Attaque de requin à l’îlot Maître : un nouveau traumatisme

Après l’attaque mortelle à l’îlot Maître dimanche dernier, des squales observés dans la zone doivent être abattus. La province Sud va par ailleurs étudier la possibilité de retirer certains requins de la liste des espèces protégées.

Un homme de 57 ans est décédé dimanche, à la mi-journée, à l’îlot Maître, après avoir été mordu à la cuisse par un requin alors qu’il se baignait à une centaine de mètres du bord. Les premiers secours lui ont été prodigués, mais il a rapidement succombé à une crise cardiaque. Une scène d’horreur à laquelle ont assisté de nombreux Calédoniens qui profitaient de cette belle journée.

Le corps du nageur a été autopsié lundi. L’expertise médico-légale a conclu à un « décès consécutif à une morsure d’un requin ayant sectionné intégralement l’artère fémorale droite de la victime, sans fracture osseuse ». Un expert a par ailleurs estimé que la morsure était « compatible avec l’agression d’un requin- tigre d’une taille de quatre mètres présentant une mâchoire de 36 centimètres, en forme d’encoches ».

« Sédentarisés autour des baies »

La mairie de Nouméa a pris un arrêté d’interdiction de baignade et d’activités nautiques sur 300 mètres autour de l’îlot. Une mesure qui a été prolongée jusqu’à mercredi. Selon la province Sud, des opérations de reconnaissance ont attesté de la présence d’au moins deux requins dans la zone dont un de grande taille.

Sollicitée par la mairie, la collectivité doit mener une opération de « prélèvements ». Un arrêté doit être pris dans la semaine à cet effet. La province poursuit donc la mise en œuvre de son plan d’action « risque requin » qui implique des opérations de régulation selon les besoins, des observations, des opérations de marquage et de sensibilisation. « Les opérations de marquage réalisées depuis 18 mois montrent bien que certains requins font le tour des baies et se sédentarisent », argumente le secrétaire général de l’institution, Nicolas Pannier. Les animaux doivent logiquement trouver de quoi se nourrir. « Ce que l’on ignore encore, c’est pourquoi certains se sédentarisent et pas d’autres », poursuit-il.

« Protection de l’humain »

Dans un post Facebook, la présidente de la province Sud s’est longuement étendue sur ce drame. Sonia Backes estime que cette situation « est le résultat de plusieurs années où strictement rien n’avait été fait sur le risque requin ». Elle évoque ainsi la protection de toutes les espèces de requins depuis fin 2013, qui a permis, selon elle, la prolifération des plus dangereux comme le bouledogue ou le tigre et en même temps, le manque de mesures pour faire cesser le « shark feeding », le rejet des déchets en mer par les pêcheries ou les plaisanciers, qui sont désormais mises en œuvre par la collectivité.

Cependant, force est de constater que ces mesures au même titre que le prélèvement de « dizaines de requins-bouledogues » sont encore insuffisantes, estime la présidente qui rejette l’idée « qu’on subisse encore cette situation pour céder au lobby de quelques-uns ». Pour cette raison, il sera envisagé dans le cadre de la modification prochaine du Code de l’environnement que certaines espèces de requins, « qui, objectivement, ne sont pas menacées », soient retirées de la liste des espèces protégées pour une régulation « au fil de l’eau ». Les Calédoniens seront consultés sur les modifications relatives à ce code et donc sur ce sujet, par essence très clivant.


Les associations réagissent

La décision de procéder à de nouveaux prélèvements et l’éventuel déclassement de certaines espèces ont fait réagir les associations environnementales, EPLP et Sea Shepherd Nouvelle-Calédonie.

Les associations ont, une fois encore, manifesté leur opposition aux prélèvements, jugés « inutiles » et « inefficaces ». Sea Shepherd rappelle que sa pétition contre cette pratique a été signée par plus de 53 000 personnes et s’étonne de cette décision, alors que la province avait, selon elle, en 2020, concédé que les prélèvements n’entraînaient pas de diminution avérée du risque d’attaque. Face à l’accroissement du risque requin, lié à l’augmentation de la population (+ 60 % en 30 ans), des bateaux et la démocratisation des activités nautiques, Sea Shepherd affirme avoir proposé à maintes reprises de « réelles mesures pérennes et non létales ayant fait leurs preuves auprès de vrais spécialistes » telles que l’amélioration de la qualité des eaux usées rejetées en mer, la lutte contre les déchets organiques, l’acquisition de connaissances scientifiques, la sensibilisation, le renforcement des contrôles et l’application de sanctions.

EPLP va dans le même sens, tout en préconisant une surveillance constante (guetteurs) sur les sites très fréquentés, la mise en place d’un numéro vert gratuit de signalement. À propos de l’accident de dimanche, elle demande que les autorités justifient de la qualité de l’assainissement du complexe et dénonce, par ailleurs, leur manque de réactivité sur l’interdiction de baignade, alors que la présence d’un squale de grande taille aurait été notifiée en amont. En lieu et place des abattages, EPLP plaide pour des pêches non létales et l’application du protocole de « réponse immédiate » du Dr Éric Clua : des pêches circonscrites dans la zone immédiate de la morsure dans les 48 heures, de requins répondant au profilage effectué à l’autopsie de la victime, avec exploration de l’estomac des squales en les faisant « vomir ». Et l’élimination uniquement dans le cas où des restes humains sont observés.

Sea Shepherd s’étonne des propos des autorités sur le nombre de requins, la sédentarisation qui, juge l’association, varient au fil du temps. « Des informations scientifiques pertinentes ont-t-elles permis d’évaluer le nombre de requins dans le lagon et leur soi-disant sédentarité ? »
Si la province Sud a mis en œuvre un plan « risque requin », Sea Shepherd estime qu’à ce jour « le renforcement de la réglementation et les moyens de contrôle et de sanction sont inexistants » et « qu’aucune solution scientifique n’a été étudiée ».

Elle s’étonne, enfin, qu’« après quelques mois d’efforts » le collectivité souhaite déclasser les bouledogues et les tigres, ajoutant au passage qu’ils sont protégés en province Sud depuis 2017 et non 2013. Si elle ne renie pas le fait que les typologies des attaques semblent avoir évolué, il est inexact, selon elle, d’affirmer que la Nouvelle-Calédonie était exempte d’accident lorsque les squales étaient pêchés…. Sea Shepherd promet de tout mettre en œuvre pour s’opposer à cette proposition qu’elle estime dénuée de sens.


Une autre attaque à Ouvéa

Un jeune homme de Saint-Joseph a été mordu au mollet par un requin, mardi après-midi, alors qu’il était en chasse sous-marine vers les Pléiades du Nord. Il pourrait s’agir d’un requin pointes noires de petite taille. Il a été pris en charge par le dispensaire et transféré vers le Médipôle. Ses jours, heureusement, ne sont pas en danger.

C.M.

©Shutterstock 

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