BTP : « Toute une filière menacée »

La filière de la construction calédonienne est au plus mal. Pire, « elle se meurt » en raison du manque de projets, estime
le collectif Alliance urgence construction qui fait notamment appel à la commande publique pour essayer de sauvegarder les entreprises en grande fragilité et leurs 22 000 emplois.

Symboliquement, les membres d’Alliance urgence construction se sont réunis vendredi dernier à MedCity, l’un des plus grands chantiers du moment, porté par le promoteur Caillard et Kaddour, d’un montant d’un peu plus d’un milliard de francs et dont le gros œuvre, assuré par la SCB, touche à sa fin. « La grue de l’entreprise a été démontée et malheureusement, elle est dans un dock parce qu’on ne sait pas où sera le prochain chantier, commente Silvio Pontoni, le président de la Fédération calédonienne du BTP (FCBTP).

La situation illustre celle du BTP : en Calédonie, les chantiers se terminent, les grues se démontent et on n’a pas ou peu de perspectives. » Aujourd’hui, c’est toute une filière qui est menacée de disparition, alerte Etueti Vaamei, secrétaire général du Soenc BTP. « 35 % des faillites du pays concernent le secteur. Et les salariés sans qualification qui perdent leur travail mettront des mois ou des années à revenir vers l’emploi. Des compétences peuvent disparaître définitivement. »

« Frémissement »

Le collectif, qui regroupe les syndicats du BTP, notamment de salariés, de l’immobilier, l’Ordre des architectes, la Chambre des bureaux d’études, la Fédération des industries ou encore le syndicat des importateurs et distributeurs, a multiplié les rencontres depuis sa création, il y a quatre mois. « On a fait appel à tout le monde », explique Silvio Pontoni.

Du côté de la commande privée, si le projet du MedCity a pu se faire « grâce à une commercialisation réalisée en amont », le reste est en attente. « Il y a des projets dans l’hôtellerie, dans l’industrie, comme par exemple l’usine de Biscochoc, mais il est clair que les entreprises vont patienter après le référendum », commente le président de la FCBTP. Un référendum dont le report aurait également une incidence puisqu’il prolongerait l’attentisme ambiant.

Le collectif s’est alors rapproché des services publics et privés comme le FSH, l’OPT, le port autonome. « On a vu les principaux donneurs d’ordre pour leur demander de sortir des dossiers dans l’urgence. » Ces rencontres se sont concrétisées par « un frémissement ». « Ces deux derniers mois, on a eu pratiquement tous les appels d’offres de l’année après dix mois sans rien », expose le président de la FCBTP. Des appels d’offres qui concernent le siège social du FSH, le pôle technique de la Direction de l’aménagement, de l’équipement et des moyens de la province Sud ou encore l’aménagement de l’anse Vata.

Reste à savoir si ces chantiers vont démarrer et quand. « Nous, professionnels, ce qu’on attend, c’est que nos employés soient sur le terrain. On est vraiment dans l’urgence. » Silvio Pontoni explique par ailleurs que leur budget global représente 15 milliards de francs quand le secteur a besoin de 100 milliards par an pour se maintenir.

« Il faut des années pour construire la filière, une seule pour la détruire. »

Le compte n’y est pas

Les syndicats s’inquiètent pour 2022. « Si ce frémissement va permettre à certains – pas tout le monde – de maintenir une certaine masse salariale, va-t-il y avoir d’autres programmes l’année prochaine ?, se demandent-ils. Nous avons recensé auprès de l’Ordre des architectes et des bureaux d’études les dossiers qui pouvaient être mis en œuvre rapidement. Sachant qu’on n’est pas là pour faire du logement, le Nouméa et le Grand Nouméa étant saturé à ce niveau. »

Ont émergé un certain nombre de projets « structurants » pour la Nouvelle-Calédonie qu’ils aimeraient voir se mettre en œuvre : le prolongement de Néobus jusqu’à la mairie du Mont-Dore et Païta, la sécurisation du barrage de Dumbéa, la bretelle nord de Païta, l’entretien de l’aéroport de la Tontouta, l’aménagement du vélodrome de Magenta (piste cyclable + complexe).

L’Alliance va poursuivre la mobilisation pour que ces projets puissent être lancés et sauver les entreprises en 2022 dans un contexte de pandémie et d’incertitude. « Finalement, notre problème est toujours le même : c’est un manque de visibilité. On en a absolument besoin. » Aujourd’hui, elle demande ni plus ni moins que l’on ne sacrifie pas ce secteur, poids lourd de l’emploi en Calédonie.

La filière est pourvoyeuse d’emplois et constitue un levier social important.


Le secteur en chiffres

· 1 emploi sur 4 – 22 000 emplois dans la filière (BTP, bureaux d’études, architectes, agences immobilières etc.) à tous les niveaux de qualification.

· 21 projets attendus (un projet met deux ans à produire des effets sociaux et économiques).

· 35 % des faillites sont issues du BTP · 85 % des entreprises ont moins de 10 salariés.

· Un chiffre d’affaires annuel de 50 milliards estimé en 2021 contre 100 milliards en temps normal pour assurer la pérennité de toutes les entreprises et de tous les emplois.

· Un projet de 100 millions génère au moins dix emplois.

C.M.

©C.M./DNC

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