Bienvenue dans la plus grande mine de Calédonie

Après l’accident de 2014 et une année à se faire discret, l’industriel du Grand Sud souhaite donner aujourd’hui une autre image. Une image d’entreprise responsable pour qui la sécurité est « La » priorité. Vale doit relever le défi de recréer un climat de confiance avec les populations locales. Pour y parvenir, elle jouera la carte de la transparence en affichant des investissements importants en matière de sécurité tout en donnant des gages sur la viabilité économique du projet.

Il y a tout juste un an, Vale faisait tristement la une de l’actualité. Un accident causait l’acidification du creek de la baie Nord. L’affaire a suscité les plus vives réactions et il s’en est fallu de peu que la population ne réclame la fermeture pure et simple de l’usine. Aujourd’hui, le calme est revenu même si l’industriel n’a plus le droit à l’erreur. Il le sait et cherche désormais à changer son image après les nombreux dysfonctionnements de ces dernières années.

C’était en partie l’idée des États généraux de la sous-traitance organisés du 20 au 23 avril. Il s’agit de montrer que l’usine n’est pas « un camp retranché au milieu de nulle part. Nous souhaitons montrer que l’usine s’inscrit dans son environnement et qu’elle se soucie de ce qui se passe autour d’elle », souligne Antonin Beurrier, le président de Vale NC.

Le rendez-vous a aussi été l’occasion de marquer la volonté de l’industriel de rationnaliser les coûts de sa sous-traitance qui représente tout de même 26 milliards de francs par an, sans compter sa propre masse salariale de 12 milliards. Vale souhaite réduire ses contrats extérieurs d’une dizaine de milliards, pas nécessairement pour faire des économies, simplement pour avoir « des coûts de production adaptés et réalistes par rapport au marché », estime Antonin Beurrier.

Objectif 37 000 tonnes  

Un objectif qui entre dans le cadre d’une remise à plat complète des procédures et des objectifs suite à l’incident de mai 2014. Sur les 150 mesures décidées l’année dernière, 80 à 90 % ont été mises en œuvre, estime la direction. Rien que sur la sécurité, près de 600 millions de francs ont été investis et laissent espérer une réduction de 20 % du nombre d’accidents cette année et 20 % de plus en 2016 pour être dans la moyenne des autres usines du groupe brésilien. Pour Vale,  cette étape est indispensable pour recoller les morceaux avec les populations locales.

La direction sait que recréer des liens de confiance sera long et difficile. Pour y arriver, elle compte essentiellement sur ses bons résultats. Pour 2015, l’objectif de production est fixé à 37 000 tonnes de nickel-métal. Pour la direction, les résultats des six à huit derniers mois sont encourageants. Les 37 000 tonnes sont toutefois loin d’être atteintes. Au 3 mai, l’usine avait sorti 10 000 tonnes. Le métallurgiste devra donc mettre les bouchées doubles.

Car au-delà des relations avec les populations locales, c’est au groupe que Vale NC doit rendre des comptes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le géant brésilien n’est pas au mieux depuis que les cours du minerai de fer, anciennement la branche la plus rentable du groupe, se sont effondrés. La direction l’avait annoncé, les actifs qui ne seraient pas rentables en 2015 seraient tout simplement liquidés. Il semblerait que Murilo Ferreira, le PDG de Vale, soit un peu plus souple concernant le projet calédonien. D’après Daryush Khoshneviss, le directeur de Vale NC, c’est contre l’avis de tous ses conseillers que Murilo Ferreira a décidé de poursuivre le projet de Goro, le dernier projet du groupe à perdre de l’argent à travers le monde. S’il reste en sursis, note le directeur général, le projet du Sud devrait avoir le temps d’atteindre l’équilibre. Un équilibre qui sera à portée de main si l’usine parvient à sortir les 37 000 tonnes de nickel-métal.

La question des résidus

La direction y croit, au point d’avoir investi plus de 52 millions de dollars pour renouveler la flotte d’engins miniers, dont les pelles hydrauliques ou encore les dumpers de 100 tonnes. Si l’usine monte doucement en puissance, les choses vont nettement mieux du côté de la mine où la production atteint près de 900 000 tonnes par mois. Un chiffre stable que les responsables souhaiteraient rapidement faire passer à un million.

L’horizon est donc plutôt dégagé à court terme pour Vale NC. En revanche, à moyen-long terme, l’industriel devra régler son problème de stockage des résidus de son processus d’extraction. Pour une tonne de minerai, Vale rejette 1,3 tonne de résidu. Des résidus boueux qu’il faut stocker dans une verse géante mais avec une durée de vie limitée. Dans l’état actuel des choses, elle sera pleine d’ici à 2021, autant dire demain.

Les équipes de Vale travaillent sur un procédé expérimental qui permettrait de stocker des résidus solides présentant deux avantages. Premièrement, stocker des résidus solides dispense la construction d’un barrage et limite donc les risques. Et deuxièmement, ce procédé ferait gagner de la place et donc du temps. Au lieu de 2021, la durée de vie pourrait être repoussée de 3 à 10 ans en fonction des résultats. Et après ? La question reste pour le moment en suspens même si après KO2 (le nom donné à la verse à stérile), pour Kwé ouest 2, l’industriel lorgne sur la vallée d’à côté, déjà baptisée KO 4 et qui pourrait être beaucoup plus grande que KO 2. Les études sont vraisemblablement terminées mais le dossier n’a pas encore été déposé auprès des administrations. Et la question n’est pas anodine puisqu’elle conditionnera l’avenir de Vale NC.

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