En déplacement sur le territoire du lundi 10 au vendredi 14 novembre, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou doit tenter d’intégrer le FLNKS nouveau à la table des discussions sur l’avenir institutionnel. Une méthode est semble-t-il envisagée : apporter des modifications à l’accord de Bougival.
« Je sais que vous attendez un engagement fort de l’État. Je l’entends, et vous avez raison ». Devant le président du Sénat coutumier, Ludovic Boula et et des représentants du lieu à Nouville, à la deuxième heure de sa visite en Nouvelle-Calédonie lundi 10 novembre, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou avait certainement en tête la somme des urgences déclarées sur le territoire. Et à traiter.
Au moment du bouclage de cette édition de DNC mercredi, soit à la mi-temps de son déplacement prévu jusqu’au vendredi 14 novembre au soir, aucune déclaration publique de la locataire de la rue Oudinot n’était venue détailler son intention. Certainement par prudence, vu les fragiles équilibres, dont son prédécesseur, Manuel Valls, s’était emparé.
Pourtant, dans l’agenda politique, une double pression s’exerce. Présenté en Conseil des ministres à Paris mardi 14 octobre, le projet de loi constitutionnelle, qui vise à transcrire dans la norme suprême l’accord de Bougival sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, doit en théorie être examiné par les deux chambres pour validation, puis par le Parlement réuni en congrès à Versailles potentiellement début 2026. C’est-à-dire, bientôt. Enfin, les élus calédoniens signa- taires du dit projet d’accord expriment leur volonté d’avancer, soit vers une adoption du texte, soit, l’idéal, vers un consensus.
TROUVER UN CHEMIN
À la sortie des rencontres bilatérales avec la ministre mardi 11 novembre à Nouméa, une option pouvait se dessiner. Jean-Pierre Djaïwé de l’UNI a suggéré d’apporter « des améliorations dans le texte » de Bougival, « sans toucher à son équilibre général. Bien évidemment, il faudra le faire tous ensemble ». Naïma Moutchou a apparemment approuvé le principe.
Le représentant indépendantiste, originaire de Hienghène, pense d’ores et déjà à certains points : le déclenchement de l’acte d’autodétermination par l’État, la précision sur la décision juridique en cas d’accession du territoire à la pleine souveraineté, etc. « Si l’Union calédonienne et le FLNKS ont identifié des sujets à préciser ou à modifier, il y a possibilité de le faire » a ajouté Jean- Pierre Djaïwé. Cette intention peut s’inscrire dans une échelle de temps, car, pour Virginie Ruffenach, du Rassemblement-LR, « nous avons l’espoir qu’à la fin de cette semaine, nous ayons pu avancer et dresser un chemin, parce qu’il faut un chemin ».
À entendre les uns et les autres, une méthode semble être en place durant le séjour de la ministre, quitte à le prolonger de 24 ou 48 heures : que les signataires apportent sur la table de discussions communes leurs souhaits de modification de l’accord de Bougival, et que ces amendements permettent aux opposants, le FLNKS nouveau format, d’entrer dans le processus de révision du texte. Ce qui faciliterait ensuite son adoption par les Chambres à Paris.
Toutefois, au terme de son entretien bilatéral mardi matin, le Front paraissait camper sur ses positions, même si la voie du « dialogue » était conservée. « Il y a une constance dans le message. Nous voulons sortir du giron de la République pour pouvoir établir des liens solides avec les pays de la région ou même avec la France » a observé Dominique Fochi de l’UC, qui exige toujours des discussions en tête à tête avec l’État.
Si la méthode de la révision du projet de Bougival ne fait pas revenir le Front, le texte poursuivra-t-il son cheminement législatif ? Le député Nicolas Metzdorf, des Loyalistes, a été clair sur les ondes de RRB vendredi 7 novembre. « On met le projet de loi constitutionnelle dans les tuyaux. On ne va pas attendre 150 ans », a soutenu le parlementaire, qui a vu, durant le déplacement de la ministre, « un dernier tour pour tenter de remettre tout le monde autour de la table. Si c’est une fin de non-recevoir, il faudra avancer quoi qu’il arrive, et même s’il y a des menaces de violences, il faut avancer ».
« DÉSENDETTEMENT »
L’autre urgence est comptable. La préparation du budget primitif 2026 a fait apparaître un déficit de 50 milliards de francs avec la prise en compte des mesures d’économies. Le reliquat de 24,6 milliards de francs sur le prêt garanti n’est pas à la hauteur. D’où la recherche de solutions. Mais il faut « que l’État prenne aussi ses responsabilités, et s’engage pour le désendettement de la Nouvelle-Calédonie » a appuyé Christopher Gygès, membre du gouvernement. Le mot est lancé.
`La ministre Naïma Moutchou a animé lundi soir au haut-commissariat une rencontre avec le monde économique ; toutefois la réunion « était très nettement insuffisante en termes d’annonces » regrette l’élu, comme d’ailleurs beaucoup de représentants présents. Dans une interview accordée au quotidien Ouest-France vendredi 7 novembre, la locataire de la rue Oudinot a indiqué vouloir aborder ici ce « besoin d’un choc de confiance ».
Yann Mainguet







