi, Céline Samson s’est lancée à temps partiel dans la socio-coiffure. Entre ses mains, certains publics fragilisés – malades, sans-abris, en situation de handicap ou pensionnaires de maison de retraite – retrouvent confiance et estime en eux.
Sur ses cheveux coupés à la garçonne, Céline Samson se plaît parfois, dans le cadre de son travail, à nouer une Franjyne, une prothèse capillaire partielle, accompagnée de son turban. Une alternative à la perruque que la socio-coiffeuse propose essentiellement à des patientes sous chimiothérapie.
Peu répandu, le métier de socio-coiffeuse englobe une « dimension davantage médico-sociale » que celui de coiffeuse classique, explique Céline. « C’est de la coiffure adaptée à des publics spécifiques : je peux aussi intervenir auprès de personnes à mobilité réduite, en réinsertion professionnelle ou aux côtés de personnes résidant en maison de retraite. »
Autrefois éducatrice spécialisée dans le domaine du handicap, elle s’est tournée, il y a un an et demi, vers cette nouvelle profession qui allie à la fois le relationnel, le soin à la personne et son désir de « travailler avec les mains ». « Je me suis dit que je pouvais coupler les deux. Cela pe permettait de créer une petite passerelle entre ce que je faisais avant et la coiffure, souligne t-elle. Comme c’était le cas dans mon travail d’éducatrice, je peux également travailler sur l’appropriation de l’image de soi, la revalorisation de soi… Toute cette quête de l’ordre identitaire ».
DIFFÉRENTES PERSONNES CONCERNÉES
Après trois ans de formation en coiffure, puis un brevet professionnel, elle décide aussitôt de travailler à son compte. La formation de socio-coiffeuse n’existant pas en Nouvelle-Calédonie, elle a néanmoins pu compter sur ses acquis d’éducatrice spécialisée. « Il y a pas mal de modules qui sont en redondance avec ce que j’ai pu faire dans mon ancien métier », décrit-elle.
Aujourd’hui salariée à mi-temps dans un salon de coiffure, elle intervient en parallèle au sein de plusieurs établissements, comme à la clinique Kuindo-Magnin, au sein de l’association Accueil (Macadam), qui accueille les sans-abris, ainsi que dans deux Éhpad. Elle se rend également à domicile, notamment auprès de personnes à mobilité réduite.
Quel que soit le lieu où elle pose sa mallette, sa présence est comme une « petite bulle d’oxygène » qui redonne vie aux cheveux et du baume au cœur. « Quelquefois, il n’est même pas nécessaire d’alimenter la conversation, c’est simplement un contact physique. Pour une personne sans-abri, par exemple, se faire toucher le visage, c’est déjà beaucoup, car lorsqu’on est dans la rue, il y a peu de personnes qui vous touchent, décrit-elle. Pour les personnes âgées, c’est davantage un rituel. Il y en a certaines chez qui je vais chaque semaine ou chaque mois. Il y a ce besoin d’avoir un rendez-vous qui apaise, et aussi, de pouvoir se sentir belle à 90 ans, par exemple ».
RÉAPPROPRIATION DE L’IMAGE DE SOI
Grâce à son métier, Céline rencontre aussi des femmes atteintes d’un cancer et soignées par de la chimiothérapie. Elle propose de les accompagner tout au long du processus, aussi bien pendant le traitement, en apportant des soins de support adaptés au cuir chevelu fragilisé, qu’après, lors de la repousse. Une période qui n’est « pas évidente », souligne la socio-coiffeuse. « Le cheveu peut repousser avec une texture différente. Il est souvent affiné, car la chimio abîme les bulbes. On peut également avoir des cheveux grisonnants, que l’on n’avait pas avant… Il y a pleins de petites choses comme cela qu’il faut se réapproprier. Je pense que si on n’explique pas, si on n’accompagne pas, la personne ne peut pas se préparer à tout cela. »
Son travail implique aussi de l’écoute et des conseils, « il y a des confidences qui sont faites, des moments difficiles, parfois des larmes ». Dans ce long combat contre la maladie, les Franjynes, une marque créée par la Niçoise Julie Meunier, elle-même atteinte d’un cancer, peuvent être un outil précieux afin de se réapproprier son image, ainsi que la confiance en soi. « La maladie vole beaucoup de choses, notamment une partie de l’identité. Lorsqu’on n’a plus de cheveux, on ne se retrouve plus, explique Céline. Mais d’un autre côté, il y a plein de choses que l’on peut encore choisir pour soi, sur lesquelles on peut encore être actrice ou acteur. »
Nikita Hoffmann

