’’Bulle trans-Tasman’’: « La santé des populations reste la priorité » selon Alison Carrington

Si les pays de la région ont moins subi les foudres du coronavirus que d’autres, la crise sanitaire les affecte grandement, notamment sur le plan économique. Et alors que beaucoup comptent sur la reprise des échanges régionaux, le contexte actuel place en attente la mise en œuvre de la « bulle trans-Tasman ». L’Australie tient, en revanche, à assurer qu’elle est et restera présente pour épauler ses voisins. Entretien sur cette situation inédite avec la consule générale d’Australie, Alison Carrington.

DNC : En cette période de crise sanitaire, en quoi consistent précisément les échanges entre la Nouvelle-Calédonie et l’Australie ?

Alison Carrington : C’est évidemment devenu beaucoup plus difficile d’avoir des échanges physiques, réels, entre les personnes en raison des impacts de la crise, principalement la fermeture des frontières. Mais les échanges entre la Nouvelle-Calédonie et l’Australie continuent. Au début de la crise sanitaire, nous avons eu à traiter rapidement le rapatriement de nos ressortissants, sujet sur lequel nous avons travaillé étroitement, quotidiennement, avec les autorités locales. Et il y a toujours des cas de personnes qui ont besoin de se rendre en Australie pour des raisons particulières et nous facilitons ce travail. Il a fallu également assurer la continuité des évasans vers l’Australie, principalement à Sydney. Nous avons fait le lien entre les autorités, la Cafat et les acteurs australiens pour faciliter la continuation de cette organisation. Le processus est en place et désormais, le contact se fait directement. Mais en cas d’obstacles, nous répondons présent. Je suis très heureuse de pouvoir aider parce qu’évidemment, c’est un sujet très important pour les Calédoniens.

Maintenant, d’habitude au consulat, nous organisons des visites, nous recevons des invités et cela évidemment est rendu impossible. Mais comme tout le monde, nous devons faire preuve de créativité. La semaine dernière, la ministre des Affaires étrangères, Marise Payne, a ainsi organisé une réunion virtuelle avec les femmes leaders de la région pour parler des impacts de la Covid-19 sur les femmes et les filles et, bien sûr, la Nouvelle- Calédonie a participé à cette réunion.

Pouvez-vous nous faire un point sur l’état de la situation sanitaire en Australie ?

La situation est bonne dans certains États. Mais l’épidémie, comme vous le savez, est repartie dans le Victoria. Nous avons eu une forte augmentation des cas ces dernières semaines. Il y a actuellement au niveau national 7 556 cas actifs et la plupart sont dans le Victoria. Dans les dernières 24 heures, il y a eu 222 nouveaux cas dans cet État et malheureusement 17 morts, ce qui fait un total général de 438 morts depuis le début de la crise. Le taux de croissance des infections a ralenti un peu ces derniers jours même si le nombre de nouveaux cas par jour reste relativement haut. Un confinement strict a été réinstauré à Melbourne et dans ses environs pour espérer contenir cette évolution. Il y a aussi quelques clusters dans le New South Wales (neuf cas par jour en moyenne) (NDLR : 261 cas actifs). Et deux États sont exempts de coronavirus : le Territoire de la capitale australienne et le Territoire du Nord. (NDLR : le Queensland compte neuf cas actifs, l’Australie du Sud sept, la Tasmanie un et l’Australie de l’Ouest cinq).

Est-ce que les frontières entre les États sont fermées ?

Pas toutes. Mais le New South Wales a fermé sa frontière avec le Victoria et le Queensland a fermé son accès aux gens du Victoria et du New South Wales. L’aérien ne fonctionne pas normalement, même s’il y a encore des liaisons. Il y a très peu de gens qui circulent actuellement en Australie et c’est d’ailleurs très peu encouragé par les autorités locales.

Quel est l’ampleur la crise économique ?

Le Premier ministre (NDLR : Scott Morrison) a dit il y a plusieurs semaines que l’Australie était entrée dans une période de récession. Quelques chiffres ont été donnés par le ministre des Finances (NDLR : Josh Frydenberg) avant la deuxième vague dans le Victoria. Il était estimé que le PIB allait chuter de 3,75 % en 2020 et croître de 2,5 % en 2021. Le chômage devait atteindre 9,25 % au dernier trimestre. Mais les impacts économiques sont toujours en train d’être examinés. Le gouvernement fédéral a mis en œuvre un programme similaire au chômage partiel pour soutenir les petites entreprises, les emplois et ce programme a été prolongé pour les secteurs les plus impactés. Comme ailleurs, ces secteurs sont l’aérien, le tourisme, l’export de services et, chez nous en particulier, l’éducation avec les étudiants internationaux. Depuis le début de la crise, on n’a pas pu accueillir ces étudiants et cela a un impact énorme sur les universités. Pour cette raison, le gouvernement fédéral est en train de monter un programme pilote pour voir s’il est possible d’accueillir de petits groupes à l’avenir. Des universités s’appuient aussi davantage sur les cursus en ligne. Cette crise nous pousse à être créatifs. Les Australiens sont pragmatiques, optimistes et je pense que nous traverserons cette crise.

Quel appui apportez-vous aux pays et territoires de la région ?

On se concentre, bien sûr, sur ce qui se passe en Australie, mais nous sommes tout à fait conscients qu’il y a des impacts profonds chez nos voisins sur le plan sanitaire, social et économique. On m’a, à plusieurs reprises, demandé si, dans ce contexte, l’Australie allait supprimer ses engagements dans la région. C’est en fait l’inverse. Nous sommes toujours présents, cela fait partie de notre approche, de notre politique renforcée envers nos voisins. Fin mai, Maryse Payne a lancé une nouvelle stratégie de coopération pour la reprise. Il s’agit précisément de s’attaquer aux impacts de la Covid-19 dans la région. Cela se matérialise par des aides financières, la venue d’experts sanitaires, d’aide médicale ou de matériel, la mise en œuvre d’un couloir humanitaire. Et nous sommes en discussion pour prévoir les impacts à plus long terme. Le fait d’être coupé du monde pour ces petites îles peut mener à des dégâts très importants.

Justement une partie de l’économie nos territoires repose sur le tourisme notamment en provenance d’Australie. Où en sont les discussions sur la « bulle trans-Tasman » ?

C’est effectivement un sujet d’actualité. Le gouvernement australien est en train d’examiner quand et comment les frontières pourront rouvrir. Et le travail sur la « bulle » entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande fait partie de cette réflexion. Pour garantir la sécurité des gens qui vont pouvoir en bénéficier, il s’agit d’établir des protocoles sanitaires pour, par exemple, séparer ceux voyageant au sein de la « bulle » et les autres dans les aéroports.

Mais il faut prendre en compte qu’étant donné la situation actuelle en Australie et en Nouvelle-Zélande, c’est peu probable qu’on soit en mesure de répondre aux conditions nécessaires pour l’établissement de cette « bulle » prochainement. Comme les deux Premiers ministres l’ont dit, c’est bien leur intention, mais la sécurité, la santé des populations restent la priorité. On ne peut pas prendre le risque de perdre tout ce que nous avons accompli depuis le début de la crise. De plus, on ne veut pas prendre le risque que le virus se propage dans les pays où il n’existe pas. C’est donc une période d’attente. Comme vous le savez, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a exprimé sa volonté d’intégrer cette « bulle » et je dirais qu’au bon moment, on pourra entrer en discussion. Mais nous n’en sommes pas là pour le moment. Et je pense que tout le monde le comprend.

Ne serait-il pas possible d’envisager d’ouvrir simplement une liaison avec un État épargné et proche, comme le Queensland ?

Pour le moment, le gouvernement australien regarde cette initiative plutôt au niveau national. C’est pourquoi c’est une discussion entre le gouvernement australien et le gouvernement néo-zélandais.

C.M.

©C.M.DNC / Getty Images 

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