Appuyé sur un gros soutien financier de l’État, le budget de la Nouvelle-Calédonie pour l’année 2026 tente à la fois de colmater les déficits de systèmes publics essentiels tout en favorisant une reprise de l’activité économique. En d’autres termes, éviter l’effondrement.
- 155,7
Le montant total du budget primitif propre de la Nouvelle-Calédonie 2026, adopté par le Congrès jeudi 19 février, s’élève à 155,7 milliards de francs. C’est-à-dire 97,1 milliards en section de fonctionnement et 58,6 milliards en investissement. L’apport de l’État grimpe à 37 milliards de francs. Dans le détail, 21,5 milliards, extraits de la dernière tranche du prêt garanti, sont orientés vers le budget de répartition qui, grâce à cette compensation financière, parvient à atteindre 101 milliards de francs, destinés aux collectivités, comme les provinces et communes.
Enfin, la somme de 15,6 milliards de francs, composée d’une subvention de 7,2 milliards et d’un emprunt de 8,4 milliards, est attribuée au regard de la situation déficitaire du Ruamm, du régime de retraite du secteur privé ainsi que du système électrique. Ces versements supplémentaires, respectivement de 9,6 milliards, 4,8 milliards et 1,2 milliard, ont pour but de maintenir les trois caisses à flot. Autre traduction, l’attribution des pensions de retraite est assurée jusqu’à la fin de l’année, tout comme le système de soins.
- 8,4
L’État a accepté, à travers l’accord Élysée-Oudinot, un rééchelonnement de la dette, d’où la qualification de 2026 et 2027 d’« années blanches » désormais pour la Nouvelle-Calédonie en matière de remboursement des prêts. Le montant annuel est de 8,4 milliards de francs, selon Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de l’économie, du budget ou encore des finances.
Au-delà de ces deux exercices, intervient plus largement le projet du contrat de désendettement et de développement, dont la finalisation est visée en juin pour une signature d’ici la fin de l’année avec l’Agence française de développement (AFD). L’idée étant « chaque année », d’« avoir un non-paiement des dettes de la Nouvelle-Calédonie », ajoute l’argentier de l’exécutif. La modalité : Paris verse une somme équivalente au montant des prêts pour financer des actions de l’archipel, en fonctionnement comme en investisse- ment.
Un travail d’identification est ainsi mené actuellement pour ces opérations et réformes. La contrepartie du contrat de désendettement réside dans l’inscription du territoire dans une trajectoire – à construire – de retour à la croissance.
- 371 %
Le taux d’endettement propre de la Nouvelle-Calédonie, calculé comme le rapport entre l’encours de la dette et les recettes réelles de fonctionnement, s’établit à 371 % à fin 2025, selon les estimations, contre 337 % en 2024, soit bien au-delà du seuil prudentiel, plafond, de 90 %. « Cette situation résulte principalement de la hausse de l’encours de la dette (+ 43 milliards de francs) à fin 2025, nécessaire pour faire face aux urgences de la crise et aux déficits publics », indique le rapport sur le budget primitif du territoire.
Un projet de désendettement étant en cours d’élaboration, Christopher Gygès invite à regarder le taux d’endettement propre hors emprunts exceptionnels, c’est-à-dire Covid et émeutes, qui est de 55 %. Donc très correct. Encore faut-il que les négociations entre Nouméa et Paris aboutissent.
- 9,1
À la lecture du budget 2026, les opérations d’investissement grimpent à 9,1 milliards de francs, soit + 36 % par rapport à 2025. L’ambition du gouvernement est bien entendu de favoriser la relance économique. Ses services, accompagnés de la mission interministérielle de l’État, ont identifié les chantiers prêts à être lancés et pourvoyeurs d’emplois, de richesse et d’utilité de service public.
Dans la liste, figurent principalement des routes, des ponts, et des lycées à rénover. Ce qui représenterait un bol d’air pour le BTP. Des initiatives possiblement génératrices d’économies sont également inscrites, telles que le dispositif e-santé. Dans le même esprit, l’effort de + 25 % inscrit au budget en faveur de l’apprentissage et la formation professionnelle est, selon l’exécutif, « un élément essentiel pour remettre des gens au travail dans de bonnes conditions ».
- 16,5
D’après le tableau des prévisions, le gouvernement table sur un rendement de l’impôt sur les sociétés (IS) à 30 % de 16,5 milliards de francs en 2026. Soit un niveau équivalent à celui de 2025. Or un gros coup de pouce à l’investissement est annoncé, ce qui pourrait logiquement placer le curseur de rentrées d’IS un peu plus haut. « Nous avons été prudents. Le budget sera réajusté au fur et à mesure de l’année », répond Christopher Gygès qui se félicite de « très bonnes surprises » fin 2025 : « les recettes fiscales atterrissent à 87 milliards, au lieu des 83 milliards » prévus, « les droits d’enregistrement terminent 4,6 milliards, au lieu de trois milliards »… Position commune des autorités, l’hypothèse d’évolution des recettes fiscales 2026 se cale au ratio très raisonnable de + 1 %.
Six piliers pour se redresser et avancer
Le pacte de refondation économique et social s’étend du secteur du nickel aux finances publiques et à la jeunesse.
La construction du budget primitif 2026 de la Nouvelle-Calédonie s’est opérée depuis le mois d’octobre dans un échange avec la mission interministérielle de l’État. L’accord Élysée-Oudinot du lundi 19 janvier a renforcé le pacte de refondation économique et social, apparu au terme des discussions sur l’élaboration budgétaire et proposé par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, jeudi 4 décembre. « Nous avions indiqué que nous ne rembourserions pas les prêts, parce que nous n’étions pas en capacité d’assurer les dépenses prioritaires, notamment le paiement des retraites et le fonctionnement du système de santé », explique Christopher Gygès, membre du gouvernement.
S’est alors établi « un dialogue exigeant avec l’État ». Toutefois, selon l’élu en charge de l’économie et des finances, l’exécutif calédonien a démontré que des réformes avaient été engagées, telles que le jour de carence et la baisse des dépenses publiques. Le pacte de refondation économique et social a ainsi été conçu en lien avec Paris sous un principe : « Si on ne dynamise pas l’économie calédonienne, nous demanderons des subventions tous les ans », ajoute Christopher Gygès pour qui deux éléments vont de pair : stabilité budgétaire en 2026 et projection pluriannuelle de relance économique.
ATTRACTIVITÉ
Tous les crédits associés au pacte de refondation économique et social pour 2026 figurent dans la loi de finances de l’année, a assuré Claire Durrieu, directrice de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie (Minc), vendredi 20 février, au terme de son cinquième déplacement sur le territoire. Établi sur cinq ans au regard d’engagements réciproques – réforme du modèle calédonien contre soutiens financiers de l’État –, ce pacte s’appuie sur six piliers.
Tout d’abord, la relance de l’emploi et de l’activité, avec « des mesures d’attractivité », notamment « une baisse de l’impôt sur les sociétés avec un enjeu de réinvestissement sur le territoire et au bénéfice des salariés », observe Claire Durrieu. D’autres axes concernent le plan de relance de l’investissement doté de 200 millions d’euros sur cinq ans, mais aussi le nickel.

La philosophie du Premier ministre est la suivante : s’il existe un chemin de retour à la rentabilité des usines, l’État pourra accompagner la période de transition et aider à baisser le coût de l’énergie. Un des objectifs est de définir une stratégie nickel mi-2026. Un sujet « urgent », explique l’énarque et inspectrice des finances. Le quatrième pilier a trait à la jeunesse, c’est-à-dire la lutte contre le décrochage scolaire et la réussite. Une enveloppe de 70 millions d’euros est prévue. Le pacte s’intéresse aussi tout naturellement au soutien des finances publiques de l’archipel 2026-2030.
Le budget du territoire intègre déjà des premiers éléments, tels que les « deux années blanches » et une subvention. Sixième et dernier volet, la réponse à l’urgence sociale. Sur ce pacte, « nous avons travaillé avec le gouvernement, les provinces, les communes…, note Claire Durrieu. Vous verrez courant mars les premiers projets, des éléments concrets. »
Yann Mainguet


