Céline Kaltenmark, l’offshore comme nouveau défi

Céline Kaltenmark, à gauche, s’est toujours donné les moyens de parvenir à ses ambitions : naviguer et progresser, tout en nouant des liens profonds. « Je ne connais pas d’autres activités qui permettent des contacts humains aussi intenses et rapides que la voile ». ©DR

Ancienne coéquipière sur Eye Candy puis Défi des filles, Céline Kaltenmark a rejoint, en début d’année, l’équipage de Serendipity skippé par Ludovic Puschiasis, pour participer à des courses offshore, comme la Corail 600. Arrivée sur le tard dans la voile, elle en fait le fil conducteur de son existence.

Marins et montagnards partagent un même goût de l’aventure, du dépassement de soi et des milieux exigeants, guidés par la météo… Il y a peut-être de cela dans la personnalité de Céline Kaltenmark, membre du Cercle nautique calédonien, l’une des huit coéquipiers du Serendipity engagés dans la Corail 600.

Née à Tassin-la-Demi-Lune, à côté de Lyon, de parents passionnés de montagne, formée à l’architecture à Grenoble, Céline Kalten- mark découvre la voile à 19 ans dans les calanques de Cassis. « Je ne savais même pas qu’on pouvait rentrer dans la coque d’un bateau, qu’il y avait des couchettes ». La révélation est immédiate. « Je voulais absolument apprendre à naviguer. »

NE RIEN LÂCHER

Chaque été, elle se forme en Bretagne jusqu’à devenir monitrice. Elle se demande si elle ne devrait pas en faire son métier. « J’ai retenu ce que m’avait dit mon père : quand c’est ton métier, tu ne le vis pas de la même manière. » La voile restera uniquement un plaisir.

La Nouvelle-Calédonie ne lui est pas étrangère. Elle a vécu à Lifou, enfant. Puis alors qu’elle est architecte à Genève, en Suisse, sa sœur installée ici l’encourage à tenter l’aventure. « Tu pourras faire de la voile tout le temps ». Elle ne repartira plus. « Il y a un terrain de jeu magnifique. On ne se rend pas vraiment compte quand on n’est pas marin, mais c’est magique ». Elle finit par acquérir un voilier sur lequel elle vit. « Ça a toujours été mon rêve, mais j’avais les pétoches. Entre faire du bateau et avoir un bateau, il y a un monde ! »

Juste après avoir lancé son entreprise d’architecture, Polychrome Architecture, début 2024, une immense déception : elle est contrainte d’arrêter l’activité en raison la crise. « J’avais bossé comme une folle pour monter cette boîte, j’avais investi et j’avais des projets pour équiper mon bateau. » Après un passage à vide, elle se relève en se réorientant vers l’administratif et en créant Polychrome, sa marque de bijoux en résine. Une activité « thérapeutique », pour cette manuelle. « J’avais besoin de fleurs, de paillettes, de choses positives ! » Son objectif reste intact : équiper son bateau pour rejoindre la Nouvelle-Zélande.

Techniquement, la navigatrice se dit plus à l’aise en numéro un à l’avant, mais peut occuper tous les postes. Photo ©DR

LES FILLES ONT LEUR PLACE À BORD

Quelles que soient les épreuves, Céline Kaltenmark n’a jamais cessé de naviguer. « Il n’y a pas un week-end où je ne suis pas en mer. » Elle cumule les régates, les traversées et convoyages en Australie et en Nouvelle-Zélande. Invitée chaque année à la Hamilton Island Race Week par des amis australiens, elle découvre une autre dimension : « Des courses à 200 bateaux avec une émulation incroyable. »

Elle participe aussi à quatre Groupama Race, plus difficiles. « On a eu des éditions plus agréables que d’autres. Le plus dur en mer, c’est quand tu as beaucoup de vent et que ton bateau ne fait que taper, tu es trempé, tu as froid, tu as du mal à t’alimenter durant des heures et des heures et ça ne s’arrête pas. Ou alors quand tu n’avances pas. » Le doute peut survenir, « il y a toujours des moments où tu dis mais qu’est-ce que je fais là ? »

Elle se souvient d’un choc très violent avec Eye Candy. « On était sous voile et on a touché le fond dans le grand passage, au nord de la Grande Terre. C’était mal hydrographié. On a tous été projetés vers l’avant. » Elle en retire une vigilance de tous les instants. Mais les bons moments « compensent 1 000 fois cela », les « performances en équipes sont grisantes », tout comme le lien direct avec la nature et les éléments.

Début 2026, elle rencontre Ludovic Puschiasis, le temps d’une navigation vers la Nouvelle-Zélande, et rejoint l’équipage de son navire, Serendipity, pour faire des courses offshore. « Il est adorable et un skipper donne le ton de l’équipage ». Le sien est mixte : « Cela m’a plu que le genre ne soit pas un sujet. Parce que nous, les femmes, on a notre place à bord ». Un bon marin, appuie-t-elle, doit allier technique et capacités humaines.« Il faut du self-control, de la bienveillance à bord. »

La Corail 600 exige une liste rigoureuse d’équipements de sécurité, des feux de détresse aux voiles de tempête. Les investissements sont importants. « Parfois, je me dis que si j’avais été passionnée de trail, ce serait quand même beaucoup plus simple. » La navigatrice s’est aussi préparée physiquement. Elle nage tous les jours depuis un mois, soigne son alimentation, limite l’alcool. La voile reste un sport exigeant. « On est toujours en équilibre, instable, il faut wincher très vite, régler la grand-voile en permanence, porter lourd… »

À l’approche de la course, Céline Kaltenmark est « surexcitée », malgré l’appréhension liée à la météo. « Pour l’instant, les prévisions sont sur du vent très fort, donc ça va être sportif. » Elle vise « l’aventure. On va tout donner et je pense que ça va être une super expérience humaine ».

Chloé Maingourd